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Grand Raid : Des coureurs dénoncent des manquements sur l’édition 2022

Après les déboires qu’avait connus l’édition 2021, des coureurs ont eu la mauvaise surprise de découvrir de nouveaux loupés sur la course de cette année. Ils dénoncent également un Grand Raid devenu une machine à éliminer les coureurs avec des barrières temps toujours plus serrées, malgré les kilomètres en plus.

Ecrit par 2572106 – le mercredi 23 novembre 2022 à 06H03

Près d’un mois après que les derniers coureurs ont franchi la ligne d’arrivée à la Redoute, les premières critiques commencent à émerger sur cette édition 2022. Il y a un peu d’amertume chez certains participants qui espèrent une amélioration pour les prochaines éditions. 

Alors que le Grand Raid 2021 avait été marqué par un manque d’eau, en partie aggravée par une chaleur étouffante, il semble que certains raiders aient dû subir également un manque cette année. Parti avec la cinquième vague, Pascal* réussit à arriver dans les temps au stand de ravitaillement de Coteau Kerveguen. Les bénévoles lui annoncent alors qu’il n’y a plus rien. 

“J’étais tellement surpris que j’ai d’abord cru à une plaisanterie. Au point précédent, personne ne nous a prévenus, car sinon on se serait plus chargé pour tenir. J’étais tellement agacé que les bénévoles m’ont emmené derrière pour me montrer les bidons vides. Visiblement, les derniers coureurs de la quatrième vague ont eux aussi dû attendre le pointage du Bloc pour avoir quelque chose à boire. Ce n’est pas normal, car on prévoit en fonction de ce qu’on nous annonce, relate Pascal, le pire, c’est que je suis passé vers 13h le vendredi, ce n’est pas si tard”.

Un ravitaillement aléatoire
 

À ses côtés, Hervé* a lui aussi participé au Grand Raid. Ce raideur accompli raconte également un manque d’eau, malgré la bonne volonté des bénévoles. “Ils étaient vraiment désolés, mais les bénévoles ne pouvaient rien y faire. On était obligé de se faire passer les gourdes entre nous. Heureusement les gens étaient solidaires et partageaient ce qu’ils avaient. Mais on voyait clairement que ça tendait les coureurs, explique le traileur, laisser les gens comme ça juste avant la montée du piton des Neiges, c’est presque de la mise en danger. Je ne sais pas du tout si les gens du poste ont fait remonter l’information, mais ce n’est pas normal que l’organisation n’ait pas réagi »

D’autres trailers confirment également avoir eu des stands bien dégarnis, voire vides. Armand* se dit amer après sa participation. Avec une quinzaine de participations au compteur, ce trailer avoue avoir vécu son “pire Grand Raid niveau organisation”. Parti lui aussi dans la cinquième vague, il décrit un ravitaillement qui laisse à désirer pour les derniers partis. “À Notre-Dame de la Paix, il n’y avait presque plus rien, juste quelques fruits. Mais à Mare à boue, on nous a promis qu’il y aurait des repas chauds, mais il n’y avait presque rien. Les bénévoles manquaient même de couverts, j’ai dû manger des pâtes avec un couteau. Et personne ne nous a prévenus qu’il manquait de l’eau à Coteau Kerveguen. Alors moi aussi j’ai été surpris en arrivant là-bas de ne pas pouvoir me ravitailler. Autant la nourriture, c’est moins grave, car nous avons des barres énergétiques, autant le manque d’eau, je ne comprends pas”, relate Armand. “Autant fermer le poste, si c’est pour n’avoir rien à donner aux coureurs. J’ai du mal à comprendre pourquoi l’organisation a laissé des stands aussi vides à des endroits aussi stratégiques”, poursuit le coureur.

Des bouchons dans les sentiers

Le système des vagues est également questionné par les deux amis. Mises en place en 2021 pour limiter les attroupements, covid oblige, les vagues font partir les coureurs par “paquet” de 500, sauf pour les 50 pros qui ont leur propre vague. “En plus de ne pas trop comprendre comment l’organisation nous répartit entre toutes ces vagues, ça a créé des bouchons dans les sentiers plus hauts. On est resté parfois près de 30 minutes debout, car la file au stand de pointage était trop longue, notamment vers Mont-Vert. Être à l’arrêt complet pendant aussi longtemps de nuit, c’est la meilleure manière de tomber malade ou de casser son rythme”, poursuit Hervé. 

Avec plusieurs participations, il n’a jamais vu autant d’embouteillages sur les sentiers. “Même en 2021 on n’avait pas autant attendu, alors que ce problème de bouchons avait déjà été évoqué”, souligne le participant. Même son de cloche du côté d’Armand, qui relate avoir passé plus d’une heure à l’arrêt complet au domaine Vidot. “D’habitude, le tracé de la course nous fait passer par un chemin agricole assez large, mais cette année on nous a fait passer par un sentier étroit. Résultat, il y avait plus de 300 coureurs devant moi qui attendaient à la file indienne pour pouvoir pointer”, poursuit Armand.

Une édition sans problème majeur pour l’organisation

Devant ces critiques, l’association Grand Raid assure qu’aucune information n’est encore remontée concernant de possibles manquements sur le ravitaillement. “J’ai doublé la quantité d’eau, notamment dans Mafate par rapport à notre expérience en 2021. Je n’ai pas eu d’information concernant des manques d’eau, mais je sais que nous avions monté 2000 litres d’eau, plus 10% pour se laisser un peu de marge. Si certains points de ravitaillement ont effectivement manqué d’eau, il n’est pas normal que les responsables des points de ravitaillement n’ont pas fait remonter l’information en amont pour que les coureurs s’organisent. C’est peut-être un point à améliorer pour la prochaine édition”, explique Jean-Pierre Fargeon, responsable logistique pour la Diagonale des fous. 
 

“Nous sommes très attentifs aux impressions des coureurs pour corriger ce qui ne va pas. Pour l’instant, nous avons surtout eu des retours positifs. Par exemple, nous avons distribué de la pastèque ou des gâteaux créoles pour la première fois et cela a rencontré un franc succès. Nous avons aussi remarqué que l’eau au sirop est bien plus appréciée des coureurs que le coca. Bien sûr rien n’est jamais parfait, mais nous avons aussi toujours à faire une minorité de mécontents”, botte en touche le responsable logistique. 

Mafate, le cirque de tous les dangers 
 

Pierre Maunier, le président de l’association Grand Raid, rappelle également l’exigence de cette compétition et nuance les remarques des coureurs mécontents. “ll s’agit d’une course en semi-autonomie, ce n’est pas une randonnée touristique. Les coureurs doivent gérer seuls leurs logistiques, et certains négligent ce point, car ils sont sûrs de tout avoir au prochain ravitaillement”, rappelle le président. 

Devant cette rallonge de 4 km, Pierre Maunier tient à préciser un point. “Y’a t-il une sélection à Cilaos ? Oui et non. Non, car tous ceux sur la ligne de départ ont vocation à arriver. Mais oui aussi, car il faut avouer que Mafate est un lieu exigeant. Aller chercher un raider en difficulté demande beaucoup de moyens, donc nous devons éviter ces situations” 

Une compétition internationale qui demande des prérequis

Face aux critiques sur l’élitisme de la course, Pierre Maunier souligne que les “stars” du Grand Raid ne sont qu’une cinquantaine. “Le Grand Raid, ce n’est pas que les pros, même s’ils permettent de mettre en lumière la course. Le cœur du Grand Raid, c’est bien les participants, notamment les locaux. Nous n’avons pas du tout oublié les Réunionnais, mais il faut comprendre qu’il s’agit désormais d’une course internationale. Si nous mettons tout à disposition, nous ne rentrerons plus dans ces normes. Mais je m’engage quand même à regarder ce qu’il s’est passé pour voir si des points doivent être améliorés”, poursuit le président.

Les vagues sont désormais présentes sur toutes les courses, explique Pierre Maunier, notamment sur l’UTBM. “Cela permet de fluidifier le départ, et c’est désormais quelque chose d’installer. Aucun problème de bouchon n’a été remonté pour l’instant. Ces vagues de 500 coureurs vont sûrement être remises en place pour l’année prochaine”, enfonce le clou Pierre Maunier. 

Tous les coureurs qui ont témoigné dans cet article expliquent qu’ils ne souhaitent plus participer à la Diagonale des Fous, tant que ces points n’auront pas été améliorés.’
 

*les prénoms ont été modifiés

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