Les doléances du monde économique adressées au président de CCI France

Les acteurs économiques réunionnais ont échangé ce lundi avec Alain Di Crescenzo, président de CCI France, lors d’une rencontre organisée à la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion. Entre préoccupations sur l’accès au financement, commande publique et internationalisation des entreprises, les débats ont souligné la nécessité d’une stratégie claire pour l’avenir économique du territoire.
La visite d’Alain Di Crescenzo à La Réunion s’inscrit dans un engagement pris dès le début de son mandat : « On disait souvent qu’on ne voyait jamais le président de CCI France. Je tiens à prouver que ce n’est pas le cas. Mon mandat n’est pas fini et je reviendrai encore une fois à La Réunion », a-t-il assuré devant les élus et les représentants patronaux. Le président de CCI France a insisté sur sa volonté de ne pas prendre de décisions depuis Paris, mais bien au plus près des territoires : « L’économie ne vient pas d’en haut » Il a également rappelé son attachement aux Outre-mer, notamment notre territoire, car pour lui c'est « là où il y a le plus gros effet de levier par rapport au national. »
Mais les échanges ont surtout mis en lumière les inquiétudes des acteurs économiques locaux. Pour Théophane Narayanin, trésorier de la CCIR, l’absence des collectivités à la rencontre illustre un problème plus large : « C’est un gros problème. Les politiques viennent faire la messe à Paris, mais cela ne nous intéresse pas. C’est de la politique politicienne. Ici, nous sommes dans l’économie, nous ne faisons pas de politique. Nous nous adressons souvent au Département et à la Région, mais nous n’avons pas de réponse. Les entreprises crèvent la bouche ouverte. Il faut trouver une solution pour que la parole économique soit entendue au sein des instances de décision. » Le manque de relais institutionnels freine, selon lui, la prise en compte des réalités économiques du territoire.
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Financement et formations
Fabrice Marouvin, élu de la CCIR, a pointé du doigt un autre frein : la difficulté des petites entreprises à accéder au crédit. « Nous n’avons plus de banquiers. Les banques ne discutent qu’avec 10 % des entreprises, les autres n’ont plus d’interlocuteur », a-t-il dénoncé. Dans le même temps, la commande publique, moteur essentiel pour les entreprises locales, diminue drastiquement. « Certaines collectivités augmentent leurs dépenses de fonctionnement mais réduisent leur budget d’investissement. »
Sur le front de l’emploi et de la formation, les craintes sont également vives. Alain Di Crescenzo a rappelé que les Chambres de commerce jouent un rôle clé dans l’accompagnement des entreprises et de l’apprentissage. Il a évoqué la nécessité de discernement dans les coupes budgétaires touchant la formation et plaidé pour plus de contrôle des organismes : « J’ai vu le ministre du Travail récemment. Il y a un coup de rabot énorme sur les budgets de formation. Nous avons demandé que des discernements soient faits en fonction de la géographie et de la ruralité. Certains métiers sont sous tension, et les taux de placement des formations varient énormément. Il n’est pas normal que l’on rémunère de la même manière un centre qui place 30 % de ses diplômés et un autre qui en place 85 %. Il n’est pas normal non plus de voir des formations à distance dispensant des cours obsolètes. »
Le président du Medef Réunion, Didier Fauchard, a dressé un constat préoccupant sur l’avenir économique du territoire. « On va se préparer à une sacrée année 2025, compte tenu de nos finances publiques », a-t-il averti. Il a insisté sur la nécessité d’une réflexion stratégique pour l’internationalisation des entreprises : « La Réunion s’est développée, mais beaucoup d’entreprises sont arrivées à un seuil de saturation. Comment envisage-t-on la suite ? Faut-il se projeter vers l’international ? Aujourd’hui, le ministère des Affaires étrangères est peu présent sur le sujet de l’export. Pourtant, Emmanuel Macron a prêché pour le développement de l’axe indo-pacifique. »
Et pourquoi pas une conférence économique régionale ?
Philippe Lebon, président de la FRBTP, a quant à lui mis en lumière les difficultés du secteur du bâtiment, secteur clé de l’économie réunionnaise. « Aujourd’hui, 330 sociétés du secteur sont en défaillance, soit une hausse de 12 %. Le chiffre d’affaires global du BTP est en baisse : l’année dernière, nous sommes passés de 1,3 milliard à 1,09 milliard d'euros. Cette année, nous ne savons même pas si nous atteindrons le milliard. Du point de vue des entrepreneurs, c’est la morosité. Nous avons déjà perdu 1.400 salariés dans le BTP. Si cela continue, nous allons perdre nos capacités à construire. »
Face à ces défis, la nécessité d’une réflexion plus large a été mise en avant par Dominique Vienne, président du Ceser : « En matière économique, il y a tout intérêt à organiser une conférence économique régionale. Nous devons travailler sur des perspectives d’avenir pour éviter d’être toujours dans l’urgence. Ce travail de prospective est rarement fait à La Réunion. Il manque des moments où l’on prend le temps de réfléchir et de se mettre d’accord sur une stratégie. Le message à faire passer est clair : le quotidien ne doit pas nous empêcher de nous projeter dans l’avenir. »
Les chambres consulaires appelées à fusionner
Au-delà de toutes ces questions, quel avenir pour les chambres consulaires ? Entre 2013 et 2022, le budget des Chambres de commerce et d’industrie est passé de 1,35 milliard à 525 millions d’euros, obligeant l’institution à rationaliser ses actions tout en améliorant sa communication sur son impact. Une enquête récente affiche un taux de satisfaction de 8,3 sur 10, avec des retombées économiques estimées à 2,2 milliards d’euros pour un budget réduit. Initialement menacée, la taxe affectée aux chambres a finalement été maintenue, garantissant une certaine stabilité financière. Favorable à une mutualisation avec d’autres chambres consulaires comme la Chambre de métiers, Alain Di Crescenzo estime que ce rapprochement renforcerait l’accompagnement des entreprises. « On doit faire plus avec moins d’argent », souligne-t-il, plaidant pour une simplification des structures et un recentrage des ressources sur le terrain.


