François Hollande et le PS : boum badaboum

Replongeons-nous donc aujourd’hui encore dans le marigot de la politique française. C’est aujourd’hui que Michel Barnier affrontera sa première motion de censure, déposée par LFI. À quoi bon, pourrions-nous nous demander ? Le groupe d’extrême gauche sait pertinemment qu’il n’a aucune chance de faire tomber le gouvernement. Pour cela, il aurait fallu qu’il obtienne le soutien des voix des députés du Rassemblement national, ce qui ne se produira pas. Marine Le Pen a clairement indiqué, à de multiples reprises, qu’elle entendait "laisser une chance" au gouvernement Michel Barnier. Propos confirmés par Joseph Rivière, le seul député du RN à La Réunion, dans Zinfos.
Je répète donc ma question : à quoi sert donc cette motion de censure ? À écouter les responsables de LFI, à montrer clairement au peuple qui sont les vrais opposants au gouvernement. Comprenez en filigrane : "c’est nous. Puisque le RN va s’abstenir, c’est donc qu’ils soutiennent le gouvernement d’Emmanuel Macron".
Pas totalement faux. Mais attention, toute médaille a son revers. Peut-être que les Français, qui ne sont pas aussi idiots que certains aimeraient le croire, en tireront également comme conclusion que, contrairement à ce qu’il affirme depuis trois mois maintenant, LFI n’est pas sorti gagnant des dernières législatives et qu’il n’est majoritaire ni parmi les électeurs, ni chez les députés.
Puisque nous sommes à gauche, restons-y. J’avoue que François Hollande me surprend ces derniers temps. Ancien président de la République, ce n’est pas rien. Ça vous confère un statut, un rang que tous ses prédécesseurs se sont attachés à tenir.
Pas lui. À la surprise générale, il a souhaité redevenir simple député. Il y est parvenu grâce aux voix du Nouveau Front Populaire, c’est-à-dire, outre celles du PS, son parti, celles de LFI, le parti de Jean-Luc Mélenchon.
Depuis son élection, il était resté relativement sage, se contentant de critiquer de temps en temps Emmanuel Macron et son gouvernement. Rien de bien grave. Ça donnait juste l’occasion pour ses opposants de lui rappeler son bilan et l’impossibilité qui avait été la sienne de se représenter à la présidentielle, tellement il était mauvais et tellement il était impopulaire. Mais passons.
On ne sait pas ce qui lui a pris, mais voilà qu’hier, il a lancé une véritable bombe à fragmentation au sein de son propre parti en se prononçant pour un nouveau congrès du Parti socialiste et en revendiquant le remplacement de l’actuel premier secrétaire, Olivier Faure, et la sortie du Nouveau Front Populaire.
C’est sur LCP, la chaîne parlementaire, que François Hollande a lâché sa bombe. D’abord en prenant fait et cause pour les opposants à Olivier Faure, en réclamant un nouveau congrès du PS au début de l’année prochaine. Comme le prévoient les statuts du parti, qui stipulent qu’un congrès doit se dérouler dans les six mois suivant une élection législative.
Chose qui embarrasserait l’actuel premier secrétaire, qui essaie de gagner du temps, se sachant actuellement dans une mauvaise passe et probablement minoritaire au sein de son propre parti. Il essaie donc de tordre le bras à d’autres articles des statuts pour repousser le congrès à la fin de l’année prochaine. Ça va devenir de plus en plus difficile pour lui d’y parvenir après la prise de position de François Hollande, fort de son statut d’ancien président.
Ces déclarations de François Hollande sont d’autant plus étonnantes que, jusqu’ici, il semblait en bons termes avec Olivier Faure. Quelle mouche l’a donc piqué pour qu’il déclare : "Il faut une nouvelle figure pour diriger le Parti socialiste afin de permettre ce rassemblement et cette ouverture" vers Place publique et la gauche sociale-démocrate, a lancé le député de Corrèze, puisque, à ses yeux, ce congrès doit "ouvrir la voie à un rassemblement plus large, avec les amis de Raphaël Glucksmann". Une véritable déclaration de guerre !
Olivier Faure n’a pour le moment pas répondu. Il s’est contenté d’envoyer au front quelques-uns de ses fidèles lieutenants, à l’image du député Laurent Baumel, conseiller spécial d’Olivier Faure, dont les propos sont repris dans Le Parisien : "Les propos de François Hollande à l’égard d’Olivier Faure sont illégitimes et inacceptables. Non seulement parce qu’il est lui-même redevenu député dans le cadre du rassemblement que nous avons su construire. Mais parce que son quinquennat, et les choix contre nature qu’il nous a imposés pendant cette période, sont à l’origine de l’effondrement sans précédent que nous avons connu".
La réponse était prévisible. Comment François Hollande peut-il critiquer l’alliance avec LFI au sein du Nouveau Front Populaire alors même qu’il n’aurait probablement pas été élu député sans les voix du NFP ?
Mais Laurent Baumel ne s’arrête pas en si bon chemin. Il sort la sulfateuse et dézingue l’ancien président de la République à tour de bras : "Olivier Faure, qu’il appelle à remplacer aujourd’hui, est celui qui a affronté le champ de ruines qu’il nous a légué en renouant avec nos fondamentaux et en replaçant le PS au cœur de sa famille politique, la gauche…".
L’ambiance risque d’être tendue cet après-midi à l’Assemblée, quand François Hollande et Olivier Faure se croiseront…


