Interdiction définitive de séjour à La Réunion pour la mule brésilienne

Ce lundi 15 décembre, un Brésilien était jugé pour avoir transporté 45 kilos d'herbe de cannabis depuis Bangkok. Arrêté à Roland-Garros, l'homme a écopé d'une lourde peine de prison et n'a plus le droit de poser le pied sur l'île.
Lors des audiences de comparution immédiate du lundi 15 décembre, une nouvelle affaire de mule a occupé les magistrats. Depuis le début de l'année, c'est une récurrence dans les dossiers traités par le tribunal. Celle-ci était consacrée à la « mule brésilienne », arrivée de Bangkok avec 45 kilos d'herbe de cannabis dans ses bagages.
Que faisait Victor P., originaire des tristement célèbres « favelas », sur un caillou à l'autre bout de son pays natal ? Il raconte son histoire à travers une interprète, mandatée spécialement pour l'audience.
La misère n'est pas plus belle au soleil
On l'a dit, Victor P. vient des quartiers défavorisés de nos lointains voisins brésiliens. Lors d'une fête entre amis, un homme l'approche pour transporter une valise. En effet, le mystérieux commanditaire a entendu parler des problèmes d'argent de Victor P. Ce dernier doit en effet de l'argent à l'État car il a bénéficié d'une subvention pour lancer son entreprise de jardinage. Or, les charges dépassent rapidement le nombre de clients, trop rares, et le crédit s'accumule.
En plus de ça, l'homme va bientôt être papa, et ça aussi, c'est un coût. Il accepte donc la proposition de cette connaissance : le voilà embarqué pour un voyage, direction Dubaï. Là-bas, il séjourne trois semaines dans un hôtel tous frais payés. Juste avant d'arriver, on l'a habillé pour le transformer en un « riche touriste ». Une anecdote qui rajoute une pointe de tristesse à ce dossier.
De Dubaï, on l'envoie à Bangkok et on lui fourre dans les bras une valise remplie de cannabis : c'est parti pour son transport de cannabis direction La Réunion. Malheureusement pour lui, il se fait attraper par les douanes et hop, direction le tribunal.
La rémunération alléchante
En garde à vue, Victor P. va reconnaître tous les faits : il était certain que la valise contenait quelque chose d'illicite, mais ignorait le contenu et la quantité. Les commanditaires avaient prévu de le rémunérer 30 000 réais brésiliens, ce qui équivaut à plus de 4 600 euros. Pas mal pour le jardinier de métier.
Une coquette somme que l'homme voulait utiliser pour rembourser ses dettes auprès de l'État brésilien et subvenir aux besoins de sa petite famille en construction. Dans son réquisitoire, le ministère public évoque un dossier simple : les faits sont caractérisés, reconnus par l'auteur… La procureure rappelle que Victor P. ne risquait pas de détention mais une simple augmentation de sa dette.
Cela rejoint une des questions des assesseurs pendant l'audience, qui demandent à Victor P. : que risque-t-il, hormis que sa dette augmente auprès de l'État brésilien ? Sous-entendu, pourquoi avoir pris le risque de transporter de la drogue ? Vraisemblablement, en se serrant la ceinture, on peut la rembourser…
Lors de sa plaidoirie, l'avocate de Victor P. a justement rappelé qu'être pauvre en France et dans une favela au Brésil, ce n'est pas du tout la même chanson. De quoi se reconnecter un peu avec la réalité et relativiser un minimum. La robe noire a rappelé la misère extrême de son client, habillé comme une vulgaire marionnette et balancé avec 45 kilos de drogue sur une île à l'autre bout de la carte… L'avocate de la défense plaide pour une peine bien moindre que les cinq ans requis par le ministère public.
Finalement, Victor P. est condamné à 3 ans d'emprisonnement, avec une interdiction définitive de remettre un pied à La Réunion, ainsi qu'une amende douanière de 548 860 euros.


