Les Missions Locales alertent sur les impacts du PLF 2026 pour les jeunes à La Réunion

Les Missions Locales de La Réunion tirent la sonnette d’alarme : la baisse des crédits prévue par le PLF 2026 pourrait priver plus de 5.000 jeunes d’un accompagnement vital, exposant la jeunesse réunionnaise à la précarité et à l’isolement.
Les Missions Locales de La Réunion ont lancé ce mercredi un appel d’alerte publique concernant le Projet de Loi de Finances (PLF) 2026, qui prévoit une baisse de 13 % des crédits alloués à leur fonctionnement. Une décision qui menace de retirer brutalement le soutien apporté chaque année à plus de 66.600 jeunes de 16 à 25 ans, souvent confrontés à des difficultés scolaires, sociales et professionnelles.
Ces structures offrent un accompagnement essentiel à des jeunes fragilisés par le chômage, la précarité ou l’absence de qualification. À La Réunion, 57 % des jeunes de cette tranche d’âge sont inscrits dans une Mission Locale, soit plus du double de la moyenne nationale. Une grande partie d’entre eux vit sous le seuil de pauvreté, et le chômage des jeunes atteint 35 %, pouvant même grimper jusqu’à 60 % dans certains quartiers. Isolement, ruptures familiales, mobilité limitée et découragement massif figurent parmi les principaux obstacles auxquels ils sont confrontés. « Ces jeunes ne sont ni “inactifs” ni “assistés”. Ils veulent avancer, mais ils ne peuvent pas le faire seuls. Ce que leur offrent les Missions Locales, c’est un accompagnement humain et durable », souligne un porte-parole des missions locales.
Une coupe budgétaire sans précédent
La baisse de 13 % programmée pour 2026 s’ajoute à une première diminution de 6,8 % en 2025, représentant pour La Réunion une perte cumulée de 2,4 millions d’euros sur deux ans pour les quatre missions locales. Cette coupe budgétaire entraînerait la suppression de 44 postes dans les équipes d’accompagnement, une augmentation du nombre de jeunes suivis par conseiller à plus de 450 et le retrait de l’accompagnement pour plus de 5.300 jeunes. « Un jeune qu’on n’accompagne plus, c’est un jeune qu’on expose à la rue, à la précarité, à l’oubli. Et ça, on ne peut pas l’accepter », alertent les missions locales.
À La Réunion, 100 % des crédits d’aide directe aux jeunes sont utilisés chaque année pour sécuriser leurs parcours et répondre à leurs besoins essentiels. Malgré cette efficacité, la baisse budgétaire est appliquée uniformément à tous les territoires, réduisant ainsi les aides vitales pour les jeunes les plus éloignés de l’emploi et exposés à l’isolement. Chaque jeune non accompagné représente un coût annuel pour la collectivité estimé à 12.000 euros. Ainsi, priver plus de 5.300 jeunes de soutien pourrait générer 63 millions d’euros de dépenses indirectes, soit trente fois plus « que les deux millions d’euros économisés » par l’État aujourd’hui estime les missions locales. La situation se complique davantage avec la suppression de la LODEOM sociale, qui affecte les secteurs qui recrutent le plus de jeunes, comme le BTP, l’agriculture, le tourisme et les services. Les jeunes les plus éloignés de l’emploi se retrouvent ainsi à la fois sans accompagnement et sans débouchés professionnels, bloquant leurs parcours d’insertion.
Une urgence pour les parlementaires
Face à cette situation d’urgence, les Missions Locales appellent les parlementaires à agir avant le 10 novembre en portant trois amendements au PLF 2026. Elles demandent le maintien du budget des missions locales au niveau de 2025, ou à défaut, l’exclusion de l’Outre-mer de la baisse de 13 % ou l’application d’un coefficient ultramarin dans les conventions pluriannuelles d’objectifs. Elles réclament également le maintien des aides financières directes aux jeunes les plus en difficulté et des moyens suffisants pour accueillir et accompagner tous les jeunes qui en ont besoin. « Aucun jeune ne doit être laissé sans solution faute de budget », insiste le collectif.
Le financement des Missions Locales est présenté comme un outil clé pour l’accompagnement des jeunes et la sécurisation de leurs parcours. « Les Missions Locales sont un maillon de la République. Mais ici, à La Réunion, elles sont bien souvent le seul rempart entre les jeunes et la rupture. Si elles tombent, ce sont les jeunes qui chutent. Et dans ce territoire où la jeunesse est nombreuse, vulnérable et prête à agir si on lui en donne les moyens, nous ne pouvons pas rester silencieux », concluent les missions locales


