La barre des 4 millions de repas bientôt atteinte, la Banque alimentaire sous pression

La demande d’aide alimentaire continue d’exploser dans l’île, à hauteur de 8 à 10 % par an. À ce rythme, la Banque Alimentaire des Mascareignes (BAM) devrait bientôt franchir le cap des 4 millions de repas distribués en une année, des 5 millions d’ici 2027. Une croissance des besoins qui contraste avec une baisse de ses financements locaux.
« Si la tendance reste la même, il faudra soit distribuer moins, soit à moins de gens, et revoir notre modèle économique », alerte Bruno Prochasson, président de la BAM.
L’équation est simple : d’un côté, des besoins en hausse constante ; de l’autre, des financements fragiles, notamment en raison du non-versement des aides par certaines collectivités locales.
Une demande en hausse continue
En 2024, la BAM a distribué l’équivalent de 3,6 millions de repas, soit 1 800 tonnes de denrées (colis, repas, épiceries). Le même rythme a été atteint au premier semestre 2025. Si les chiffres du troisième trimestre ne sont pas encore connus, la barre des 4 millions de repas servis pourrait être atteinte dans les prochains mois. Celle des 5 millions d’ici 2027.
Chaque année, la Banque Alimentaire fournit plus de 40 000 colis à autant de familles dans le besoin. Un colis couvre environ la moitié des besoins mensuels d’un foyer.
Elle approvisionne également 18 épiceries sociales réparties sur l’île, un réseau en constante expansion, la dernière ayant ouvert en août à Saint-Benoît.
Au total, 19 CCAS et 40 associations bénéficient de son soutien tout au long de l’année.
Des moyens sous tension
Pour fonctionner, la BAM s’appuie sur 12 salariés et 35 bénévoles répartis sur trois dépôts : à La Saline-les-Hauts (site principal), Saint-Pierre et Le Port.
Les locaux de Saint-Paul et Saint-Pierre sont mis à disposition gratuitement par les mairies, représentant une économie annuelle de près de 100 000 euros. En revanche, un loyer est payé pour le site du Port.
Son budget annuel, évalué à 850 000 euros, repose en grande partie sur l’aide de l’État (350 000 euros). Un soutien constamment renouvelé jusqu’à présent auquel s’ajoute une enveloppe permettant l’achat de denrées, soit environ 15 % des besoins de la BAM.
La BAM bénéficie également d’un partenariat avec les groupes CMA CGM et GBH concernant le fret maritime pour acheminer l'aide européenne et de subventions du Crédit agricole.
La BAM bénéficie aussi du soutien de la Fédération française des banques alimentaires, via le mécénat privé, mais les dons deviennent de plus en plus difficiles à obtenir, sur fond d’incertitudes économiques.
Une ombre au tableau : l’aide au fonctionnement du Département, comprise entre 70 000 et 120 000 euros par an ces dernières années, n’a pas été versée en 2024, ni en 2025 pour l’heure, fragilisant le modèle économique de la structure.

“A La Réunion, on ne vend rien”
« Ici, on ne vend rien, et on ne demande rien aux communes », rappelle Bruno Prochasson.
Contrairement à la métropole ou aux Antilles, aucune contribution solidaire n’est demandée aux épiceries, CCAS ou associations, à hauteur de 20 à 35 centimes par kilo. A la Réunion, un choix différent a été fait de par le soutien au fonctionnement assuré par l’Etat et le Département. Sauf que pour ce dernier, l’aide manque à l’appel…
Faute d’avancées, c’est le modèle économique qui risque de devoir être revu à terme.
Des aides européennes déterminantes
Côté approvisionnement, la BAM bénéficie de dons de la grande distribution, de l’industrie agroalimentaire, ainsi que du Fonds social européen, qui couvre à lui seul un tiers des besoins.
Mais là encore, l’incertitude plane : la Banque Alimentaire espère le renouvellement pour sept ans de ce soutien dans le cadre du prochain programme européen. Des inquiétudes existent sur une possible réduction de l’enveloppe ou une dilution de cette aide dans un programme plus global.
Toute baisse, qu’elle soit financière ou alimentaire, serait « catastrophique » selon son président. Cette année déjà, la BAM a dû ne pas reconduire trois contrats faute de moyens suffisants.
Face à la hausse constante des besoins, il prend les devants et anticipe en appelant au soutien de tous, Etat, collectivités, grande distribution particuliers, pour que la Banque alimentaire puisse continuer à répondre aux besoins.

La réponse du Département
Sollicité, le Département répond soutenir "depuis plusieurs années la Banque Alimentaire des Mascareignes dans sa mission essentielle d'aide aux personnes les plus démunies". Un soutien qui s'inscrit en complément de celui de l'État, "compétent en matière d'aide alimentaire".
La collectivité précise que depuis 2017, "la BALM a bénéficié d'un accompagnement régulier du Département, notamment à travers le Plan Local de Solidarité (PLS) et le dispositif Stratégie Pauvreté. Entre 2021 et 2023, plus de 370000 euros ont été versés à la BALM pour financer l'approvisionnement en denrées, la modernisation de ses outils (achat d'un fourgon frigorifique, création d'une unité de transformation de fruits et légumes, actions d'éducation nutritionnelle) et l'amélioration de ses conditions d'intervention".
Concernant les années récentes, "aucune demande de subvention de fonctionnement n'a été formulée par la BALM en 2024. Une sollicitation déposée la même année pour la création d'un espace de stockage n'a pu être instruite favorablement, ce type d'investissement ne relevant pas des compétences départementales", affirme la collectivité.
Pour 2025, la BALM n'a déposé selon le Département une demande de subvention "qu'au mois d'août dernier, actuellement en cours d'instruction".
La collectivité chiffre à 1,2 million d'euros ses subventions fléchées vers 28 associations et plusieurs CCAS/CIAS engagés dans la lutte contre la précarité alimentaire.
Un appel aux bénévoles
Face à la hausse continue des besoins et à la réduction des effectifs, la Banque Alimentaire des Mascareignes lance notamment un appel aux bénévoles.
Le réseau compte aujourd’hui 35 personnes, un équilibre difficile à maintenir. Les profils recherchés sont variés : chauffeurs, trieurs, préparateurs de commandes, mais aussi cuisiniers pour la transformation des produits, notamment des fruits et légumes, afin de lutter contre le gaspillage alimentaire.
En 2024, ce sont près de 10 tonnes de denrées ont ainsi été valorisées.
Pour contacter la banque alimentaire : https://ba974.banquealimentaire.org/
Sollicité, le Département n’a pas répondu pour l’instant à notre sollicitation.


