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Il n’a connu que la mouise : dernière chance pour le jeune à la masse

Correctionnelle Sud - Jeudi 24 mai :
Ecrit par zinfos974 – le samedi 26 mai 2018 à 09H13

Grand, timide, quasi apeuré, J.-F. avance encadré par les gendarmes qui l’ont extrait de sa cellule une heure plus tôt ; et s’arrête pile à l’entrée de la salle d’audience, anxiété nettement inscrite sur ses traits. Il faut qu’un de ses accompagnateurs le prenne par le bras, avec fermeté mais sans brutalité aucune, pour l’emmener, presque le porter jusqu’au banc des accusés.

En bus « pour aller voler loin »

J.-F., 23 ans, cumule déjà 5 condamnations pour des vols divers et des dégradations dues aux nombreuses vitres cassées par lui pour s’introduire dans les maisons qu’il a visitées. Cette fois, on lui reproche… exactement la même chose : des bungalows à Saint-Leu, où résidaient des touristes qu’il a proprement dévalisés. Les vitres, il les a escagassées à coups de pelle mais où a-t-il mis celle-ci, voici qui le laisse sans réponse.

Le parcours de ce jeune dégingandé, grand, mince, qui ne fanfaronne pas au demeurant, laisse pantois. Ses parents sont partis en métropole il y a belle lurette, le laissant aux bons soins de sa grand-mère à Saint-Louis. Laquelle grand-mère l’a vite mis à la porte. Si ! Ce sont des choses qu’on a du mal à réaliser mais qui arrivent.

Squattant les porches et entrées de garages, la nuit, J.-F. a dû se débrouiller seul très tôt, ne serait-ce que pour manger. Il s’est donc mis à grappiller ici ou là au petit bonheur la chance mais cette dernière ne l’a pas si bien servi : il est tombé dans le zamal puis dans les produits plus « efficaces ». Pour les obtenir, il a multiplié les larcins.

« Pourquoi alliez-vous à Saint-Leu ?
- Ben… pour voler.
- Vous alliez comment ?
- Ben… en bus ».

L’histoire ne dit pas comment il se payait le bus. Mieux vaut parfois rester évasif. Il sait juste qu’il a pris le bus exprès pour voler loin de ses sites de vie (!) habituels, faut pas lui en demander plus et la présidente Dinot s’en gardera bien. Au total, il a chourré des chéquiers et des cartes bancaires, des cartes d’étudiants qui ne lui ont guère été utiles, « et in tas d’z’affaires aussi ! »

Procureur ET humaniste

Le jeune délinquant reconnaît avoir volé pour se nourrir et surtout se payer ses doses. Dans la foulée, il a admis devant les gendarmes plusieurs autres cambriolages mais ne sait plus trop où ni quand. « C’est pas d’ma faute, je ne sais plus, vraiment ». Ce qui se comprend aisément. Tout ce que J.-F. sait expliquer avec une grande clarté, avec d’évidents accès de sincérité, c’est qu’il en a assez de sa vie actuelle.

« Je veux trouver du travail quand je sortirai. Je reçois des soins en prison, je vois un psychologue, un psychanalyste ; mais les médicaments, c’est pas une solution, c’est pas une vie, ça ! C’est pas avec ça qu’on change et moi, je ne veux pas passer ma vie en prison. Je veux vraiment travailler ».

Va savoir pourquoi, personne n’a semblé mettre en doute cette bonne volonté affichée. Le procureur Martin Genet a fait preuve d’humanisme, de grande générosité envers cet être sur une pente très savonneuse.

« Je ne réclamerai qu’une peine de principe, qui sera si possible confondue avec celle que vous purgez en ce moment, pour vous permettre de vous réinsérer socialement ». Toute la salle a apprécié le geste.

« Vous avez compris ? Oui… à peu près »

En attendant la décision du tribunal, le jeune gars s’est assis sur le banc des accusés, à moins de deux mètres de moi. Dans un élan irraisonné, je lui ai tendu la main, geste totalement inhabituel qui semble l’avoir étonné ; il a accepté.

« Ou vois ? Bande na i donne à ou in’ chance. Rate pas ! »
Son gendarme accompagnateur a souri ; lui aussi.
« Mi ratera pas ou peux êt’ sûr monsieur ».

Il était sincère. Cela va encore m’attirer la bave des mauvais coucheurs ; si vous saviez comme je m’en tape !

Le tribunal a fait droit à la requête de l’accusation : 4 mois avec confusion de peine. Pour bien faire comprendre au jeune homme de quoi il retournait, la présidente Dinot a mis les points sur les « i » : « Vous avez compris ?… Oui, à peu près, je vois, a ajouté la présidente avec beaucoup de compassion. Vous ne ferez pas quatre mois de plus ; cette peine est confondue avec celle que vous purgez. Vous ne resterez pas plus longtemps en prison. Prenez-le comme une mesure de confiance. Tâchez de vous en montrer digne ! »

Le jeune accusé a timidement souri. Je gage qu’on ne le reverra pas de si tôt à la barre. Merci Genet, merci Dinot !

 

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