J-C. Lacouture : "La station d'épuration de l'Etang-Salé ne rejette aucune goutte d'eau en mer"

La commune de l'Étang-Salé, et bien au-delà, La Réunion toute entière, a été, une fois de plus, endeuillée en ce week-end de la Saint-Valentin, par le décès tragique d'une jeune fille de 22 ans happée par un requin alors qu'elle se baignait, certes dans une zone interdite et à une heure inappropriée, mais à proximité immédiate du rivage.
Toutes les explications avancées ici et là, par les "experts marron" qui sommeillent en chacun d'entre nous ne suffiront pas à justifier les pertes en vie humaine qui s'accumulent sur le littoral réunionnais depuis plusieurs années.
Certes, la zone où s'adonnaient à la trempette ces jeunes était interdite à la baignade depuis l'arrêté préfectoral fermant plus de 95% du littoral réunionnais à toute activité nautique.
Pourtant, nous sommes sur une île tropicale, en pleine période d'été austral, le soir de la Saint-Valentin, sur une plage idyllique, où deux amoureux barbotaient à deux mètres du rivage en appréciant le coucher du soleil. Que celui qui ne l'a jamais fait jette la première pierre à cette victime ???
Certes, cette interdiction était signalée par des panneaux aux normes réglementaires, remplacés régulièrement suite aux actes de vandalisme d'irresponsables qui ne manquent pas chaque semaine de les arracher, de les tagger, de les brûler. Il en va de ma responsabilité, et je l'assume pleinement en assurant leur remplacement autant que de besoin.
Certes, en ma qualité de maire, je suis responsable de la santé, de la salubrité et de la sécurité publique, ce que je m'efforce d'assurer quotidiennement au service de mes concitoyens qui m'ont fait l'honneur de me choisir pour les représenter.
Certes, j'ai fait aménager par la CIVIS, une zone de baignade de 4000 m2 sécurisée par des filets anti requins qui sont là également régulièrement vandalisés par des activistes au motif qu'on prive les squales d'une partie de leur habitat naturel.
Bien sûr, par souci de cohérence et de solidarité, j'ai décidé d'accompagner et de participer à l'effort collectif de tous les acteurs publics et associatifs en participant aux orientations du C4R (sans pour autant les partager pleinement) par le financement de la pose de 3 drumlines au large de nos côtes.
Les critiques, je les accepte, d'autant qu'elles émanent souvent de personnes mal informées, qui réagissent à chaud sous le coup des émotions et que je suis conscient que quels que soient les efforts déployés, tout cela reste insuffisant au regard du drame humain.
Ce que je n'accepte pas en revanche, c'est la manipulation honteuse de faits aussi tragiques par quelques ambitieux en manque de reconnaissance et à l'approche d'une campagne électorale. La polémique électorale est, il est vrai, souvent stérile. Elle est quelquefois indécente.
Ainsi, l'idée suivant laquelle cette attaque serait due aux rejets en mer des eaux polluées de la station d'épuration de l'Etang-Salé répandue par un conseiller municipal d'opposition, candidat aux élections départementales du 22 mars prochain est au moins aussi nauséabonde que les supposés résidus d'égouts qu'il évoque pour expliquer ce drame.
La commune de l'Etang-Salé s'est en effet dotée très récemment d'une nouvelle station d'épuration pour traiter ses effluents. Cet investissement de l'ordre de 15 millions d'euros représente ce qui se fait de mieux en termes de traitement des eaux usées avec une ultrafiltration membranaire assurant en sortie de process une eau de qualité A+ (eau de baignade) permettant leur réutilisation notamment pour l'irrigation.
Dans l'attente de la mobilisation d'autres acteurs (conseil général et ÖNF) intéressés pour la récupération de cette eau dans le cadre de l'irrigation du golf et de la forêt et de la défense incendie du massif forestier, les eaux épurées sont infiltrées dans un massif spécialement aménagé pour les accueillir. Ainsi, la station d'épuration de l'Etang-Salé ne rejette aucune goutte d'eau en mer.
Cette solution a été vigoureusement défendue par la commune, contre l'avis des services de l'Etat qui préconisaient la construction d'un émissaire en mer pour évacuer les rejets des stations d'épuration de l'Etang-Salé et de Saint-Louis dans le milieu maritime. Les courriers des 20 juillet 2012 et 17 juin 2013 adressés au préfet et au sous-préfet attestent de l'opposition de la commune à cette solution pour les raisons économiques, et écologiques qui y sont développées.
La raison a fini par l'emporter, et le projet d'émissaire en mer a été abandonné au profit d'une solution durable et autrement plus écologiquement responsable.
Une autre commune riveraine a fait d'autres choix en construisant un émissaire en mer. Ce choix technique qu'il ne m'appartient pas de commenter, a empêché toute mise en service de leur nouvelle station d'épuration suite aux casses répétées de cet émissaire, et par voie de conséquence, le transfert des eaux usées vers l'ancienne station de la commune, aux moyens d'une conduite de refoulement obsolète dont les ruptures fréquentes ont entraîné des déversements d'eaux usées dans le milieu naturel.
Sans vouloir polémiquer sur ces faits, qui ne relèvent pas de ma responsabilité, il s'avère que nonobstant ces déversements accidentels d'eaux usées dans le milieu naturel par la commune voisine, que les eaux de baignade de l'Etang-Salé, régulièrement contrôlées par l'ARS, sont qualifiées d'excellentes.
Mais au-delà de ces considérations, je continue à prôner, conformément à la motion adoptée par mon conseil municipal, une politique de régulation des populations de squales qui s'est multipliée ces dernières années sous le double effet de l'interdiction de la commercialisation de cette espèce en raison du risque ciguatera d'une part et de la protection induite par la réserve marine d'autre part.
L'urgence de la situation impose que nous dépassions les polémiques stériles et les positions dogmatiques pour prendre la mesure du problème avec pragmatisme.
Jean-Claude Lacouture, maire de l’Étang-Salé


