Gilets jaunes: "?Les Réunionnais suffoquent, moi avec eux"

Comme beaucoup d’autres depuis mon canapé, je vois ce qu’il se passe, je comprends ce qu’il se passe. Les Réunionnais suffoquent, moi avec eux.
Comment ne pas comprendre la colère d’un peuple qui croule sous les dettes? Qui repaie le droit de vivre dans un logement pour lequel ses parents ont déjà sué eau et sang à payer. Qui a le malheur de travailler suffisamment pour payer toutes les charges plein pot (revenus, habitation, foncier, ordures ménagères, audiovisuel, TVA, carburant, carte grise, gaz, eau, électricité, assurances, mutuelles, loyer, billets d’avion, cantines...) mais qui travaille trop pour bénéficier d’aides, de remises, d’abattements, d’exonérations. Qui n’a pas le sésame "CDI" pour avoir le privilège de contracter un crédit à un taux faramineux pour acheter une voiture "propre" et aller travailler, ou entretenir son foyer pour qu’il conserve sa décence.
Les messages diffus, mais pourtant tellement légitimes des gilets jaunes se perdent dans une ambiance tendue parasitée par la violence. Mais de quel autre moyen dispose une partie de la population qui n’a pas d’autre outil pour s’exprimer que celui-ci?
Où est la classe "vache à lait"? Celle qui paie pour un peu moins de misère chez les miséreux et un peu plus de richesses chez les riches? Celle à qui on "offre" une année fiscale blanche pour mieux la saigner sur tout le reste? Celle qui a les moyens, les mots, la compréhension nécessaires pour revendiquer ses droits? Celle qui serait pleinement légitime à centraliser les revendications et à les défendre bec et ongle face aux "décideurs"? Où sont les leaders, issus du peuple, formés et éduqués qui sont en mesure de parler aux médias, de faire passer un message clair et concis, de se faire entendre et comprendre, de faire bouger les choses pour tous? Où sont ceux qui ont le plus à perdre? Que font-ils?
Peut-être sont-ils comme moi, sur leur canapé, grondant de colère, mais terrifiés à l’idée de perdre le peu qu’il leur reste.
Mais que nous reste t-il finalement?
Le droit de nous précariser toujours un peu plus, pour payer toujours plus pour d’autres, le droit d’entrer dans le moule au risque d’être censurés, malmenés, critiqués, étiquetés, culpabilisés? Le droit d’être terrorisés à l’idée de perdre la moitié de rien?
Que se passera t-il quand la vache sera maigre?
Parce qu’à force de nous presser, viendra un jour, pas si lointain, où il ne restera rien à nous prendre. Peut-être alors, est-ce la parole que nous prendrons. Vache à lait en colère.


