Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : « Un malheureux bout de tissu »

À New-York, lundi 22 septembre, le président de la République, Emmanuel Macron, a reconnu officiellement l’existence de l’État palestinien.
Le même jour, la préfecture de La Réunion publiait le communiqué suivant : « Les instructions du Gouvernement sont appliquées à La Réunion. Le pavoisement au moyen du drapeau palestinien d’un édifice public est une atteinte au principe de neutralité des services publics. La préfecture a demandé aux collectivités concernées de retirer ces drapeaux et introduira des procédures en référé devant le tribunal administratif si ces mesures ne sont pas respectées. »
Les collectivités concernées étaient notamment la Région Réunion, les villes de Saint-Denis et du Port, de Sainte-Suzanne et de Saint-Paul.
Lorsqu’il s’agit de réaffirmer le principe de neutralité de l’État, je ne peux qu’applaudir des deux mains.
Mais n’ayons pas la mémoire courte.
Christian Estrosi, maire de Nice, avait hissé le drapeau israélien au fronton de l’hôtel de ville et avait opposé une fin de non-recevoir au préfet des Alpes-Maritimes : « Je ne l’enlèverai que le jour où le dernier otage sera rendu à sa famille ».
Après l’attaque terroriste du 7 octobre, la tour Eiffel avait été illuminée aux couleurs du drapeau israélien.
Et, bien entendu, tout le monde se souvient des manifestations de soutien à l’Ukraine et des mairies de France et de Navarre pavoisées aux couleurs de ce pays.
Sans parler du portrait de l’écrivain Boualem Sansal accroché sur les façades de certains édifices communaux.
Sauf amnésie de ma part, je ne me souviens pas que de telles initiatives aient soulevé les cris d’orfraie que nous entendons aujourd’hui. Dans ces cas-là, le principe de neutralité des services publics n’était-il donc pas mis en cause ? Je serai curieux d’entendre les explications jésuitiques de nos politiques sur la question.
Face aux violations répétées du droit international par le gouvernement israélien, face à l’impuissance d’une communauté internationale qui n’existe plus que sur le papier, que reste-t-il pour manifester son indignation ?
La force du symbole !
Et hisser un drapeau palestinien au fronton des mairies est un symbole bien fragile.
Quand Gaza n’est plus qu’un champ de ruines peuplée de morts-vivants.
Quand le sinistre Smotrich exige de partager les bénéfices tirés de la vente des terrains à Gaza après qu’Israël ait fait le travail préalable de démolition avant la rénovation urbaine.
Quand l’extrême-droite ne cache plus sa volonté d’annexer la Cisjordanie.
Quand les colons, protégés par l’armée israélienne, assassinent chaque jour des femmes, des enfants et des hommes.
Quand Netanyahu, dans un délire d’hubris, frappe le Qatar, entraînant son pays dans un terrorisme d’état dont les conséquences seront dramatiques….
Un malheureux bout de tissu, face à la monstruosité, fait-il donc si peur à nos gouvernants ? Et que vont-ils décider pour la ville de Saint-Ouen où trois drapeaux seront hissés, français, israélien et palestinien ?


