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L’envol de la chouette

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 29 août 2018 à 11H18

Cher Nicolas Hulot, vous avez hérité dans les milieux écologistes politiques du sobriquet de « la chouette » (Cécile Duflot), raison de ce titre primesautier, ou d’ « Hélicologiste » en référence à vos activités passées d’animateur de l’émission « Ushuaïa ». Plus méchant celui-là, marquant vos penchants pour les engins volants ou les collections de voitures toujours plus productrices de CO2.

Cher Nicolas Hulot, vous excuserez l’anaphore, figure de style empruntée à un non regretté capitaine de pédalo scootériste.
Cher Nicolas Hulot, voyant la forme que vous avez voulu donner à votre démission, en direct sur France Inter, j’ose penser que ce n’était pas prémédité, que cela vous est venu tout naturellement.

Cher Nicolas Hulot, vous arguâtes des récents événements climatiques pour remettre votre démission. Entre les incendies en Grèce, en Californie, les inondations au Kerala, au Japon, entre la canicule en France (l’été 2018 aura été le 2ème le plus chaud depuis la tristement célèbre canicule de 2003), également au Japon, entre les super-ouragans de 2017 dans l’Atlantique Nord, et les Antillais empoisonnés par la chlordécone et les sargasses, entre les concessions que vous deviez accepter des lobbyistes au sujet du glyphosate, et, pour le coup de grâce, des chasseurs, vous justifiiez l’urgence des actions en faveur de la planète que le gouvernement ne portait pas, et l’urgence de vraies mesures pro-environnementales, non des demi-mesurettes, « la politique des petits pas », dites-vous, inacceptable au-regard des enjeux planétaires.

Le film-catastrophe se déroule sous nos yeux. Nous assistons, pour reprendre vos mots, au « basculement de la tragédie climatique » : aucun résultat du gouvernement sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, sur la réduction de l’utilisation des pesticides, sur la diminution de l’érosion de la biodiversité, ou sur l’augmentation de l’artificialisation des sols. Mais vous ne lui voulez pas de mal, car vous avez cultivé la connivence avec Edouard Philippe, et l’amitié avec Emmanuel Macron. Leur bienveillance n’est qu’un élément de leur incompréhension.

Cher Nicolas Hulot, vous avez contredit Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, lorsque celui-ci parle des avancées que vous avez obtenues (pour moi votre seul fait d’armes, mais y êtes-vous pour quelque chose, est l’abandon du projet aéroportuaire de Notre-Dame-des-Landes), en suggérant que les enjeux vont au-delà des petits pas.

Cher Nicolas Hulot, je n’ai pu m’empêcher d’admirer votre intégrité, compatir à la tristesse que vous avez ressentie. C’était si visible que votre tic est ressorti soudainement, expression d’un langage corporel malmené par une bouffée émotionnelle intense. Pourtant Dieu sait si j’ai combattu votre inaction ministérielle ces 15 mois dans ces lignes, ou sur le site d’AID (aid97400.re).

Cher Nicolas Hulot, j’ai ressenti chez vous une immense lassitude de ne pas avoir réussi à convaincre vos tuteurs. Ils vous avaient prévenus, chantres de l’ordolibéralisme qu’ils incarnent, doctrine incompatible avec le changement de paradigme de pensée auquel nous aspirons toujours, pour combattre la tragédie climatique que vous décrivez. Ce combat n’est pas fini.

Cher Nicolas Hulot, vous faites preuve d’une incroyable confiance en vous lorsque vous espérez un électrochoc salutaire à la cause écologique. Pourtant vous l’avez dit, vous vous sentez seul, sans troupes, exceptées les multiples associations d’obédience et de tendance écologiste ou environnementaliste. Insuffisantes à vos yeux pour « faire le poids » face aux lobbies de tous poils, et à l’aveuglement obstiné des néo-libéraux.

Cher Nicolas Hulot, je salue enfin votre courage et votre lucidité, et vous souhaite bon vent dans votre envol vers de nouveaux horizons écologiques, sous des cieux toujours plus caniculaires.

Serviteur.

 

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