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La fermeture de Durieux : le règne de la paperasse contre la réalité du terrain

- Courrier des lecteurs -
Ecrit par Bernard Boden – le mercredi 6 novembre 2024 à 12H03

Il est reproché à la clinique un manque d’hygiène, mais les experts évitent d’évoquer le risque réel d’infection nosocomiale, qui s’élève, rappelons-le, à 6 % dans les hôpitaux. La clinique Durieux fait-elle mieux ou moins bien ? C’est là le seul indicateur qui compte vraiment.

Pour le reste, les indicateurs « papier » et les procédures de traçage, qu’elles soient sur support papier ou informatisées, sont toutes dénuées de véritable crédibilité. Elles peuvent être facilement « achetées » ou mises en œuvre par des cabinets spécialisés. Malheureusement, la méthode actuelle consiste à définir des objectifs basés sur ces indicateurs traçables. Cependant, la plupart d’entre eux sont artificiels et tombent sous le coup de la loi de Goodhart (formulée pour la première fois par l'économiste Charles Goodhart en 1975) : lorsque qu’un indicateur devient un objectif, il cesse d’être un indicateur pertinent.

Nous connaissons tous l’effet pervers de la consommation d’obus par l’armée, avec cette frénésie de tirs en fin d’année pour atteindre les quotas et garantir la dotation future. Toute la certification est fondée sur ces « indicateurs » à améliorer d’année en année (objectif permanent), mais la qualité réelle des soins n’est JAMAIS abordée. Aucun indicateur de certification ne mesure cette qualité fondamentale.

En conséquence, les chirurgiens se retrouvent sans revenus stables – les consultations ne représentent que moins de 50 % de leurs recettes. Sans solution immédiate, les contrats risquent d’être rompus et les indemnités à verser s’annoncent lourdes (perte de notoriété, changement de cadre de vie, déménagement, etc.). Il en va de même pour les anesthésistes, dont l’activité dépend entièrement de la chirurgie, y compris les consultations.

Il n’est pas certain qu’ils restent pour assurer uniquement les péridurales et césariennes dans un environnement dégradé. L’écosystème de santé au Tampon risque de se désagréger, impactant également les infirmières libérales, les kinés et autres paramédicaux qui assuraient les soins de suite. L’hôpital ne pourra pas absorber cette charge : il manque de chirurgiens, le taux de rotation des patients est trop lent, et le matériel n’est pas disponible en quantité suffisante pour faire tourner les blocs à un rythme plus rapide.

À mon avis, sans réouverture dans le mois, tout le système de santé du Sud sera bouleversé. L’offre de soins pourrait simplement disparaître, dans le meilleur des cas vers l’Ouest et le Nord, ou dans le pire, vers la métropole. D’ailleurs, les téléphones chauffent pour trouver de nouvelles installations, ne serait-ce que pour assurer un revenu minimum. L’ARS pourra peut-être se féliciter de l’arrivée d’un grand groupe de cliniques, souvent plus porté sur le profit que sur l’humain.

Enfin, dans le contexte actuel de pénurie de médecins spécialistes et d’infirmiers IBODE, les équipes pourraient bien se disperser vers l’hôpital public, toujours avide de professionnels expérimentés, au détriment des autres cliniques, un peu comme le sucre dans le café. Remonter un bloc opératoire est une tâche complexe nécessitant une transmission du savoir, ce qui serait à reconstruire intégralement ici. On ne peut absolument pas compter sur les IBODE tout juste sortis de l’école pour cela.

 

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