"Là, c’est Disneyland…" : à Sainte-Rose, dans la coulée humaine qui rejoint la lave à l’océan

Bravant l’interdit préfectoral et les fumées acides, des milliers de Réunionnais et de touristes se sont rués la nuit dernière pour assister au plus près au spectacle de la lave se jetant dans la mer. Sans qu’aucun incident ne soit à déplorer.
Il y a d’abord cette coulée rouge, ardente et majestueuse, qui dévale les grandes pentes du Piton de la Fournaise pour aller se jeter dans l’océan Indien. Et puis, en contrebas, il y a cette autre coulée, blanche celle-là, formée par les centaines de curieux équipés de lampes frontales qui descend de la RN2 et s’en va converger avec la première, là où s’élève un panache de fumée rougeâtre qui pique les yeux et irrite la gorge.
Alors que la lave du Piton de la Fournaise a touché la mer depuis deux jours, ils sont probablement des milliers de Réunionnais et de touristes à s’être rendus dans la nuit du mardi 17 au mercredi 18 mars à Sainte-Rose. Veille de jour sans école oblige, un public largement familial a surmonté la longue route, la difficulté à trouver une place de parking et quelques kilomètres encore de bitume - parfois à vélo ou à trottinette - pour assister au spectacle offert par la nature.
"Danger mortel"
« La dernière fois que la lave a atteint la mer, c’était il y a presque vingt ans, ça vaut bien un petit effort », justifie Julie, venue là avec des amies. Un effort, et une petite entorse au règlement. Car, si la préfecture a multiplié barrières et affiches interdisant de quitter la RN en raison du « danger mortel » lié à l’éruption en cours, les visiteurs n’hésitent pas longtemps avant de contourner la barrière pour emprunter le sentier des pêcheurs qui descend vers le littoral, rejoignant cette procession ininterrompue jusqu’à l’embouchure de la rivière de lave.

"Dans les bouchons comme à Saint-Denis"
« Et voilà, on se retrouve dans les bouchons comme à Saint-Denis », regrette un peu Vincent, qui espérait communier au calme avec les éléments. « Là, c’est Disneyland » commente un autre spectateur un peu désabusé. Le volcan semble victime de son succès. Mais l’ambiance est bon enfant, les marcheurs font preuve de patience même si le trajet dans ce chemin de scories prend deux fois plus de temps qu’à l’accoutumée.
« Attention, en bas ça pique », préviennent ceux qui remontent. « Mais ça vaut le coup ? » demandent ceux qui descendent. « Oui, mais il faut laisser passer le panache », répond un autre.
Masques et perches à selfie
A l’arrivée, des centaines de curieux surplombent la falaise où la Fournaise rencontre l’océan. Le spectacle de la cascade de lave est au rendez-vous et une foule bigarrée, perche à selfie ou téléphone à la main, immortalise l’instant.
Face aux gaz acides libérés par le panache de fumée, certains ont noué leur t-shirt sur le visage, quand d’autres ont ressorti le masque FFP2 du COVID. Les plus prévoyant portent un masque à gaz bi-cartouches du plus bel effet… « Ça pique les yeux et la gorge, mon fils n’a pas du tout aimé et on est vite remonté », explique cette mère de famille sur le chemin du retour.

Pas d’incident relevé
Quelques clichés plus tard, on ne s’attarde pas forcément tant le panache de fumée et la chaleur moite qui se dégagent génèrent de l’inconfort. A moins que ce ne soit un léger sentiment d’oppression qui prenne le dessus au milieu de cette coulée humaine, aussi dense que la dernière descente du Grand Raid avant la Redoute.
Malgré les appels à la prudence répétés des autorités, certains semblent descendre à la coulée comme d’autres vont à la plage ou au parc. Avec un nourrisson dans le porte-bébé, des claquettes aux pieds, des chiens pattes nues dans les gratons ou petit verre de rhum à la main. Pourtant, selon nos informations, aucun incident n’a été relevé par la gendarmerie ou le SDIS au cours de cette nuit d’éruption marquée par une très forte affluence.
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"De la chance d’assister à ce spectacle"
Il y a toutefois comme un décalage entre l’autonomie laissée à la foule qui emprunte le sentier interdit et l’intransigeance observée à quelques dizaines de mètres de là. « Où allez-vous Monsieur ? » Plus haut, sur la RN2, trois gendarmes gardent la barrière qui interdit l’accès au front nord de la coulée qui a traversé la route, et que des visiteurs tentent de contourner. « Ben, on va voir… » répond un jeune homme qui s’apprête à s’enfoncer dans la végétation. « C’est interdit », répond le militaire, qui invite le petit groupe à revenir au niveau de la barrière.
Pas de quoi gâcher la fête cependant, à en voir les regards et les sourires émerveillés des petits comme des grands. « On a de la chance de pouvoir assister à un tel spectacle », commente un visiteur. Un spectacle grandiose, gratuit et universel, et qui, malgré les inconvénients liés à la multitude, a le mérite de rapprocher les hommes de la nature.


