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Gérant de station-service, un métier "précaire"

Des gérants de station-service qui tirent le diable par la queue. L’image ne vient pas tout de suite à l’esprit. Pourtant, à la manière de ce gérant à la Trinité, ils vivent pour beaucoup d'entre eux dans une forme de précarité.
Ecrit par Ludovic Grondin – le vendredi 22 décembre 2023 à 06H26

Faut-il ranger au placard les préjugés du gérant de station-service qui roule sur l’or ? À entendre un acteur clé du secteur de la distribution de carburant que nous avons interrogé, la délicate situation que vit ce gérant de la Trinité est loin d’être isolée.

"Malheureusement ce n’est pas une exception. Il y a plein d’autres stations où les gérants sont en difficulté", confirme notre interlocuteur. Le professionnel entame son propos en évoquant d’emblée la question du bail qui lie la grande majorité des gérants à leur pétrolier. Il y en a quatre à La Réunion : RUBIS (marque commerciale VITO), TOTAL, OLA (OLA Energy) et ENGEN.

Le schéma qui prévaut au sein de la profession est celui du gérant qui est en location-gérance, c’est-à-dire que la station ne lui appartient pas et il peut voir son contrat s’arrêter au bout de quelques années.

"Les contrats de location-gérance sont variables. Ils peuvent aller de 1 à 6 ans. Ça peut donc être une courte période dans le cas où le gérant débute dans le métier, donc le pétrolier veut découvrir ses capacités à gérer le fond de commerce. Ça peut donc être un bail court d’un an mais en règle générale c’est entre 3 et 5 ans", nous détaille ce professionnel du secteur de la distribution de carburant.

Des marges rognées à tous les étages

Ce contrat à durée déterminée passé avec l’un des quatre pétroliers de la place maintient sous pression les exploitants. "A la fin du contrat de location-gérance, il n’y a aucune certitude que le contrat soit renouvelé", indique notre interlocuteur.

Les deux parties peuvent alors s’entendre pour reconduire le contrat ou alors se dire au revoir. C’est fonction du contenu du nouveau contrat, car souvent, il y a des révisions de loyer à la hausse, de nouvelles conditions, des restrictions… "Est-ce que le gérant va accepter de résigner avec les nouvelles conditions du pétrolier ou pas, vous voyez, c'est très très incertain et c’est en ça effectivement que le contrat est précaire. Quand on parle de « précarité » pour un gérant de station-service, les gens ne comprennent pas, eh pourtant si ! Beaucoup de gens ont une image qui ne reflète pas du tout la réalité. C’est compliqué pour nous et pour plusieurs raisons. Nous sommes chefs d’entreprise donc nous avons la responsabilité de nos comptes d’exploitation. On subit toutes les augmentations possibles et imaginables. Depuis la guerre en Ukraine, les augmentations de nos fournisseurs n’arrêtent pas et on ne peut pas les répercuter systématiquement en boutique. L’exemple le plus parlant c’est la bouteille d’huile. On ne peut pas la vendre à 9 euros… Pour les portiques de lavage, c’est pareil, les produits que l’on met au niveau de l’auto-séchant, la mousse, sont un peu plus chers et pourtant le lavage est resté à 8,90 euros. On aurait pu le passer à 9,50 euros dès le lendemain mais il est toujours à 8,90. C’est pareil pour la bouteille d’eau, les barres de chocolat…", illustre-t-il.

Leurs marges sont "rognées au fur et à mesure" alors que celle sur le litre de carburant reste identique. "Nous avons la même marge de 12,16 centimes par litre de carburant vendu…". "Ça fait 4, 5 ans qu’on tire vraiment la langue, c’est très compliqué", ajoute-t-il.

Lorsque ce n’est pas le marché international qui dicte sa loi, ce sont des décisions nationales. "Lorsque l’Etat décide de réglementer le salaire minimum, c’est une très bonne chose pour nos employés mais ce n’est pas l’Etat qui paye, c’est l’entreprise !" rappelle-t-il la réalité des décisions politiques.

A La Réunion, il y a 162 stations. Derrière 125 d’entre elles vous trouverez un gérant locataire, les autres sont propriétaires des murs, ce qui leur offre une position "un peu plus confortable et sereine parce que leur pétrolier ne peut pas les mettre à la porte et ils ont des conditions d’exploitation qui sont différentes des nôtres. Par exemple ils n’ont pas des baux de 1 an, 2 ans, 3 ans. Leur contrat ne peut pas s’arrêter pour un oui ou pour un non tandis qu’un locataire-gérant peut s’arrêter du jour au lendemain". Nous avions pu le constater à travers l'histoire des gérants de l'historique station près du Score de la Glacière au Port. Le groupe Hayot leur avait demandé de remettre les clés de la structure du jour au lendemain.

Etiquettes : Carburants

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