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L’Entre-Deux : Les menaces de mort, c'était "pour plaisanter"

Un homme a été reconnu coupable d'avoir menacé de mort la mère de sa fille. Le prévenu a assuré à la barre que ces menaces de mort et les dénigrements constants étaient pour rigoler. Le tribunal n’a pas retenu les faits d’envoi de messages malveillants puisque la retranscription fournie ne permettait pas de juger avec partialité.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le vendredi 25 mars 2022 à 10H13

"Tout le temps, on plaisante comme ça", assure Eric* lorsque la présidente du tribunal présente les chefs d’accusation qui lui sont reprochés. La plaisanterie en question : "je te tuerai si tu m’empêches de voir mon enfant".

Il a proféré cette menace le 17 janvier dernier lorsque Marie* lui annonce qu’elle se rend à l’ARAJUFA, l’Association réunionnaise pour l'aide juridique aux familles et aux victimes, afin de saisir le juge aux affaires familiales (JAF). Le couple s’est séparé peu de temps avant et la rupture est difficile, notamment concernant la garde de leur fille de 2 ans. C’est pourquoi elle a décidé de passer par les voies légales.

Le passage devant le JAF aboutit à une ordonnance de non-rapprochement. Eric a droit de voir sa fille deux fois par semaine mais doit demander à une tierce personne de se rendre au domicile de son ex pour récupérer l’enfant. 

Selon la victime, cette manie n’est pas une première. Ayant déjà deux enfants d’un premier mariage, Eric l’aurait déjà menacée "de tuer les deux premiers enfants car, si je ne peux pas voir ma fille, elle ne verra pas ses enfants non plus". Mais le prévenu se demande toujours "pourquoi elle a peur comme ça".

"Où est le mal ?"

À la lecture des messages transmis par la gendarmerie, le dénigrement est constant. Un nombre important de messages la traite de "pute" et autres amabilités. Il indique alors que c’était "pour rigoler et pour la faire chier. Où est le mal ?" Une remarque qui a le don d’irriter l’avocate de la défense, Me Delphine Savigny, et la procureure. Il maintient pourtant qu’il lui "parle normalement".

Le quinquagénaire ne supporte pas non plus que le père des deux premiers enfants, qu’il surnomme "le singe" en raison de ses origines malgaches, puisse passer du temps avec sa fille. "Ma fille, c’est ma fille. Elle est avec moi, pas avec lui", s’emporte-t-il.

Pour l’avocate de la victime, sa cliente "n’arrive pas à mettre fin à cette relation. Ils vivent séparément et il ne vient que quand il veut les voir. Elle ne supporte pas cette situation. Elle a banalisé ce dénigrement incessant. Elle a eu une prise de conscience et a voulu mettre fin à cette relation depuis la fin de l’année 2020, mais il instrumentalise sa fille. Il a un droit de visite qu’il applique comme il le souhaite".

Le ministère public s’alarme également de la situation. "La position de monsieur est inquiétante. Les messages menaçants sont pour lui des plaisanteries alors que ce sont des infractions pénales. Cette menace de mort, il la reconnaît mais la qualifie de plaisanterie. Il explique ne pas être content lorsqu’elle ne répond pas à ses messages. On sait que ce genre de réaction est un terreau aux violences intrafamiliales (VIF)", souligne la parquetière. 

Une centaine de messages, seuls 6 peuvent caractériser l’infraction

C’est pourquoi elle requiert une peine de 4 mois de prison avec sursis, une interdiction d’entrer en contact avec la victime et un stage contre les VIF à effectuer dans les 6 mois sous peine d’être envoyé deux mois en prison.

Après une longue délibération pour lire l’ensemble des messages, le tribunal n’a pas retenu les faits d’envois réitérés de messages malveillants. Sur la centaine de messages, sur une période de 13 mois, seuls 6 peuvent caractériser l’infraction. Surtout, le rapport transmis par la gendarmerie ne contient que les messages du prévenu sans ceux de la victime. Une absence de contexte qui ne permet pas de juger en toute partialité.

Le tribunal le déclare par contre coupable des faits de menace de mort et le condamne en répression à effectuer un stage contre les violences intrafamiliales, qui se transformerait en une amende de 300 euros s’il ne le suit pas dans la période donnée.

*Prénoms d'emprunt

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