Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

La Réunion : Un "plan de relance" hors-sol ?

Ecrit par zinfos974 – le lundi 7 septembre 2020 à 09H06

Logiciel assimilationniste oblige, le plan de relance gouvernemental lié à la crise sanitaire de la Covid 19 méconnaît les particularités de La Réunion. Il met essentiellement l’accent sur une politique de l’offre alors que le moteur principal de l’économie réunionnaise est la demande. Il tient peu compte aussi de la spécificité du tissu économique de La Réunion formé de Très Petites Entreprises (TPE)  difficilement éligibles aux aides publiques et de sa structure sociale comprenant 2 Réunionnais sur 5 en dessous-du seuil de pauvreté. 

Ce Plan affiche un montant qui se veut impressionnant de 100 milliards d’euros. Certains types d’entreprises s’y taillent la part du lion. En raison de son idéologie néolibérale, le pouvoir s’obstine vainement depuis bientôt 40 ans à privilégier  le soutien de l’offre alors que c’est la demande qui fait défaut. Celle-ci a été gravement amoindrie par le confinement qui a fait baisser la consommation ; par la baisse de 16% du pouvoir d’achat des salariés en raison du dispositif « chômage partiel » par ailleurs judicieux ;  par la faiblesse des revenus d’une large fraction de la population… Après un petit rebond mécanique au moment du déconfinement,  la consommation reste anémiée à cause  de la persistance de la Covid 19, de  la crainte d’un reconfinement et de l’incertitude de l’avenir. Ceux qui ont des moyens transforment leur épargne forcée du confinement en une épargne de précaution  tandis que la crise sanitaire aggrave  la situation des plus pauvres, et notamment, celle des jeunes, qui voient leurs maigres ressources menacées.   

Or, on peut aider tant qu’on veut certaines entreprises, l’offre ne repartira pas sans demande suffisante. L’augmentation du pouvoir d’achat des travailleurs et des classes populaires aurait pu soutenir la consommation, les plus modestes, obligés de beaucoup se priver, étant prêts à y consacrer un éventuel surplus de pouvoir d’achat. Aux travailleurs, par ailleurs menacés par la réforme des retraites et la réforme du code du travail, les thuriféraires du pouvoir demandent de se féliciter de la mise en œuvre  du dispositif de chômage partiel. Aux populations les plus vulnérables, le Plan de relance consacre  800 millions d’euros (0,8% des 100 milliards !)  pour l’essentiel consacrés à la revalorisation ponctuelle de l’Allocation de Rentrée Scolaire, au prix de 1 euro le repas au restaurant universitaire, à l’aide à l’hébergement d’urgence.  Ce plan de relance n’est pas pour les travailleurs et les plus modestes. Il est fondamentalement d’inspiration néolibérale, davantage inspiré par Thatcher et Reagan que par le Conseil National de la Résistance en dépit de la redécouverte de la nécessité d’un Commissariat au Plan. Ce qui devrait dessiller les yeux de ceux, de droite souvent sans se l’avouer, qui vont disant qu’il n’y a plus de droite ou de gauche…, la belle blague !  

Le plan de relance est mal adapté à la situation réunionnaise. D’abord par son montant, 1,5 % pour l’ensemble des Outre-mer alors que La Réunion, à elle seule,  regroupe 1,3 % de la population française.  Ensuite à cause de  la structure de notre économie formée essentiellement  de Très Petites Entreprises satisfaisant une demande proximité, constituant l’économie résidentielle.  Ces TPE  n’ont guère accès  aux aides publiques ne remplissant pas toujours les obligations sociales ou fiscales, ou n’étant pas le plus souvent suivies par les banques.  Certains secteurs sont sinistrés pour un long moment ( culture, restauration, hôtellerie, autres activités du tourisme et des loisirs) d’autres ont repris avec un taux d’activité amoindri. Les entreprises concernées devront donc se reconfigurer pour maintenir leur  productivité et donc licencier. Le nombre de chômeurs va donc augmenter et la situation des jeunes sans emploi ou à la recherche d’un  premier emploi va encore s’aggraver. 

La crise a, sur de nombreux plans, servi de révélateur aux maux de La Réunion. Comme toujours, les grandes déclarations sur « l’après qui ne doit pas ressembler à l’avant » ont été autant de baudruches emportées par le vent. C’est que le logiciel réunionnais fondé sur un rattrapage chimérique et déresponsabilisant est incapable de poser un diagnostic vrai des problèmes de l’île et de secréter un pouvoir politique capable de fixer un cap.  Il faudrait réorienter progressivement notre économie de rente portée par les crédits nationaux et européens,  fondée la consommation publique et privée, en une économie de production plus endogène. Sans oublier la transformation écologique, l’économie circulaire, le logement… Au plan social, il faut donner une perspective autre que l’assistance, à près de la moitié de la population qui survit en dessous-du seuil de pauvreté.  A situations exceptionnelles, solutions innovantes : devant l’extension des situations de pauvreté, pourquoi ne pas réfléchir, pour La Réunion, à un revenu universel comme veut le faire pour la Corse l’Assemblée de Corse ? Et pour lutter contre le chômage de masse pourquoi ne pas faire, comme le suggèrent nombre d’économistes, des   collectivités publiques l’employeur en dernier ressort ?  Ce chemin est d’ailleurs de fait emprunté par l’Etat avec les contrats aidés ainsi que par les collectivités locales et les intercommunalités au personnel pléthorique. Le droit au travail n’est-il pas inscrit dans la Constitution ? Le moment est venu de se réunir pour tous ceux qui veulent  donner à La Réunion une chance. 

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :