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Hommage aux engagés indiens : un devoir de mémoire ce dimanche 14 septembre au Lazaret de la Grande Chaloupe

Ecrit par S.I. – le vendredi 12 septembre 2025 à 07H52
Photo d'illustration

Cérémonie religieuse et reconstitution de scènes de vie : l’association Tamij Sangam invite le public à honorer la mémoire des engagés indiens ce dimanche au Lazaret de la Grande Chaloupe.

Le Lazaret de la Grande Chaloupe, haut lieu de mémoire de l’engagisme, accueillera ce dimanche 14 septembre 2025 une cérémonie d’hommage aux engagés indiens. Organisé par l’association Tamij Sangam en partenariat avec l’association des Poussaris de La Réunion, l’événement mêlera recueillement, transmission culturelle et reconstitution historique.

Une mémoire encore trop méconnue

Pour Selvam Chanemougame, président de l’association Tamij Sangam, la mémoire des engagés indiens n’occupe pas encore la place qu’elle mérite dans la conscience collective réunionnaise.

"C’est pour ça que nous avons posé cette stèle au Lazaret et demandé au Département de rénover le site. Aujourd’hui, il abrite aussi un musée consacré à l’engagisme. Ce site mérite d’être connu parce que l’esclavage et l’engagisme sont des périodes extrêmement douloureuses dans notre histoire", insiste-t-il.

Le Lazaret est d’autant plus symbolique qu’il fut la première étape pour des milliers d’engagés indiens, souvent arrivés avec l’illusion d’un avenir meilleur. "Les premiers sont venus en pensant trouver l’eldorado. Finalement, la grande majorité est restée simple manœuvre dans les établissements sucriers ou sur les chantiers, car le retour en Inde n’a jamais eu lieu", rappelle le président de Tamij Sangam.

Un héritage culturel indissociable de l’identité réunionnaise

Si la souffrance a marqué leur parcours, les engagés ont profondément façonné la culture réunionnaise. Architecture, cuisine, langue créole, pratiques spirituelles : leur empreinte est partout.

"Dans l’architecture créole, on retrouve la varangue, le lambrequin, des éléments directement hérités de l’art de la Compagnie des Indes. Même des bâtiments comme l’ancien Hôtel de Ville ou la préfecture de Saint-Denis ont été construits par des ouvriers indiens de l’époque", détaille Selvam Chanemougame.

La gastronomie n’est pas en reste. "Le fait de faire revenir des tomates, des oignons avec du curcuma, c’est typiquement indien. Des mots comme rougail, kaloupilé, vétiver sont issus du tamoul", ajoute-t-il.

La matinée de dimanche débutera par une cérémonie religieuse animée par le collectif des prêtres de La Réunion. Suivra une reconstitution de la vie quotidienne des engagés : préparation des repas au feu de bois, lessive, soins à base de plantes, outils et instruments lontan. "Cela permettra de mieux comprendre comment nos ancêtres vivaient dans ces conditions de quarantaine", explique Selvam Chanemougame.

Un circuit guidé permettra également de découvrir les différents espaces du site – dortoirs, infirmerie, cimetière – et de replacer l’histoire des engagés dans une perspective plus large, en lien aussi avec les apports africains et asiatiques.

La mission de Tamij Sangam : transmettre et partager

Au-delà de cette cérémonie, l’association Tamij Sangam œuvre au quotidien pour transmettre l’héritage indo-réunionnais. "Nous n’avons aucun financement public, mais nous faisons ce travail de manière bénévole. L’objectif, c’est la transmission, car on s’est rendu compte que beaucoup d’éléments culturels se perdent", explique son président.

La langue tamoule, par exemple, n’est plus pratiquée que dans les prières. "Même des mots comme rougail, qui viennent du tamoul, ne sont plus connus dans leur origine, même par les Malbars eux-mêmes", regrette-t-il. D’où la nécessité de réapprendre et de partager : "Il ne s’agit pas de garder cela pour nous dans une logique communautariste, mais de le transmettre à tous ceux qui aiment notre Réunion plurielle et sa diversité culturelle."

Pour Selvam Chanemougame, la cérémonie du 14 septembre dépasse largement la communauté tamoule. "Notre île a été construite par des apports africains, indiens, asiatiques et européens. Si on insiste sur l’identité réunionnaise, on doit reconnaître toutes ces mémoires."

Et de conclure par une image qui lui est chère : "Bien sûr, il faut regarder vers l’avenir. Mais quand on roule en voiture, si on veut aller loin, il faut parfois jeter un œil dans le rétroviseur."

Etiquettes : Histoire

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