Revenir à la rubrique : Politique

Jean-Pierre Marchau: "Je préfère créer des emplois ici plutôt qu’au Canada pour les bûcherons"

Les candidats de la liste Naturellement Écologiste ont présenté les deux volets les plus importants de leur programme : la mobilité et l’énergie. Jean-Pierre Marchau, la tête de liste, estime qu’il faut s’attaquer dès maintenant à la transition écologique sous peine d’être dépassé, mais surtout de prendre le risque de priver La Réunion des emplois qu’elle va générer.
Ecrit par zinfos974 – le mercredi 2 juin 2021 à 19H41

Après avoir présenté ses propositions pour valoriser la biodiversité, la liste Naturellement Ecologiste (NE) a présenté les points les plus importants de son programme : la mobilité et l’énergie. "Si nous ne sommes pas élus, il n’y aura aucune avancée sur ces sujets alors que l’on rentre dans la décennie cruciale", alerte Jean-Pierre Marchau.

Si la priorité de la liste porte sur ces deux secteurs, c’est simplement parce que ce sont les deux plus gros émetteurs de CO2 sur l’île. Les candidats se fixent comme ambition la neutralité carbone à La Réunion d’ici 10 à 15 ans.

"Concrètement, la mobilité est de plus en plus entravée. Depuis 40 ans, il y a une politique du tout voiture. Avec l’urbanisation galopante, les bouchons sont récurrents", souligne la tête de liste. Il explique que cette situation implique l’importation de 500 millions d’euros de carburant sur l’île chaque année. De plus, 48% des émissions de gaz à effet de serre proviennent des transports. La Réunion est l’une des régions qui émet le plus de CO2 selon un rapport d’EDF.

Les taxes "carburants" beaucoup plus orientées sur les transports en commun

Pour la mobilité, Naturellement Ecologiste veut travailler sur 3 axes. tout d'abord en envisageant la construction d'un tramway urbain. Face aux péripéties et aux retards générés par l’arrivée d’un tramway, Naturellement Ecologiste a changé son fusil d’épaule. Le parti souhaite commencer à développer des tramways urbains dans les bassins d’emploi. Chaque microrégion aurait le sien. La liaison interrégionale arriverait ensuite.

Deuxième souhait : les bus à hydrogène. NE souhaite multiplier les lignes de bus qui fonctionnent à l’hydrogène. "Ils ne produisent aucune émission de CO2", rappelle Jean-Pierre Marchau. "Seuls 3% des taxes sur les carburants vont au financement des transports en commun. Nous souhaitons porter ce chiffre à 20%", précise le candidat.

Concernant le Plan vélo, ce n’est un secret pour personne, les écologistes souhaitent un développement de l’utilisation du vélo. Bien évidemment, Naturellement Ecologiste est favorable à la création des pistes cyclables. Mais le parti veut aller plus loin en souhaitant développer une vraie économie autour du vélo. Ils estiment qu’il y a un vrai potentiel pour créer une industrie de fabrication et de réparation autour du vélo.

Après le vélo, la question aéroportuaire où NE indique vouloir fusionner les deux aéroports. Jean-Pierre Marchau pense que la volonté de faire de Pierrefonds un aéroport consacré au fret en rallongeant la piste pour les gros cargos est un non sens. "Le pari du fret interroge. L’agriculture réunionnaise ne nourrit pas l’île, comment penser que l’on va exporter nos produits ?", se demande-t-il. Le candidat pense qu’il faut réorienter l’aéroport du sud vers d’autres activités (aviation civile, tourisme, hélicoptères…). Dans le domaine aérien toujours, Jean-Pierre Marchau se dit favorable à une recapitalisation d’Air Austral. Sur la continuité territoriale, il déclare vouloir créer une centrale d’achat afin de pouvoir acheter au meilleur prix et éviter les dérives.

Enfin, il a prévenu sur la situation de l’aéroport Roland Garros, placé sur la liste des aéroports régionaux privatisables. "Le risque, c’est que cela se passe à Toulouse avec le rachat par des actionnaires chinois. Bordeaux a tenté de réagir, mais trop tard", prévient-il. C’est pour cela qu’il souhaite créer un pack d’investisseurs locaux qui seraient prêts à investir dans l’aéroport en cas de privatisation.

La biomasse, "une fausse solution écologique"

"La Réunion est dépendante des énergies fossiles. Elle fait partie des régions les plus carbonées de France. Albioma a décidé de transformer ses cheminées pour la biomasse. La biomasse est un secteur d’avenir pour les industriels, pas pour nous. Les études montrent que la combustion de biomasse génère du CO2", explique Jean-Pierre Marchau pour expliquer son rejet du plan régional pour la fin des énergies fossiles.

"C’est une fausse solution écologique. Albioma va contribuer à détruire des forêts en Amérique du Nord. Puis cette biomasse sera transportée dans des cargos dont un seul pollue plus que des millions de voitures", complète Bernard Pade, numéro 3 de la liste.

Sur cette question, NE préfère parler "d’écologie de solutions" plutôt que de "solutions écologiques". La décarbonisation de l’île et la transition écologique sont la colonne vertébrale de leur programme. Pour eux, il faut favoriser les autoproductions individuelles (éoliennes, photovoltaïques) autant que les sources d’énergie commune (hydraulique, géothermie, hydrogène). La transformation de déchets en énergie est également à l’ordre du jour avec de petites structures de gazéification dans les élevages.

Flécher les crédits sur ce qu'ils considèrent comme de nouvelles priorités

De toutes les énergies, c’est l’hydrogène qui semble avoir les faveurs de NE. "En septembre dernier, le gouvernement a lancé le plan hydrogène vert. 7 milliards ont été débloqués jusqu’en 2030 et c’est l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) qui est en charge du projet. La Réunion est l’une des seules régions à ne pas avoir répondu à ce plan. En 2030, le coût de l’hydrogène sera divisé par deux", annonce Jean-Pierre Marchau.

"Nous devons saisir cette chance maintenant plutôt que de prendre 6 ans de retard à ce sujet et de devoir importer les compétences. Nous devons développer maintenant une économie sur l’hydrogène verte qui peut créer des emplois. Je préfère créer des emplois ici avec l’hydrogène plutôt que d’en créer au Canada pour les bûcherons", rajoute le candidat.

Pour financer ce programme, les colistiers estiment que la réaffectation des crédits est l’une des solutions. "Tout est question de prioriser. On a des ambitions, il faut se donner les moyens de ses ambitions. Notre liste a pour but de mettre la Région au vert. L’argent, ça se trouve, il faut juste définir des priorités", conclut Sylvie Moutoucomorapoulé, deuxième sur la liste.

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :