Revenir à la rubrique : Blog de Pierrot | National | Politique

[Le podcast de Pierrot] Lucie Castets, celle qui ne sera jamais Première ministre

Qui pour gouverner la France ? Trois semaines après les législatives, un Premier ministre se fait toujours attendre. Le dernier nom proposé hier soir par le NFP a été immédiatement battu en brèche par le chef de l'Etat dans la foulée. Pierrot Dupuy consacre son podcast du jour à ce feuilleton du mois de juillet.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le mercredi 24 juillet 2024 à 18H18

 

Il faut avouer que c’était bien joué. A la surprise générale, les quatre partis du Nouveau Front Populaire ont lancé hier soir dans les jambes du président de la République, une heure seulement avant son allocution télévisée, une véritable bombe : le nom de Lucie Castets sur lequel ils venaient de se mettre d’accord pour la proposer au poste de Première ministre.

Le timing était parfait. Mais comme souvent avec LFI, il ne s’agissait que d’un énorme coup de com’ dans la guerre médiatique qu’ils mènent contre le président de la République. Au risque de décevoir certains, il n’y a pratiquement aucune chance que Lucie Castets devienne un jour Première ministre. Tout cela n’est que de la poudre aux yeux. Je vais vous expliquer pourquoi.

Tout d’abord, notons que cela n’a rien à voir avec la personnalité propre de la haut-fonctionnaire de la mairie de Paris. Quoi que…

Âgée de 37 ans, Lucie Castets était jusque-là inconnue du grand public. Les Français découvrent une énarque passée par Sciences-Po Paris, la direction générale du Trésor, puis la direction des finances et des achats de la Ville de Paris. Elle est aussi experte de la répression des fraudes et de la criminalité financière. Le profil type de cette caste de hauts fonctionnaires, de l’« élite » comme les désigne l’extrême gauche. Et l’extrême droite aussi, d’ailleurs.

Notons cependant qu’elle n’a jamais occupé le moindre poste d’élue. Elle ne connait les rouages des collectivités que du côté administratif, ce qui n’a rien à voir avec une vision d’élue.

Par ailleurs, comme le rappelle Le Point, elle est membre, "comme la cheffe des Écologistes Marine Tondelier (…), du bureau de « l'Observatoire national de l'extrême droite ». Une instance présidée par un certain Thomas Portes, député LFI mis en cause pour ses propos virulents tenus samedi lors d'une manifestation propalestinienne à Paris contre les athlètes israéliens, « pas les bienvenus aux JO ». Des propos condamnés par la quasi-totalité de la classe politique, à l'exception des directions du PS et des Verts". Ça fait un peu désordre sur le CV de cette brillante dame.

Mais là n’est pas le principal problème.

Comme l’a rappelé le président Macron hier soir dans son intervention télévisée, la question n’est pas de se mettre d’accord sur un nom. C’est relativement facile, même si on a vu que les membres du NFP ont mis 15 jours pour y arriver. Non, ce qui est compliqué c’est de mettre en place un gouvernement qui dure plus de quelques jours, d’éviter une instabilité politique comme celle qu’a connue la IVème République, qui avait amené à un blocage des institutions et dont la seule issue avait été la Vème République.

Laquelle, malgré tous ses défauts, a néanmoins permis à la France de vivre dans la stabilité politique pendant plus de 60 ans. Avec la croissance économique qui va avec.

En parlant de défauts, vous connaissez la phrase devenue célèbre de Winston Churchill : "La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres". J’ai bien envie de dire aujourd’hui : "La Vème République est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres".

J’ai écouté Marine Tondelier ce matin sur France Info. Elle avait totalement raison dans sa distinction entre majorité au gouvernement et majorité à l’Assemblée nationale. Elle a expliqué qu’elle concevait un gouvernement « de combat, resserré, solide, solidaire », autour uniquement de membres du Nouveau Front Populaire.

En revanche, au Parlement, elle a dit qu’il allait falloir "aller chercher des majorités par texte, parfois par amendement" mais s’est dite convaincue que "chacun va prendre ses responsabilités".

Avec l’œil du professionnel, j’ai regretté que le journaliste de France Info se contente de cette phrase passe-partout et ne cherche pas à pousser la patronne des Verts dans ses derniers retranchements.

D’accord avec elle sur sa vision du gouvernement "resserré" et "solidaire. Rien à dire là-dessus, c'est logique.

Par contre, il est dommage que le journaliste ne lui ait pas posé un certain nombre de questions sur ce qui allait se passer à l’Assemblée nationale dans l’hypothèse où Lucie Castets accèderait à Matignon.

Il aurait pu rebondir sur les propos de cette dernière sur France Inter ce matin selon lesquels une coalition entre la gauche et le camp présidentiel "est impossible du fait de désaccords profonds".

Soit mais alors, où compte-elle trouver les voix qui lui manquent pour faire voter ses lois ? Le NFP ne compte au mieux que 207 députés. C’est le nombre de voix qu’a obtenu André Chassaigne pour le poste de président de l’Assemblée nationale, avec le renfort du groupe LIOT. Où compte-t-elle trouver les 82 voix qui lui manquent pour avoir une majorité ?

Marine Tondelier apporte la réponse en disant qu’il allait falloir "aller chercher des majorités par texte, parfois par amendement". Soit, mais c’est à l’exact opposé d’une politique globale, volontariste. Un tel gouvernement serait contraint de ne proposer que des lois sur lesquelles il saurait qu’il a un espoir de réunir une majorité. A court terme, ça peut marcher pour le SMIC à 1.600€ ou encore l’abrogation de la retraite. Le NFP pourra compter sur le renfort du Rassemblement national et, à eux deux, ils dépasseraient les 289 voix nécessaires.

Mais avouez que ça ferait un peu désordre si, pour faire passer toutes ses lois, le NFP ne pouvait s’appuyer que sur le RN. Ce serait une coalition des extrêmes qui ne dirait pas son nom.

Mais avant de pouvoir essayer de faire voter des lois, le gouvernement Castets devra faire face dès le lendemain de sa constitution à une motion de censure. Et là, le problème sera inversé. Il ne faudra plus chercher une majorité pour voter une loi mais éviter de faire face à une majorité qui voterait votre destitution.

Et malheureusement pour Jean-Luc Mélenchon et autres Marine Tondelier, les voix du NFP ne seraient pas suffisantes et l’addition des voix du RN, des Macronistes et de LR suffirait largement pour faire tomber le gouvernement.

Une fois le gouvernement Castets censuré, Emmanuel Macron pourrait tenter de nommer un autre membre du NFP comme Premier ministre. Il connaitrait malheureusement le même sort.

Le président de la République avait donc raison hier soir quand il disait que la seule solution passe par la recherche d’un compromis entre plusieurs partis politiques.

On le sait, Jean-Luc Mélenchon y est totalement opposé. Les autres composantes du NFP sont également contre officiellement même si elles admettent en coulisses que c’est la seule solution.

Est-ce que cela signifie qu’il n’y a vraiment aucune solution au blocage actuel ? Pas si sûr.

Revenons à l’article 8 de la Constitution. Il prévoit juste que "le président de la République nomme le Premier ministre". Et c’est tout. Il n’a jamais été écrit quelque part qu’il devait nommer quelqu’un issu du parti arrivé en tête aux élections législatives. D’ailleurs, si tel était le cas, le parti ayant recueilli le plus de voix est le Rassemblement national, et non pas LFI.

Concrètement, le NFP est en train de faire beaucoup de com’ pour essayer de tordre le bras au président de la République en essayant de faire dire à la Constitution ce qu’elle ne dit pas.

Emmanuel Macron peut nommer qui il veut. Sa seule ligne directrice est d’essayer de trouver une personnalité à même de réunir une majorité, ou au moins contre laquelle ne se constituerait pas une majorité susceptible de la faire tomber à l’occasion d’une motion de censure.

Je n’ai pas de conseils à donner au président de la République mais je lui suggèrerais bien, comme au billard, un coup à trois bandes. Pourquoi ne nommerait-il pas, une fois les Jeux olympiques terminés, une personnalité modérée du PS, genre Carole Delga ou encore Bernard Cazeneuve ? J’imagine mal le PS désavouer l’un des siens. Le Nouveau Front populaire exploserait, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise seraient isolés, tout comme le RN.

Ce Premier ministre socialiste pourrait constituer un gouvernement composé uniquement de socialistes. Voire avec le renfort de quelques Verts modérés. Et pourquoi pas de quelques communistes. Des membres de "partis de gouvernement", comme on les appelle communément. Et il pourrait compter sur le soutien au Parlement des Macronistes et des Républicains, au coup par coup, en fonction des textes présentés.

Je ne sais pas pourquoi mais je sens que c’est un coup de ce style là que prépare Emmanuel Macron. On verra bien si j’ai raison.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :