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La Saline, la fin d'une époque

Ecrit par zinfos974 – le lundi 15 octobre 2018 à 11H55

Les travaux du PAPI (Programme d’Action pour la Prévention des Inondations) de l’Ermitage/La Saline viennent de commencer  au rond-point qui fait la jonction entre  l’Ermitage et  la route cannière. Les deux banians qui font partie du paysage seront les premiers sacrifiés. Cette zone est historiquement un réceptacle de crues mais les inondations y deviennent spectaculaires depuis qu’on l’urbanise, du fait de l’imperméabilisation des sols. Le problème, c'est que ce PAPI qui prétend sécuriser la zone contre les crues va aussi y favoriser l’urbanisation et donc la pression démographique.  Le PAPI, c’est un système de digues, de bassins de rétention et de connexions des ravines destiné à dévier les eaux vers les ravines de l’Ermitage et Tabac.

Mais, d’une part, ce projet de bétonnage ne prend en compte, ni les houles exceptionnelles, ni les remontées de nappes, ni la gestion des eaux pluviales issues des zones urbanisées.

D’autre part, l’étude préalable sur laquelle il s’appuie n’a pas pris en compte les nombreux travaux de remblayages et de terrassements urbains qui ont marqué l’urbanisation massive des vingt dernières années et ont évidemment des conséquences sur la morphologie des réseaux de drainage.  Les conseils scientifiques de la Réserve Marine et du Patrimoine Naturel critiquent notamment le « point noir » que constitue la « ravine Joyeuse » qualifiée d’exutoire naturel alors qu’il s’agit d’un fossé artificiel créé en 1980 pour évacuer les inondations de Hyacinthe. On entérine de fait l’existence d’un exutoire pourtant illégal au regard du décret de création de la Réserve Naturelle Marine de La Réunion.  Mais surtout, le PAPI élude le rôle négatif de cette « ravine » dans le déversement des eaux dans le lagon du fait notamment des zones urbanisées de Roquefeuil situées en amont. 

L’étude ne prend pas non plus en compte le long terme avec le changement climatique.  Ce PAPI en augmentant les déversements dans le lagon pourrait paradoxalement accroître le risque d’inondation par submersion, le récif ne pouvant plus jouer son rôle protecteur.  Enfin, l’un des enjeux de ces travaux de bétonnage est le renforcement de l’urbanisation sur toute la zone Ermitage/La Saline. 

Les villages de pêcheurs ont certes disparu, remplacés par des résidences de tourisme et des hôtels mais le quartier restait encore relativement préservé en comparaison de Saint Gilles. Demain lui aussi sera bétonné, sécurisé (c’est moins sûr), mais aussi hélas, standardisé. Car cette politique d’aménagement sur fond de renforcement des endiguements, libère du foncier constructible avec à la clé la spéculation immobilière qui va faire sortir de terre de nouvelles résidences et chasser un peu plus les populations traditionnelles du fait de la flambée des prix. Bref, la gentrification commencée à Saint Gilles, va continuer à l’Ermitage/La Saline. Le PAPI est typique de ces travaux où les impacts environnementaux, paysagers et sociétaux sont, soit analysés superficiellement, soit éludés. 

 

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