“L’AVC, tu ne t’en relèves jamais à 100 %” : le combat de Nadia pour retrouver une vie normale

Trois ans après avoir été frappée par un AVC, Nadia, 59 ans, raconte son long parcours de rééducation et dénonce le manque de soutien dont sont victimes de nombreux malades. À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’accident vasculaire cérébral ce 29 octobre, elle témoigne pour alerter et encourager ceux qui luttent encore.
Le 22 mai 2022, une semaine avant la fête des Mères, la vie de Nadia a basculé. Ce samedi matin-là, elle se réveille avec un violent mal de tête, mais part travailler comme d’habitude. Le lendemain, le cauchemar débute. « Je me suis réveillée avec le côté gauche paralysé. Ma bouche était déformée et je ne pouvais plus bouger ma main ni mon pied. »
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Ancienne auxiliaire de vie, elle reconnaît immédiatement les signes. « C’était angoissant de réaliser que je faisais un AVC. » Son fils la conduit d’urgence au CHOR où elle est prise en charge rapidement. C’est là que l’accident vasculaire se déclare complètement. « Quand je me suis réveillée, j’étais paralysée de partout. »
Des mois d’hôpital et une rééducation éprouvante
Après quatre jours d’hospitalisation, elle est transférée à la clinique des Tamarins où elle restera un an et demi. « Au début, c’est très dur. Je pleurais tous les soirs. J’étais auxiliaire de vie. C’est moi qui aidais les victimes d’AVC normalement. Et là, c’est moi qui me retrouvais dans cette situation. Ça m’a mis un coup. »
La rééducation est longue et éprouvante. Entre kinésithérapie et orthophonie, Nadia se bat chaque jour pour retrouver un peu de mobilité. Les chutes répétées conduisent les médecins à découvrir un problème au tendon d’Achille, nécessitant une opération et prolongeant son hospitalisation. « Pendant tout ce temps, ce sont mes enfants et mes petits-enfants qui m’ont donné la force de me battre. »
Les premiers signes d’espoir
Peu à peu, les progrès arrivent. « J’ai réalisé que je progressais enfin lorsque j’ai réussi à tenir mon assiette et à manger avec ma main gauche. Il m’a fallu beaucoup de travail pour reprendre un peu ma main gauche. Ce n’était pas facile. » Aujourd’hui encore, sa main gauche reste partiellement paralysée.
Après un an et demi d’efforts, elle rentre enfin chez elle. « Dieu merci, je marchais pour repartir. Mes enfants m’aidaient beaucoup au début. J’étais également suivie par une infirmière, une auxiliaire de vie et des kinés. »
Trois ans après son AVC, Nadia mesure le chemin parcouru. « Aujourd’hui, je peux faire la cuisine, le ménage, aller à la plage et faire des activités par moi-même. Surtout, je peux m’occuper de mes petits-enfants. Et ça, c’est ma plus grande joie. »
Mais elle garde un regard lucide : « L’AVC, tu ne t’en relèves jamais à 100 %, mais à 80 % au mieux. L’AVC, on peut en faire un tout d’un coup. Ça peut arriver à tout le monde. »
Le cri du cœur d’une survivante
Toujours suivie par un kinésithérapeute, Nadia a rejoint Zourit-Santé, un collectif d’associations réunionnaises œuvrant pour la santé depuis plus de quinze ans. Elle y découvre la danse contemporaine, la relaxation, et surtout un soutien précieux. « J’y ai vu des gens plus malades que moi. Ça m’a donné la force de continuer. »
Depuis un an, elle partage sa vie avec « un chéri qui m’aide beaucoup dans ma guérison. Il m’apporte beaucoup d’amour et de soutien moral. » Une présence qui contraste avec ce qu’elle a pu observer autour d’elle. « L’AVC, c’est quelque chose de dur. Quand j’étais à la clinique, j’ai vu beaucoup de malades dont les enfants ne s’occupaient pas d’eux, de maris et de femmes dont le ou la conjointe ne s’en occupait plus. J’en ai vu beaucoup. C’est triste. »
À travers son témoignage, Nadia veut rappeler que la guérison ne dépend pas seulement des soins médicaux, mais aussi du regard et de la présence des proches. Une parole forte pour cette Journée mondiale de l’AVC, où elle espère que son expérience servira à briser le silence et la solitude des survivants.


