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Les Chroniques de Tonton Jules #151

Je ne regarde pour ainsi dire plus les informations : on y tue à qui mieux-mieux. Un massacre de Noirs aux States, une station essence explosant là-bas, de jeunes Malgaches écrabouillés à l’entrée d’un stade… ça vous fout le moral en berne. J’ai passé l’âge mais ça n’empêche jamais d’être rattrapé par l’actualité dans la vie de tous les jours. Désolé, les amis, je n’ai pas trouvé grand-chose de marrant cette semaine. Je vous promets de trouver pour mes Chroniques suivantes. Enfin… j’essaierai.
Ecrit par Jules Benard – le lundi 28 août 2023 à 15H20

A un ami cher, Christian Désiré

Peut-on encore parler des deux moitiés d’un couple lorsque UNE + UN finissent par ne plus faire qu’UN ?

Andrée et Christian n’ont jamais vécu que l’une pour l’autre, des décennies durant, sans le moindre nuage. A tel point que lorsque nous fîmes leur connaissance chez notre éditeur commun, nous fûmes plusieurs à en tomber sur le cul. A une époque où nous étions plusieurs à nous débattre dans les affres d’un cauchemar conjugal à peine concevable, voir ces deux-là se dévorer du regard, ben, ça réchauffait l’âme.

Une fois, alors que Christian avait commencé à démarrer son moteur, Andrée se tourna vers lui. Ce qu’elle lui a dit, on s’en fout. Ce qui m’a surpris et, disons-le, émerveillé, c’est qu’il a éteint son moteur et s’est tourné vers sa chérie pour être tout à elle et à ce qu’elle lui disait, les yeux dans les yeux

Il y avait une telle fusion entre ces deux âmes qu’à ce stade d’entente, on ne doit plus se dire « tu es à moi » mais « je suis TOI » !

Et c’est grâce à Andrée et Christian que, plus tard, su l’tard, lorsque je rencontrai enfin LA femme, je savais déjà ce que voulait dire « l’union dans la diversité ».

Christian vient d’aller ailleurs, je ne sais où mais en tout cas, pas trop loin de son Andrée. Oups ! Pas trop loin de cette autre lui-même qui s’appelle Andrée.

Ces deux-là nous ont donné une sacrée leçon d’espoir… même quand on croit tout perdu.

Salut à toi, Christian. A in’d’ces quat’ somanqué. Si fourmi grand galop i mange pas nous alorsss.

Madagascar : la gloire, soit, mais aussi l’horreur programmée

Les Jeux de l’océan Indien ont débuté par un massacre, des morts et des blessés en surnombre. Ce n’était hélas que trop prévisible.

Pour redorer un blason bien terne, à quelques mois des présidentielles, le président TGV a forcé la dose pour organiser « ses » Jeux. Stades, piscines, pistes cyclables (il n’avait pas prévu les embouteillages obérant les courses), gymnases, en un temps record, il a tout forcé pour sa propre gloire.

Sans jamais songer à la sécurité des citoyens.

Ce massacre des jeunes (les principales victimes) me désole car j’aime ce pays et ces habitants pour y avoir vécu plusieurs années. Un très beau pays ; des gens aimables, des musiciens, des artistes, des scientifiques, des informaticiens de haute volée… des gens qui vous offrent leur coeur !

Le peuple malgache adore les manifestations, toutes les manifestations, artistiques ou sportives. Ce peuple n’allait surtout pas rater une cérémonie d’ouverture, de très haut niveau selon ce que la télé nous a montré. La jeunesse s’est logiquement ruée au stade de Mahamasina (P.S. : on prononce Mahamas’n… à l’intention des commentateurs sportifs). Une grille d’entrée mal assujettie, la foule se précipite… beaucoup sont morts piétinés parce qu’aucun système de sécurité n’avait été prévu pour endiguer un tel flot d’enthousiasme. Eh ! On ne peut penser à tout ! La gloire plus la sécurité… Vous rigolez ou quoi ?

Ça, la population locale n’en a pas été informée.

Les sportifs malgaches ont été à la hauteur : ils trustent les médailles, d’or, d’argent, de bronze : on peut être pauvre et courir plus vite qu’Hussein Bolt ! La Réunion ne se débrouille pas mal non plus, ouf !… mais loin derrière au tableau d’honneur.

Madagascar, paradoxalement un des pays les plus pauvres de la planète eu égard à ses ressources naturelles, pouvait-elle prétendre à l’organisation de ces 11è Jeux ? Oui, incontestablement oui ! Un tel honneur ne se refuse pas. Et l’ingéniosité, la débrouillardise, ce système D dont ils sont les champions incontestés, les désignaient incontestablement pour remplir cette grandiose mission.

Pas pour laisser périr se jeunesse pour satisfaire aux appétits de gloire d’un président milliardaire bouffi de suffisance.

Se prend pour Trump, celui-là ?

Les lentilles de Cilaos à la trappe

Nous n’aurons droit cette année qu’au tiers, si bon Dieu na pitié, des lentilles de Cilaos auxquelles nous étions habitués. Climat capricieux, pluie, pas pluie, parasites trop efficaces, plusieurs producteurs ont déjà rasé leurs champs devenus désespérants.

Je voulais ici saluer la rapide réaction de monsieur Frédéric Vienne, président de notre Chambre d’agriculture, qui s’est immédiatement porté au secours des planteurs de lentilles. Bravo à lui, mille fois bravo !

Mais… malgré toute sa bonne volonté, en raison de ses moyens limités, Monsieur Vienne ne peut tout résoudre. J’aimerais entendre d’autres autorités, État, préfecture, Conseil départemental, Conseil régional, municipalités, en dire autant.

On attend !

Arabie saoudite : on assassine les migrants

Une information navrante, intolérable, insoutenable, dont les médias ne se sont pas fait l’écho et pour cause : faut pas fâcher les pourvoyeurs de pétrole ; le pétrole, n… de D…, c’est quand même plus important qu’une vie humaine, non ?

Des migrants africains, après une dure traversée du désert (Ethiopie, Mer Rouge, Yémen…) de plusieurs mois avec des milliers de morts de soif et d’épuisement, parviennent, exténués, affamés, déshydratés, à la frontière de l’Arabie saoudite… où ils sont abattus à la Kalachnikov par les soldats saoudiens !

Ce que l’Arabie saoudite nie farouchement, vous pensez bien.

Pourtant, les témoignages sont irréfutables, films à l’appui.

La France regarde ailleurs. Les USA se mouchent le nez. L’Europe… « nous n’en savons rien ».

Jusqu’à quand va-t-on continuer d’accepter cet inacceptable

Les noms d’écoles et de rues : c’est qui, ça ?

On continue, pour des raisons évidentes de gloriole, sinon d’auto-publicité, d’affubler nos écoles, collèges, lycées et impasses, de patronymes de Réunionnais illustres ou illustres inconnus.

Mais qui a songé à expliquer aux citoyens sinon aux écoliers de qui il s’agit ?

J’étais, à La Rivière, dans l’ « école primaire de garçons Hégésippe-Hoareau ». Aujourd’hui encore, je ne sais qui était cet Hégésippe-Hoareau ! Si quelqu’un peut éclairer ma triste lanterne…

Pour les filles, c’était plus simple : « École des filles du Ruisseau ». Oups !

Le département a mis des décennies à rendre hommage à Louis Payen avec un lycée à son nom dans les alentours de Saint-Paul.

Combien de lycéens de cet établissement savent qui était Louis Payen ?

Pour le lycée Leconte-de-Lisle, on sait à peu près qui était le bonhomme. Au passage, anti-esclavagiste, anti-raciste, chef de file des Parnassiens et idole de Ti-Tangue…

Il y a un lycée Eugène-Dayot. Cé qui ça d’là ?

Nos glossateurs régionaux, si prompts à se réfugier derrière nout’ patrimoine, n’y pensent jamais.

Au passage, je voudrais dire que si une rue a été dénommée « Elie-Hoarau » à La Ravine, ce n’est pas par référence à l’ancien maire coco. Ce dernier n’est pas si prétentieux… même si je ne l’aime guère. Cet autre Élie était un curé.

Lycée Amiral-Bouvet, stade Raymond-Mondon, lycée Levavasseur, collège Marthe-Robin, rue Père-Laporte, rue Octave-Bénard (rien à voir avec ma famille, je vous rassure), stade Jean-Hinglo, rue des Chaises-à-Porteurs… c’est très bien de rendre hommage à nos gloires locales ; mais faudrait aussi expliquer de qui il s’agissait !

Etiquettes : Jules Bénard

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