Une station-service reste ouverte mais sans carburant depuis quatre mois

11h30 ce lundi à la Trinité Saint-Denis, quelques véhicules se garent face à la vitrine de la station Engen. Etrangement, aucun d’eux ne prend la peine de faire un stop sous le préau pour réclamer du gasoil ou du sans-plomb et pour cause, un panneau accueille les visiteurs depuis le mois d’août. « Chers clients, pas de carburants ce jour » peuvent-ils y lire. Un jour sans fin pour Bernard Turpin, directeur d’exploitation de cette station dionysienne depuis 2022 lorsqu’il entreprend, avec sa femme, de poursuivre l’activité du frère de cette dernière.
"Depuis trois ans, la société rencontre des difficultés financières", livre sans secret Bernard Turpin pour expliquer l’improbable situation dans laquelle se trouve son commerce aujourd'hui, dans l'incapacité de proposer de l’essence à ses clients.
Début 2022, avec sa femme qui est donc la soeur du précédent gérant, ils récupèrent un établissement déjà moribond. Lors du changement de gérance, six employés sont sur le départ avec les indemnités qui vont avec. "En plus de ce problème financier, on était un peu juste sur la station, on ne pouvait pas s’approvisionner en cigarettes ni en carburant en quantité normale. On n’avait pas assez de trésorerie", retrace-t-il l'historique de ses premiers mois de reprise. La spirale négative se poursuit avec cette chaîne au pied. Rien que sur l’année 2022 par exemple, la gérante et le directeur d’exploitation doivent sortir plus de 50.000 euros d’indemnités aux anciens employés.
Les factures réglées avec retard ou tout simplement non honorées s’accumulent jusqu’au jour où certains de leurs fournisseurs disent stop. C’est le cas du pétrolier Engen qui arrête de fournir la station il y a quatre mois de cela.
Depuis le 14 août, la station n’a plus de trésorerie et ne peut donc plus s’approvisionner en carburant et très peu en cigarettes. "En août on a eu des retards sur deux factures et ils (Engen) nous ont bloqués", confirme Bernard Turpin. La station essaye donc de vivre grâce à sa boutique et son gaz pour payer les factures actuelles et les salaires du personnel tout en espérant un rebond.
Hypothéquer la maison
Pris à défaut de fond de roulement, le directeur d’exploitation est allé frapper à la porte des banques. Tour à tour, la Caisse d’Epargne, la Bred et le Crédit Agricole lui signifient un refus. A l'une d'elles, il en est même venu à apporter une garantie financière ultime : hypothéquer sa maison. Même refus.
"Pour une banque c’est simple, vous avez trois bilans déficitaires donc on ne peut pas vous prêter de l’argent. Ils ne se basent que sur des chiffres, pas sur la projection. J’ai même fait appel à la médiation du crédit de l’IEDOM pour que l’on puisse débloquer la situation mais ça n’a pas fonctionné non plus", regrette-t-il. En dernier recours, Bernard Turpin a sollicité les services d’une société de financement dont il attend toujours une réponse. Il a également songé à la Banque Publique d'Investissement, mais c'était sans compter sur le fait que la BPI a arrêté de soutenir les projets en lien avec les énergies fossiles pour s'orienter vers le durable.
Malgré les portes fermées, le co-responsable de la station reste confiant dans le fait d'être réapprovisionné par Engen. Un rendez-vous ce mardi pourrait signer le retour du précieux liquide aux pompes.
S’il venait à convaincre son pétrolier, Bernard Turpin sait qu’il ne pourra pas se louper après cette seconde chance qui lui serait donc offerte. Depuis sa reprise de la station en 2022, faute de moyens il a acheté très peu de carburant à raison de 4000 litres de gasoil et 3000 litres de sans plomb par jour. "Si on redémarre sur le carburant, il faut qu'on reprenne un camion de 35000 litres pour une semaine", se veut-il ambitieux pour éviter d'être à nouveau à sec et décevoir la clientèle.
"Si ça redémarre, il ne faut plus s’arrêter, on n’a plus le droit à l’erreur", dit-il en pensant aux clients. "Je tiens à les remercier d’être restés fidèles à notre boutique malgré l’arrêt du carburant. Il faut qu’on leur accorde aussi notre confiance, qu’on leur montre qu’on est capable de les servir en carburant. On veut rétablir correctement la situation pour ne pas faire un redémarrage puis un nouvel arrêt dans 6 mois... La situation est très compliquée mais on tient ! Ce sont les choses de la vie qu’il faut surmonter. Toute entreprise a des problèmes un jour ou l’autre, il faut passer le cap."


