Le voleur et son "complice faible d’esprit"

Yannick N., de Saint-Paul, a trouvé "la" solution : plutôt que d’user de violence, il préfère voler, c’est moins risqué. Du moins le croyait-il.
En février 2014, il a trouvé du travail dans une pâtisserie de Saint-Pierre. Employé comme homme-à-tout-faire, il subtilise quelques dizaines d’euros sur la somme que lui a confiée son patron pour acheter des ingrédients. Ce que voyant, ce dernier ne renouvelle pas son contrat, une rétorsion que l’accusé a jugée insoutenable.
Pour se venger, il va donc multiplier les vols de nuit chez son ex-employeur, 250 euros par-ci, 250 euros par-là, un fond de caisse, quelques bricoles. Puis il se souvient qu’il doit de l’argent à un ami. Pour l’un de ses larcins, il se fait donc aider par celui-ci, un grand gars limite débile qui, à la barre, ne peut que grommeler de vagues explications.
Jean C., le complice en question, parvient quand même à articuler : "Moin l’avais prête à li l’argent. Li la rembourse à moin comm ça". Il fallait y penser.
L’un des exploits de ce duo singulier laisse rêveur : une copine a eu besoin d’un gros gâteau et a demandé à Yannick, apparemment fin pâtissier, de le lui confectionner. Pour acheter les matières premières et payer son travail… il trouvera de l’argent en caisse ce soir ! (Qui est cette indic ?) Effectivement, il y a plus de 500 euros… mais également le propriétaire des lieux et quelques amis qui font le guet.
Ils appréhendent le simplet Jean C. que Yannick, finaud, a envoyé au charbon au cas où… "Moin la dis à li allez vole po moin et ma donne à li in monnaie dessus", reconnaît-il.
Ce n’est pas le moins curieux de l’histoire. Parmi les COPJ (convocations par officier de police judiciaire), le choix a été courtoisement laissé à la Cour d’opter pour le vol, la tentative de vol ou la complicité de vol dans tous ces faits. Ce que n’a pas manqué de relever avec amusement le procureur Peinaud : "Je découvre aujourd’hui l’existence de la CCM" (convocation à choix multiple). Sans charger le "complice à l’esprit léger", l’accusateur a eu des mots durs envers "quelqu’un qui utilise un complice faible d’esprit qu’il envoie voler à sa place".
Yannick N. aura 8 mois pour s’en imprégner, plus obligation de travailler et de rembourser 800 euros. Quant à son pote, il s’en sort avec 70 heures de travail d’intérêt général en milieu protégé.


