Le périple des baleines et des tortues de La Réunion en replay sur Arte

Combien d'heures, de jours ou de semaines perdues de tournage, avant que l'objectif de sa caméra 4K ne capture enfin l'image rêvée ? L'histoire ne le dit pas et le documentaire « Des baleines, des tortues et des hommes » mériterait, à plus d'un titre, d'être accompagné d'un making-off, pour exposer l'écoulement du temps que l'équipe de tournage passe à guetter ou attendre. Tous ces efforts déployés en vain ou ces espoirs douchés par une mauvaise journée.
« Parfois, on rentre et on a le moral au plus bas, en se disant que ça ne va pas fonctionner. Et puis un jour, on ne sait pas pourquoi, on fait un maximum d'images. C'est inexplicable », confie Rémy Tézier, qui a appris l'école de la patience durant sa longue carrière de photographe sous-marin.
Son documentaire de 55 minutes, déjà diffusé dans sa version complète en exclusivité sur Réunion 1ère et Canal + Réunion, est désormais visible dans une version légèrement raccourcie (pour se conformer aux normes du diffuseur) sur la chaîne Arte, qui a financé le film.
Le documentaire débute dans les eaux de La Réunion et prend le parti de suivre, en parallèle, le périple d'une baleine à bosse et de son baleineau pour rejoindre l'Antarctique, et le voyage, non moins périlleux, d'une tortue verte vers l'île d'Europa (canal du Mozambique). Un souffle épique accompagne les étapes de ces deux voyages, comme lorsque la baleine à bosse subit les assauts de ses prétendants au large de l'île de Sainte-Marie, à Madagascar.
Comme souvent dans les documentaires animaliers, l'émotion emporte le spectateur sans qu'il s'y attende, à l'image d'un moment de grâce et d'intimité volé à deux tortues qui s'accouplent durant de longues heures, en se laissant porter par l'océan Indien.
Les interventions humaines sont rares, mais capitales pour la compréhension de l'enjeu : la préservation de ces espèces animales. Comme à Mohéli, dans l'archipel des Comores, où des villageois sans moyens se battent pour protéger les tortues des filets des braconniers. Ou à Saint-Gilles, lorsqu'un prestataire de plongée proche des cétacés, Gecko Bleu, explique restreindre ses propres activités commerciales pour limiter les perturbations liées à l'exploitation touristique de la saison des baleines.
Les prouesses techniques et les super ralentis en 4K servent avant tout une histoire comme on en voit peu. « Quand j'ai commencé à filmer les baleines à La Réunion et que j'ai appris qu'elles partaient en Antarctique, je me suis dit que c'était incroyable. Cela me paraissait lointain et je ne m'imaginais pas y aller un jour. C'est là qu'on se rend compte que ce sont des animaux extraordinaires, capables de passer du corail à la glace. La tortue verte, qui elle est capable de retrouver son lieu de naissance à des milliers de kilomètres, c'est complètement fou aussi », abonde Rémy Tézier.
Déjà présente sur le précédent documentaire « Quand baleines et tortue nous montrent le chemin » (2019), l'actrice Cécile de France reprend son rôle de narratrice avec une justesse jamais démentie, évitant les pièges de l'emphase ou de la dramatisation pour créer une forme de suspense, qui ajoute du caractère au documentaire.
On frémit en songeant qu'un jour tout pourrait s'arrêter, en raison de l'intense augmentation du trafic maritime marchand autour de La Réunion, liée à la crise en mer Rouge, ou encore à cause de développement en cours de l'industrie gazière off-shore dans le canal du Mozambique.
« J'en suis bien conscient », acquiesce le réalisateur. « On est toujours confronté au problème du développement et de la protection, cet équilibre qu'il nous faut trouver. On l'a encore vu dans l'Hexagone avec les agriculteurs qui bloquent la route ».



