[Le podcast de Pierrot] Michel Barnier pris entre deux feux, entre le RN et l'aile gauche des Macronistes

Les qualités de fin négociateur et de conciliateur de Michel Barnier sont reconnues. Il en aura grandement besoin pour naviguer au plus près dans les vents contraires qui s’annoncent. Il offre en effet la particularité de venir d’un des plus petits groupes parlementaires, avec 47 députés, face aux mastodontes Ensemble pour la République (ex-Renaissance et ex-La République en Marche) avec 99 élus, LFI (72 députés), socialistes (66). Et surtout le Rassemblement national qui, avec ses 126 parlementaires (142, si on rajoute les proches d’Eric Ciotti), se retrouve dans le rôle de faiseur de rois.
Au final, c’est l’attitude conciliante du RN face à Michel Barnier qui a permis à ce dernier d’être désigné. Marine Le Pen avait clairement dit qu’elle voterait la motion de censure si d’aventure Emmanuel Macron décidait de nommer Bernard Cazeneuve ou Xavier Bertrand. Ce qui clairement condamnait leurs gouvernements à tomber quelques jours à peine après avoir été désignés, dès le discours de politique générale.
Bernard Cazeneuve venant de la Gauche, il n’avait aucune clémence à espérer du RN. Quant à Xavier Bertrand, il paye d’avoir toujours été un adversaire forcené du RN sur ses terres des Hauts-de-France.
Par contre, concernant Michel Barnier, Marine Le Pen avait posé ses conditions : elle accepterait de ne pas voter la censure si son programme comprenait “plus de pouvoir d’achat, moins d’immigration, plus de sécurité”, et s’il se montrait « respectueux » envers le RN.
Dès le discours de passation de pouvoir hier soir sur les perrons de Matignon, le nouveau Premier ministre s’est empressé de donner des gages dans ces domaines au RN, ajoutant de façon appuyée qu’il promettait « beaucoup d’écoute et beaucoup de respect », notamment vis-à-vis du Parlement, mais aussi vis-à-vis de « toutes les forces politiques ». Et il a mis le contrôle de l’immigration, la lutte contre l’insécurité et la hausse du pouvoir d’achat parmi ses priorités.
Les mots magiques ayant été prononcés, Michel Barnier a gagné un sursis de quelques semaines, peut-être quelques mois. Mais il est très clairement sous surveillance et il faudra qu’il donne des gages au RN, beaucoup de gages, avec l’éternelle épée de Damoclès de la motion de censure au-dessus de la tête.
Mais ses ennuis ne sont pas terminés pour autant, car plus, il fera plaisir à Marine Le Pen, plus il s’attirera les foudres de l’aile gauche des députés macronistes qui déjà font la tête et laissent entendre que leur soutien n’est pas acquis automatiquement. Et qu’ils pourraient, pourquoi pas, voter, eux aussi, une motion de censure déposée par LFI si Michel Barnier devait trop durcir les lois sur l’immigration notamment.
Comme on le voit, la ligne de crête sur laquelle va évoluer le Premier ministre est très étroite, et risque de l’être de plus en plus à mesure qu’approchera la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron.
Sachant qu’il ne pourra pas se représenter, plus on approchera de 2027 et moins grande sera l’autorité du chef de l’État sur ses troupes.
Mieux, ou pire, en fonction du côté où on se situe, de plus en plus de députés auront probablement envie de prendre leurs distances avec le président de la République au fur et à mesure que se rapprochera pour eux la date à laquelle ils vont devoir eux-mêmes retourner devant les électeurs. Pas sûr que le fait pour eux de se prévaloir du bilan d’Emmanuel Macron soit le plus sûr moyen de se faire réélire.
On risque donc de voir de plus en plus de députés prendre leurs distances et vouloir marquer leurs différences. Peut-être même que certains oseront franchir le Rubicon et voter une motion de censure.
Dans ce cas, deux hypothèses. Soit le gouvernement Barnier tient plus d’un an et le président de la République récupèrera le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale et de renvoyer tous les députés devant les électeurs. Sans garantie aucune que le résultat de nouvelles législatives soit fondamentalement différent de celui d’aujourd’hui.
Soit, il tombe avant le délai d’un an et alors, il ne restera plus qu’une solution au président de la République : démissionner.
C’est au vu de tous ces éléments sans doute qu’Edouard Philippe a pris soin de préciser dans son interview au Point qu’il serait candidat aux présidentielles, que ce soit en 2027 ou avant.
Comme on le voit, la nomination de Michel Barnier est loin d’avoir tout réglé et les mois qui viennent s’annoncent pour le moins agités.


