Il jette de l'huile bouillante au visage de son ex-femme

Les faits se sont produits le 8 septembre dernier à Saint-Benoit. Jean-Charles E. reçoit la visite de son ex-épouse et leurs enfants afin qu'il puisse les voir. Ils sont séparés et continuent visiblement d'avoir des rapports. Leur relation s'est détériorée lorsqu'il a appris qu'il n'est en fait pas le père biologique de leur fille ainée. Ce jour-là, ils décident dans l'après-midi de faire des frites. Alors que l'huile chauffe dans une casserole, la mère de famille se trouve accroupie pour prendre de la vaisselle dans le meuble sous la plaque de cuisson. Soudainement, elle se met à hurler : elle vient de recevoir de l'huile bouillante sur le visage. C'est son ex-mari, positionné au-dessus d'elle, qui en est responsable. Il la regarde et lui dit droit dans les yeux : "Tu m'as fait du mal. Maintenant, tu verras tous les jours dans le miroir le mal que tu m'as fait". Pour bien asseoir sa vengeance, il ne l'emmène pas à l'hôpital, et prétextera que c'est elle qui a refusé d'y aller.
"C'est lui qui m'a jeté de l'huile sur le visage"
Elle dépose plainte deux jours plus tard. Brûlée à la joue, à l'épaule et à la poitrine, elle reçoit une ITT de 15 jours et gardera sans doute des marques à vie. Lui est placé en garde à vue et jugé dans le cadre d'une comparution immédiate. Lors des auditions, elle indique aux enquêteurs qu'il l'a déjà brûlée une première fois de la même manière en juillet dernier alors qu'il faisait cuire des saucisses. Lui explique que c'était un accident domestique. Il aurait eu le réflexe de pousser la casserole d'huile alors que leur fils de 16 mois allait attraper celle-ci. "C'est un enfant, il est joueur, monsieur le juge", s'explique-t-il à la barre. Et d'ajouter "ça se passe tellement vite que vous ne pouvez pas analyser". Prêt à tout pour se dédouaner, il indique que son ex-compagne lui réclame sans cesse de l'argent, et qu'elle allait jusqu'à tarifer leurs relations intimes. "Je suis obligé de payer, si je ne paie pas, pas de rapport", lâche le prévenu. Des agissements confirmés par la victime : "Je suis obligée de coucher et de faire ça, sinon il ne me donne pas d'argent pour les enfants", explique-t-elle, arborant une énorme marque de brûlure sur la joue droite. Elle confirme au passage sa version : "C'est lui qui m'a jeté de l'huile sur le visage".
"Les lésions sont cohérentes avec un acte de projection"
Face à ses explications, la partie civile indique "ne pas croire à la scène décrite par le prévenu", affirmant que "les projections d'huile prouvent que sa version ne tient pas" et insistant sur le fait que la victime "va garder des traces à vie". Le parquet relève, de son côté, "des faits particulièrement graves pour lesquels il encourt 20 ans de prison" eu égard à l'état de récidive relevé. Le procureur pointe la volonté du prévenu de "travestir les faits", ajoutant qu'il veut faire "passer cela pour un accident". Selon le magistrat, "les lésions sont cohérentes avec un acte de projection dont le mobile est un problème de paternité". Et de conclure : "Il a voulu la défigurer". Le parquet requiert 5 ans de prison dont 1 an avec sursis probatoire ainsi que le maintien en détention. "Les réquisitions sont faites sous le coup de l'émotion", répond la défense qui estime qu'"il était clair qu'on allait lui reprocher de s'être vengé". "Il s'agit d'un accident, il a voulu protéger l'enfant. C'est involontaire", plaide la défense qui demande la relaxe et conclut : "Elle est là car elle a besoin d'argent".
Après délibération, le tribunal prononce la culpabilité du prévenu qui est condamné à 4 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire. Il est également maintenu en détention et devra respecter des obligations de soins, d'indemniser la victime et des interdictions de contact et de paraitre au domicile de la victime.


