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Jean-Pierre Marchau conteste la stratégie de la Région sur l’aérien

Le secrétaire régional d’EELV dénonce le projet d’aménagement et d’extension de l’aéroport de Pierrefonds. 84 millions d’euros doivent être injectés pour faire de l’aéroport du sud une zone consacrée au fret. Jean-Pierre souhaite que cet argent serve plutôt à sauver Air Austral.

Ecrit par GD – le mardi 09 mars 2021 à 07H20

Le communiqué:
 

FAIRE DE PIERREFONDS UN « RUNGIS » OU SAUVER AIR AUSTRAL ?
 

Le Président de Région vient de signer avec le Président du Syndicat mixte de Pierrefonds un accord cadre prévoyant d’investir près de 84 millions d’euros dans l’aménagement et l’extension de l’aéroport sudiste. L’objectif affiché est de développer prioritairement l’activité de fret à l’export et à l’import. Près de cinquante millions devraient ainsi servir à allonger la piste afin de favoriser le décollage des gros porteurs et construire une nouvelle aérogare. La question est de savoir si cette priorité accordée au développement du fret aérien est pertinente. Alors qu’il y a encore quelques années, il y avait quatre avions cargo par semaine pour desservir Roland Garros, il n’en reste plus qu’un aujourd’hui car les compagnies aériennes rentabilisent leurs lignes commerciales grâce au fret. Pierrefonds peut difficilement devenir un aéroport dédié au fret puisqu’il n’y a pas de gros avions qui le desservent. Et ce n’est pas en rallongeant la piste de 300 mètres en déboursant 40 millions d’euros qu’on va le transformer en « Rungis » de l’Océan Indien !

Avec la fermeture de Maurice, Pierrefonds n’a plus de vol commercial, ni de fret, les espaces dédiés sont vides, pourquoi vouloir en créer de nouveaux ?

La crise COVID frappe durement le secteur aérien, le gouvernement a annoncé l’abandon du projet d’extension de Roissy estimé désormais « obsolète », les aéroports parisiens ont perdu les deux tiers de leurs passagers, les compagnies aériennes prévoient une perte globale de 120 milliards et licencient à tour de bras, on peut donc légitimement s’interroger sur la pertinence de cet investissement. La véritable question à laquelle ne répond pas le Président de Région, c’est de savoir quelle est la stratégie de développement la plus pertinente pour Pierrefonds, quelles sont les voies possibles de valorisation d’un aéroport qui est à la peine depuis des années, bien avant la crise COVID ? Il y a pourtant des pistes et l’État l’a visiblement compris puisque dans cet accord- cadre, il financera l’extension du Pélicandrome et de la zone aviation civile. Oui, Pierrefonds a un avenir, mais à condition qu’on définisse une véritable stratégie : aéroport dédié à l’aviation légère, de tourisme, aux hélicoptères, à la formation et apprentissage, à des filières innovantes, etc., il n’est nul besoin de construire une liste longue ou des infrastructures qui resteront vides.

Avec Air Austral, notre Région a la chance (merci Paul Vergès !) d’avoir une compagnie basée à La Réunion, c’est un atout indiscutable d’avoir une compagnie régionale, réunionnaise, pour laquelle les décisions stratégiques sont définies localement. Or, si Air France et Corsair ont bénéficié d’un plan de recapitalisation, Air Austral est toujours en attente d’une aide qui permettrait de la sauver car elle n’échappera pas aux effets de la crise COVID et risque de se retrouver rapidement en très grande difficulté. Quelles sont les pertes d’Air Austral pour 2020 ? Que fait la Région pour préserver l’avenir de la compagnie locale ? Air Austral n’est pas simplement une compagnie aérienne, c’est une compagnie à gouvernance réunionnaise qui définit sa stratégie aérienne dans son environnement régional, c’est donc un outil de la souveraineté régionale, c’est aussi une entreprise qui génère plus d’emplois locaux que ses concurrentes nationales.

C’est pourquoi on peut s’interroger sur un investissement de près de 60 millions d’euros centrée sur une stratégie de développement du fret très risquée, sans s’être assuré auparavant de la viabilité de la compagnie réunionnaise. Mettre en œuvre de vraies politiques publiques ne se réduit pas à des travaux d’aménagements démesurés par rapport aux véritables besoin, mettre en œuvre des politiques publiques, c’est déployer des stratégies adaptées, mobiliser les moyens adéquats et développer de manière durable !

Jean-Pierre Marchau
Secrétaire Régional EELVR

 

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