Le Nouvel an Tamoul 5126 placé sous le signe de la solidarité

La Fédération tamoule de La Réunion s'est exprimée ce vendredi à quelques jours de la célébration du Nouvel an. Contexte oblige, la fédération indique ne pas mettre l’accent sur les festivités cette année mais sur la mobilisation post-Garance.
Les festivités du nouvel an Viśvāvasuva commenceront ce lundi 14 avril avec des cérémonies aux quatre coins de l’île. Les célébrations habituellement colorées et festives feront la part belle aux actes de solidarité suite au passage de Garance.
Moins de festivités, plus d’entraide
“Chaque année, les collectivités proposent des célébrations, mais cette année, nous invitons nos dirigeants associatifs et les collectivités à réduire un peu cette méthode de célébration”, déclare Jean-Luc Amaravady, président de la Fédération Tamoule de La Réunion. Suite au passage du cyclone Garance le mois dernier, la fédération estime “ne pas avoir la tête à faire la fête."
L’Est de l’île, où la communauté indienne est la plus importante, n’a pas échappé aux fortes rafales destructrices de Garance avec ses arbres déracinés, ses toits arrachés, ses routes cassées ou encore ses poteaux électriques penchés…
Si l’Est de l’île semble se rétablir doucement du passage du cyclone, certains habitants sont à l’heure actuelle toujours dans le besoin. “Il est important d’avoir une pensée pour les sinistrés, ceux qui sont dans la souffrance suite au passage du cyclone", partage Jean-Luc Amaravady, qui poursuit : "il y a des moments pour tout, mais cette année, le nouvel an est placé sous le signe du partage et de l’entraide”.
Le président de la Fédération tamoule de l’île indique qu’il serait bon qu’une partie des fonds récoltés lors de cette période de célébrations soit utilisée pour les personnes dans le besoin.
Jean-Luc Amaravady tient également à saluer le travail des associations suite au passage du cyclone : “Quel acte de solidarité ! Quelle énergie ! Aujourd’hui, j’aimerais remercier toutes ces associations et ces personnes qui continuent jusqu’à présent d’apporter leur soutien aux sinistrés, et Dieu sait qu’il y en a encore pas mal qui sont dans une situation difficile.”
“Pour ce nouvel an, on attend le meilleur comme toujours. On a traversé des moments difficiles lors du passage de Garance. La nature nous a montré qu’elle reste la maîtresse de ce monde. C’est elle qui décide ce qu’elle veut et c’est à nous les hommes de réfléchir et de prendre tous ces événements en conséquences. Nous devons analyser et se demander comment construire demain et ne pas être surpris comme on l’a été”, invite à réfléchir Jean-Luc Amaravady.
Qu’attendre de cette nouvelle année Viśvāvasuva ?
“Sur le plan individuel, chacun vivra sa destinée en fonction de sa date de naissance”, explique Gérard Virassamynaïk, membre de la Fédération Tamoule de l’île.
D’après le calendrier tamoul, les situations de crises actuelles mondiales se poursuivront telle que la guerre au Moyen-Orient. En Europe, la guerre devrait s’arrêter à l’avantage de la Russie. “Il faut prier pour que la guerre n’arrive pas jusqu’à nous”, indique Gérard Virassamynaïk.
Côté intelligence artificielle, celle-ci s’avèrera “plus dangereuse que prévu”, avec une utilisation des pouvoirs publics sur les individus de la société.
“Comme chaque année, il y aura son lot de choses positives et négatives. Mais c’est à nous de prendre les choses comme il se doit pour que ça reste positif autour de nous”, nuance Gérard Virassamynaïk.
Des congés pour tous les tamouls
Ce 14 avril, c’est l’occasion pour les fidèles de se rendre au temple. Un 14 avril qui tombe un lundi, qui n’est pas un jour férié. L’occasion pour la fédération de revenir sur l’un de ses combats phares qui vise à permettre à chaque fidèle de pouvoir être en congé pour respecter ses traditions.
Une loi de 1997 permet aux personnes de la fonction publique de pouvoir disposer d’une journée pour le culte. Une mesure saluée par la communauté indienne, mais qui n’est pas assez développée selon Jean-Luc Amaravady. En effet, les personnes du privé, elles, ne disposent pas de ce droit. “Nous demandons à l’état d’élargir cette loi au privé pour que notre jour de l’an puisse être fêté par l’ensemble de notre communauté comme il se doit. On ne devrait pas faire la différence”, s’exclame le président de la Fédération tamoule de l’île.
La fédération souhaite également que l’éducation nationale se tourne vers l’introduction du tamoul ou de l'hindi comme langue vivante étrangère (LVE 2), au même titre que l’espagnol, l’allemand ou encore le chinois, fortement étudiés en deuxième langue dans les établissements de l’île. “L’Inde est un pays en pleine expansion et notre jeunesse réunionnaise doit pouvoir se former en Inde, il faut leur donner les moyens”, partage Jean-Luc Amaravady.
Un lien vers l'Inde qui pourrait être fragilisé
Faire parler de l’Inde à travers le tourisme est également l’un des souhaits de la fédération. Celle-ci estime que seule une centaine d’Indiens voyagent à La Réunion contre des millions d’entre eux se rendant dans l’océan Indien. “On pourrait mettre en place un salon en Inde pour faire découvrir La Réunion et à l’inverse, un salon consacré à l’Inde, à La Réunion”, propose le président.
Dernier point important pour la fédération : la carte OCI. Cette carte nommée Overseas Citizens of India, mise en place par l'État indien, permet aux Réunionnais d’origine indienne de faciliter les voyages, les échanges économiques et les études en Inde. Celle-ci est appliquée jusqu’à la 6e génération.
Pour le moment gratuite, la Fédération tamoule de l’île redoute que cette carte devienne payante à partir du 1er mai 2025. Aujourd’hui, les démarches se font avec les collectivités et le service départemental. Les documents sont ensuite apostillés au tribunal.
À partir du mois prochain, c’est la chambre des notaires et non plus le tribunal qui s’en occupera. “Si on supprime ce lien qui nous permet de voyager vers ce pays, on nous impose de passer par Maurice, mais ce n’est pas ce qu'attendent les Réunionnais. Il y a un travail à faire au niveau de la coopération régionale. On voit ça comme un affront”, s’indigne Jean-Luc Amaravady.


