"Le maloya n’a pas besoin de boucs émissaires" : pourquoi la polémique autour de la chanteuse Marie Lanfroy reste vive

La chanteuse Marie Lanfroy, membre des groupes Saodaj et Alsimi, se retrouve au cœur d’une vive polémique autour de l’appropriation culturelle et de sa pratique du maloya. Alors que l’artiste dénonce une vague de cyberharcèlement, le Parti socialiste réunionnais appelle à distinguer les débats de fond sur la culture réunionnaise des attaques personnelles.
Qui a le droit d’incarner le maloya ? Tout est parti de ce débat devenu extrêmement sensible à La Réunion.
Depuis plusieurs jours, la chanteuse Marie Lanfroy, figure des groupes Saodaj et Alsimi, est prise dans une tempête sur les réseaux sociaux après des critiques visant sa place dans l’univers du maloya. Certains internautes lui reprochent d’interpréter une musique profondément liée à l’histoire de l’esclavage, de la résistance et de l’identité réunionnaise alors qu’elle est perçue comme "zorey".
Très vite, le débat culturel a glissé vers du "brutal".
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L’artiste affirme être victime de cyberharcèlement et de nombreuses attaques personnelles. En réaction, plusieurs musiciens, artistes et personnalités réunionnaises ont publiquement pris sa défense, dénonçant la violence des propos tenus en ligne.
C’est dans ce contexte déjà très tendu que la fédération réunionnaise du Parti socialiste a publié ce vendredi 22 mai un communiqué tentant de remettre un peu de nuance dans une polémique devenue hautement inflammable.
Le texte commence par condamner "avec force le harcèlement et la violence des propos dirigés contre Marie Lanfroy".
"Quelle que soit la légitimité d’un débat culturel, rien ne justifie les attaques personnelles", écrit la fédération socialiste menée par Ericka Bareigts.
Mais le PS ne balaie pas non plus les questions de fond soulevées par la polémique.
Et c’est là que le communiqué devient plus intéressant politiquement.
Les socialistes reconnaissent l’existence de "questionnements légitimes et sérieux sur les inégalités d’un système culturel qui ne bénéficie pas à tous de la même façon".
Débat culturel VS harcèlement
Autrement dit derrière la polémique Saodaj, il y aurait aussi un vieux sujet réunionnais : qui accède aux financements publics ? Qui part en tournée ? Qui représente la culture réunionnaise à l’international ? Et qui reste au bord du chemin ?
Le PS insiste cependant sur une ligne rouge, à savoir ne pas confondre débat culturel et harcèlement.
"Ce sont deux choses radicalement différentes et nous refusons qu’on les confonde", martèle le communiqué.
Le texte défend également une vision ouverte du maloya, présenté comme "une musique vivante, en mouvement, capable d’absorber et de se réinventer".
Le groupe Lindigo est cité comme exemple d’un maloya contemporain ayant réussi à rayonner bien au-delà de La Réunion.
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Mais derrière cette défense du métissage culturel, les socialistes pointent aussi un "vide béant" dans la politique culturelle réunionnaise. A entendre, là encore, l'absence d’instance représentative des héritiers du maloya, le manque de recherche universitaire sérieuse sur cette musique ou encore l'opacité autour des financements publics liés à l’export culturel.
Le PS propose ainsi trois pistes. Tout d'abord le financement d'une vraie recherche ethnomusicologique à l’Université de La Réunion. Ensuite, la création d'une instance représentative indépendante autour du maloya et, enfin, d'auditer les financements publics accordés à l’export de la musique réunionnaise.
En filigrane donc, quelque chose de très réunionnais.
Le maloya est devenu patrimoine mondial de l’Unesco, symbole identitaire puissant, objet de fierté collective. Mais plus il rayonne, plus il soulève aussi des questions sensibles sur la transmission, la représentation et le partage de cette mémoire culturelle.
Et à chaque nouvelle polémique, l’île semble redécouvrir à quel point le maloya reste bien plus qu’une musique.


