Internet et réseaux sociaux, un enjeu incontournable pour les candidats

C'est un fait, le taux d'équipement en ordinateurs des Réunionnais est de 68% (selon l'étude menée par l'ARCEP en juillet 2013), dont la quasi-totalité est connectée à internet (seulement 16% n'ont pas de connexion). En tout, ce sont plus de 450.000 Réunionnais qui disposent d'un accès internet et passent plus d'une heure par jour à naviguer pour s'informer mais également fréquenter les réseaux sociaux (58% ndlr). En pleine campagne électorale, ces chiffres ne laissent pas insensibles les candidats aux municipales. Plus qu'avant, ils mettent le paquet pour toucher d'autres types d'électeurs en lançant des sites internet, pages Facebook ou encore comptes Twitter.
Un moyen de plus pour capter et amener des électeurs vers les urnes en cette période difficile pour la politique. Lors d'un sondage Ifop réalisé en janvier dernier, près de 35% des électeurs étaient tentés par l'abstention. Preuve indéniable de l'efficacité de la campagne sur internet, le gouvernement a décidé de lancer - cette semaine - un grand plan de lutte contre l'abstention avec le hashtag #Ouijevote sur Twitter, décliné également sur les autres réseaux sociaux et via un site internet, pour sensibiliser un électorat jeune désintéressé par l'enjeu des municipales.
Les candidats réunionnais jouent le jeu sur internet
Mais localement, est-ce que nos politique péi sont à la page ? Oui à en croire les équipes de campagne de plusieurs candidats déclarés pour les municipales réunionnaises. Interrogés sur cette pratique de plus en plus répandue, ces petites mains de l'ombre nous ont expliqué le fonctionnement et l'utilisation des réseaux sociaux ou d'internet en cette période pré-électorale. Si certains se sont mis à la page, contraints et forcés, d'autres, en revanche, utilisent ces nouveaux moyens de communication depuis un moment.
"Cela fait un bout de temps que le maire de Sainte-Marie a un compte Facebook. Il a été activé bien avant le début de la campagne des municipales. Son compte Twitter a été créé plus récemment", concède l'équipe de campagne de Jean-Louis Lagourgue, actuel maire de Sainte-Marie et en lice pour sa réélection. "C'était une question de cohérence avec son slogan pour 2014 ciblant la modernité dans la commune", ajoute-t-elle. Dans les faits, qui gère les différents comptes sur Twitter ou encore Facebook ? "Le maire ne peut pas être derrière à chaque fois. Mais il valide tout et répond aux questions. Il y a une interactivité avec les gens qui le suivent. C'est très important", nous explique-t-on. Aujourd'hui, Jean-Louis Lagourgue a une page Facebook qui comptabilise plus de 900 fans et un compte Twitter avec 89 abonnés.
Margaret Robert-Mucy en phase avec son époque
A Saint-Denis, une petite candidate tire son épingle du jeu via internet. Il s'agit de Margaret Robert-Mucy. Très présente sur les réseaux sociaux et Twitter, elle se classe en 10e position du baromètre social des politiques. L'interactivité est son crédo. Vidéos virales de campagne sur YouTube, un compte Twitter avec plus de 300 abonnés et une page Facebook alimentée quotidiennement et qui compte plus de 1.200 fans, la candidate sans étiquette est en phase avec son époque.
Toujours sur le chef-lieu, le maire de Saint-Denis, Gilbert Annette, et son équipe, ont également saisi l'importance de mener campagne sur internet. "Nous sommes plusieurs à gérer les comptes Twitter, Facebook, blog de campagne et la chaine YouTube du maire de Saint-Denis", explique Estelle Choucair, chargée des relations presse pour Gilbert Annette. Et attention, les équipes ne publient rien sans "l'aval" du maire de Saint-Denis. "On ne fait rien sans qu'il soit au courant", ajoute-t-elle. Gilbert Annette se prend même au jeu et tweete lui-même sur son compte. Le maire de Saint-Denis possède aussi un compte Instagram pour les photos.
Environ 1.500 personnes suivent Gilbert Annette sur Facebook. "On touche plus de monde et le fait d'être sur internet permet de faire circuler l'information là où une conférence de presse ne permet de diffuser qu'une information en 'one shoot'", précise Estelle Choucair. Et pas question de censure du côté de Saint-Denis. "On ne supprime pas les commentaires négatifs, le maire y répond", poursuit-elle. La place d'internet dans la campagne de 2014 de Gilbert Annette est beaucoup plus importante qu'en 2008.
Thierry Robert recordman du nombre de fans sur Facebook
Le champion toute catégorie reste le député-maire de Saint-Leu, Thierry Robert. Avec près de 18.000 fans sur sa page Facebook et plus de 1.000 followers sur Twitter, Thierry Robert écrase la concurrence. Même s'il est arrivé en deuxième position du baromètre social des politiques - juste derrière le député PS du Tampon, Jean-Jacques Vlody - Thierry Robert est inscrit depuis cinq ans sur Facebook. Son crédo, l'interactivité avec ses administrés, militants et la population. Une autre façon de toucher son électorat via les réseaux sociaux. Et ça marche quand on regarde le nombre de personnes qui répondent directement au député-maire via sa page Facebook.
Autre commune, autre candidate. A la Possession, Vanessa Miranville s'est mise à internet depuis un moment. "On y est tous les jours même si Vanessa Miranville ne s'occupe pas de tout", nous confie son directeur de campagne, Stéphane Randrianarivelo. "Son profil est actif depuis un long moment. Après avoir possédé un profil public, elle l'a détourné en profil politique. Nous avons réactivé notre page il y a quelques mois. On compte aujourd'hui 300 fans", explique-t-il. La prétendante à la mairie de la Possession possède également un compte Google +. "On sent que c'est important de mener une campagne sur internet. Plus de la moitié des internautes réunionnais ont un compte Facebook. Il faut être présent sur tous les types de canaux", ajoute-t-il.
"On ne censure pas chez nous, on répond. Par exemple, on nous a critiqué au moment de notre non alliance avec un candidat sur la Possession. On a pu répondre en postant un message sur Facebook", précise Stéphane Randrianarivelo.
Ne pas faire n'importe quoi sur Facebook et Twitter
Même les plus petits candidats ont bien compris l'importance d'être présents sur la toile. Une présence d'autant plus indispensable après la publication du baromètre social des politiques. "C'est un effet indéniable du baromètre. Certains candidats sont arrivés contraints et forcés et les grands débats télévisés ont vu la création de nombreux comptes Twitter ces dernières semaines", explique Gaëtan Adam, directeur de Suricate Media, société spécialisée en stratégie et vielle sur internet.
"Les réseaux sociaux et internet sont devenus des canaux supplémentaires pour les élections, mais pas un élément de victoire à proprement parlé", poursuit-il. Mais attention, être présent sur les réseaux sociaux implique une grande rigueur pour mettre à jour pages Facebook ou comptes Twitter. "Il faut toujours être en action. Il ne faut surtout pas de compte inactif ou bien de compte qui relaie des flux RSS sans rapport. Il faut que la page colle au candidat. Si vous êtes mordant, il faut une page avec du mordant. Sinon cela ne sert à rien et il vaut mieux créer un site vitrine pour votre candidat", précise Gaëtan Adam. "Même le plus petit candidat a aujourd'hui sa page. Après, reste à savoir combien d'entre elles survivront après les élections", conclut-il.
Internet et les réseaux sociaux sont devenus incontournables dans le déroulement d'une campagne. Pour autant, les candidats et leurs équipes n'entendent pas se tourner exclusivement vers ces moyens de communications et ne délaisseront jamais meeting ou encore porte-à-porte pour gagner les élections.


