Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : "Liberté, Égalité, … Baccalauréat"

Découvrez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab :
"Alléluia ! La cuvée 2025 du bac dépasse toutes les espérances.
91,8% de reçus au plan national. Soit 680.000 nouveaux bacheliers qui vont pouvoir monter à l’assaut des universités, des grandes écoles, des classes préparatoires, des formations de BTS, etc.
À La Réunion, ce sont 10.672 élèves de terminale qui ont décroché le précieux parchemin. Soit un taux global de réussite de 89,9% que l’on peut décliner selon les options :
- 96,2% pour les séries générales ;
- 89,9% pour les séries technologiques ;
- 81% pour les baccalauréats professionnels.
Mais ces chiffres flatteurs cachent une réalité moins glorieuse. Si l’on examine les taux de réussite à la fin de la 1ère année d’université.
Seuls 50,8% des titulaires d’un baccalauréat général accèdent à la 2e année de Licence. Pour les séries technologiques et professionnelles, les chiffres se passent de tout commentaire : respectivement 13,6% et 4,6% de réussite.
Alors quand le ministère de l’Éducation nationale, en ce mois de juillet 2025, sort enfin de son coma et invente l’eau tiède – il faut, nous dit Élisabeth Borne, « absolument garantir » que le bac « reconnaît un niveau de compétence et de connaissances qu'on doit acquérir en terminale», il ne fait qu’ouvrir les yeux - enfin !, diront les mauvaises langues - sur une réalité que les enseignants vivent au quotidien depuis des années.
Cette réalité est celle d’un diplôme frelaté qui n’est plus un sésame crédible pour accéder aux études supérieures. Un parchemin que l’on délivre à tour de bras, mentant ainsi à une très grande majorité des élèves sur leur niveau réel.
Cette réalité, c’est un niveau de culture générale d’une faiblesse insigne, aggravé par une addiction, dès le plus jeune âge, aux réseaux sociaux, qui devrait alerter le monde de la santé. La tiktokisation des esprits (ce que le chercheur en neurosciences Michel Desmurget a appelé « la fabrique du crétin digital ») est en bonne voie. Pour la plus grande satisfaction de ceux qui aspirent à gouverner un peuple de moutons gavés à l’ultra-consommation et béats devant les vidéos des influenceurs luxueusement installés à Dubaï.
Sans parler des médias mainstream entre les mains de quelques barons voleurs !
Que faire ? Continuer à assister en spectateur passif et complice d’un système qui lobotomise notre jeunesse et lui vend de faux espoirs ? Continuer à croire qu’il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi ?
Chacun répondra en son âme et conscience à cette interrogation."
Mohamed Aït-Aarab


