Revenir à la rubrique : Société

Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Araab : "Sir Ludwig"

« Citius, Altius, Fortius – Communiter. Épisode 4 : « Sir Ludwig ». Découvrez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab consacré aux histoires peu connues du grand public concernant les Jeux Olympiques.
Ecrit par Mohamed Aït-Araab – le samedi 17 août 2024 à 15H02

C’est une histoire juive que je vais vous raconter aujourd’hui. Mais celle-ci n’est pas humoristique. Par contre elle est empreinte d’une grande humanité qui nous réconcilie avec nos semblables.

Ludwig Guttmann fait partie de ces illustres inconnus à qui le monde doit une reconnaissance éternelle.

Brillant neurochirurgien, Guttmann est, très jeune étudiant en médecine, confronté à des pathologies lourdes qui étaient de véritables condamnations à mort pour les patients. Notamment les paraplégiques dont l’espérance de vie était des plus réduites.

Mais vivre et travailler dans l’Allemagne hitlérienne était suicidaire pour un médecin juif, aussi brillant fût-il. La nuit de cristal fut pour lui à la fois un traumatisme et une prise de conscience :

« Le 9 novembre, j’ai pris ma voiture et je suis allé à la synagogue. Et là-bas, il y avait des centaines de personnes réunies autour du bâtiment qui brûlait, et des SS qui jouaient au football avec des livres de prière. J’ai regardé, immobile, ce qui se passait et j’ai réalisé que j’étais en train de pleurer. Mais ce jour-là est née ma détermination à aider tous les persécutés, quels qu’ils soient ».

Profitant d’un déplacement professionnel au Portugal, il trouve refuge, avec sa famille en Angleterre, pays dont il prendra la nationalité en 1945. Affecté tout d’abord dans un hôpital d’Oxford où il poursuit ses recherches sur la moelle épinière, il fonde, à la demande du gouvernement britannique, le National Spinal Injuries Center. Cet établissement soignait principalement les blessés atteints à la moelle épinière durant la Seconde Guerre Mondiale. Très vite, la pratique sportive s’impose dans le processus de prise en charge médicale. Bénéfique aussi bien pour l’accompagnement psychologique des patients que pour stimuler leur potentiel moteur. Billard, tir à l’arc, basket-ball, tennis de table sont au programme quotidien.

En 1948, à la veille des Jeux Olympiques de Londres, Ludwig Guttmann organise, dans son hôpital de Stoke Mandeville, une compétition de tir à l’arc baptisée World Wheelchair and Amputee Games (Jeux mondiaux des athlètes amputés et en fauteuil). À cette époque, il ne songe nullement à une quelconque reconnaissance par le C.I.O. Mais sa thérapie par le sport convainc de nombreux disciples de par le monde. En 1952, des athlètes hollandais, anciens militaires paraplégiques, font le déplacement en Angleterre pour participer aux premiers Jeux internationaux de Stoke Mandeville. Le mouvement est lancé.

En 1960, Rome accueille les premiers Jeux paralympiques d’été. En 1976, les Jeux paralympiques d’hiver sont organisés en Suède. Et en 1984, le Comité International Olympique reconnait, enfin, ces Jeux dits paralympiques parce qu’ils se déroulent en parallèle aux J.O.

En 1960, à Rome, 400 athlètes représentaient 23 pays.

À Paris, du 28 août au 8 septembre, 4400 athlètes venus de 182 pays brilleront dans 549 épreuves.

À Ludwig Guttmann, l’humanité reconnaissante !

Dans la même rubrique

0💬
Tri :