IrreverSEAbles: Tous les indicateurs sont au vert pour des prélèvements de requins

Tout était écrit, se dit aujourd'hui le groupe des IrreverSEAbles, constitué comme nous l'écrivions récemment, "de citoyens réunionnais concernés par la protection de la biodiversité, œuvrant pour une relation homme-nature harmonieuse".
Dans un rapport signé du directeur de la DEAL et transmis à notre rédaction, ce groupe de lobbying trouve exactement ce pour quoi il lutte depuis septembre 2011 : une pêche exclusivement dirigée vers les requins tigres et bouledogues. Une pêche que le groupe souhaite plus intensive pour diminuer la pression de ces espèces près des côtes.
Ce rapport ne date pas d'hier. Emis le 24 septembre dernier pour les services de l'Etat, et juste avant la mise en place d'un véritable calendrier qui lancera toutes les études scientifiques pour une meilleure connaissance de ces espèces, le rapport évalue le cadre juridique auquel la Préfecture de la Réunion est confrontée.
Surprise pour les lobbyistes d'IrreverSEAbles : la DEAL possède depuis cette époque toutes les cartes en main pour que le dossier avance du côté du représentant de l'Etat. "Malgré la parfaite connaissance de la Préfecture d'une non-protection de ces espèces, rien n'a bougé depuis", explique le groupe. A défaut de voir leur souhait réalisé, ses membres tentent malgré tout de ramener les espèces tigres et bouledogues à leur réelle place dans les différentes protections dont elles pourraient bénéficier.
Feu vert sur tous les plans
Que dit le rapport de la DEAL: "Les espèces de requins présentes à la Réunion ne sont pas visées par la convention de Washington sur le commerce des espèces menacées. Elles ne sont pas citées par les annexes des conventions de Bern ou Nairobi. Aucune espèce n'est protégée par un arrêté ministériel en droit français. La réglementation "espèces protégées" n'est donc pas un frein à une mesure de prélèvement".
Voilà pour le cadre juridique international et français. Un droit complété localement par le décret ministériel régissant la gestion de la réserve marine et expliqué par le groupe: "L'article 4 du décret prévoit la possibilité pour le préfet d'autoriser l'atteinte aux espèces non domestiques à des fins de gestion de la réserve. La pratique des activités nautiques autorisées au sein de la réserve est l'un des éléments constitutifs de la gestion actuelle de la réserve. Or l'objet du prélèvement est d'améliorer les conditions de sécurité de cette pratique. De ce fait, cet article peut être invoqué pour autoriser les prélèvements". De la parole aux actes s'exclament les IrreverSEAbles !
Désacraliser la bête
Mais en matière de préservation des espèces, la liste de l'UICN fait autorité. Là encore, les tigres et bouledogues restent dans le peloton de fin des espèces menacées. Sous le sigle "NT", l'UICN classe ainsi le requin bouledogue (carcharinus feucas) et le requin tigre (galaeocerdo cuvier) dans cette catégorie des espèces "quasi menacées", autrement dit, bien loin d'être classées CR (en danger critique), la classification la plus ultime, ni "EN", "en danger", ni "Vu" pour "vulnérable". Dans ce listing, les tigres et bouledogues apparaissent donc en quatrième position. Ce qui laisse voir venir selon les IrreverSEAbles, las d'attendre des études programmées sur des années.
Quelques semaines après avoir consulté le numéro un de la question auprès du Conseil de l'Europe, les IrreverSEAbles espèrent, en communiquant le plus possible sur les données environnementales sur ces deux espèces à l'origine de la plupart des attaques à la Réunion, désacraliser le souci de protection d'espèces qui ne sont en fait pas menacées dans l'immédiat. Une chose est sûre : les IrreverSEAbles ne veulent pas relâcher la pression.



