La Réunion détient le record du nombre de salles de CrossFit

Si vous avez un pratiquant de CrossFit dans votre entourage, vous êtes nécessairement au courant vu l'enthousiasme utilisé pour en parler. Si vous en avez deux autour de vous, la probabilité est forte que vous soyez exclu de la conversation, incapable de comprendre des termes comme WOD (Work of the day), push-up, burpees et autres wallball.
Car depuis 10 ans, le phénomène CrossFit s'est implanté sur l'île et a pris durablement racine. Avec 25 box officielles, La Réunion est le département français qui en compte le plus. Cela sans compter les salles n'ayant pas la licence officielle, mais qui le pratiquent en "marron".
Pour exemple, la ville du Tampon compte 3 box, dont 2 se situent dans la ZAE de Trois-Mares. C'est notamment là que Mikë Nyssen y a implanté la première salle de l'île, CrossFit 974, en décembre 2013. Après avoir découvert ce nouveau sport quelques mois plus tôt, il a décidé de tout vendre pour se lancer dans l'aventure. D'abord cantonné à une salle de 30 m2, le succès lui a permis de s'agrandir au fur et à mesure.
Pour Alexia Hoarau, c'est le succès de sa première salle installée à Saint-Joseph en 2018 qui lui a permis de se développer. La Tamponnaise rêvait d'ouvrir une salle dans sa ville et c'est ainsi qu'elle a pu inaugurer CrossFit Freyja en 2021.
Bien que ces salles soient à peine distantes de 300 mètres l'une de l'autre, la clientèle répond présent pour les deux clubs. Un succès qui se retrouve partout dans l'île. Mais comment expliquer que des personnes soient prêtes à payer une centaine d'euros par mois pour se faire souffrir ?
Addictif et familial
"C'est un sport qui est addictif. Il est addictif car il comprend trois domaines de compétences : le cardio, des mouvements de gym et la partie haltérophilie. C'est tellement varié. Et en plus, on se prête au jeu où l'on veut évoluer dans chaque domaine" explique Mikë Nyssen.
Un avis partagé par son élève Laure, pratiquante depuis 7 ans. "J'ai fait pas mal de sports, mais ce qui me plaît dans celui-là, c'est la diversité. On s'ennuie jamais en fait. Par exemple, j'ai fait du tennis et bah, on fait du tennis, on tape la balle, mais c'est répétitif. Là, on a moyen de changer constamment", explique celle pour qui le CrossFit fait désormais partie de son équilibre.
La sensation de ne jamais s'ennuyer et l'envie de progresser sont donc des éléments pouvant expliquer l'attrait des pratiquants, mais c'est loin d'être les seuls. "C'est très familial. Cela va vraiment plus loin que le sport. On va se voir en dehors. On va faire des randos, on va faire des apéros. C'est vraiment une cohésion très très forte" explique de son côté Alexia Hoarau.
C'est ce côté travail en petit groupe où chacun s'entraide que plébiscitent un grand nombre de pratiquants. "Quand il y en a un qui s'entraîne et qui est le dernier, tous les autres vont aller l'applaudir et l'encourager pour ne pas qu'il lâche, pour qu'il tienne bon. C'est cet esprit de convivialité et de fraternité qui règne à peu près dans toutes les box" assure l'owner (propriétaire) de CrossFit 974.
Un sport pour tous les corps et tous les objectifs
Si de nombreuses personnes hésitent à franchir le pas pour s'initier, c'est que le CrossFit fait peur. Les images qui circulent sur le web présentent les compétitions où les athlètes réalisent des performances que la majorité des humains ne pourront jamais atteindre. "On retrouve encore de temps en temps des gens qui disent : le Crossfit, c'est le truc où on lève de gros pneus, où on trouve de gros marmules. En fait, ce n'est pas comme ça. C'est juste 5 à 10 % des pratiquants de CrossFit", explique Alexia Hoarau.
Au contraire, le sport est adaptable à toutes les morphologies et à tous les âges. Les cours sont encadrés par des coachs qui vont adapter les exercices selon la situation, voire la pathologie, de l'élève. Alexia Hoarau a pu reprendre un entraînement adapté seulement 4 mois après une opération du dos due à des problèmes liés à son passé de rugbywoman.
C'est également le cas d'André qui pratique à CrossFit 974 malgré un handicap. "Moi, je n'ai qu'une main. Quand je suis venu, on m'a dit qu'on allait adapter pour moi. Maintenant, ça fait quatre ans et depuis, j'ai toujours beaucoup de plaisir. Je me suis lancé un challenge et je continue", assure-t-il.
"On peut par exemple aider une personne avec un âge avancé. Lui permettre de regagner en mobilité et de lui rendre son quotidien plus facile" souligne la gérante de CrossFit Freyja. C'est d'ailleurs pour se sentir mieux au quotidien que la majorité des pratiquants sont si réguliers.
Ainsi, la diversité, le dépassement de soi, le regain de santé, le tout saupoudré d'une ambiance conviviale sont sûrement les clés du succès de ce sport. Bernard Tapie disait que le football est "un sport individuel qui se joue en équipe" en référence à l'individualisme des footballeurs. Probablement que l'enthousiasme autour du CrossFit réside dans l'inverse : un sport d'équipe qui se joue individuellement.


Malgré son handicap, André pratique le CrossFit depuis 4 ans


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