Errance animale : Derrière les effets d'annonce de la CASUD, la réalité associative

Les mots ont leur importance. Avec la fourrière, c’est une mort assurée qui attend les chiens et chats capturés si aucun propriétaire ne se manifeste. Ce vendredi, la CASUD nous confirmait qu'aucun des 25 chiens et chiots capturés n'était identifié. Un refuge tente, au contraire, de trouver une famille adoptante après une sélection terrible des chiens capturés par la fourrière. La plupart du temps, les bénévoles doivent faire un tri en fonction du "potentiel d'adoption de l'animal", autrement dit, sur les plus beaux et les plus sociables.
Le cas du Tampon parle à l’un de nos informateurs. Bien placé dans le monde associatif, il a assisté à la lente agonie des acteurs associatifs qui se sont succédé dans le local mitoyen à la fourrière de Bérive.
Plusieurs associations ont tenu le refuge de Bérive cette dernière décennie mais l’ampleur des dépenses à engager a fini par les décourager une à une. Après qu'une première association a jeté l'éponge, "la CASUD avait appelé Mme Sula (ancienne présidente de la SPA) en catastrophe pour lui dire : 'est-ce que vous pouvez reprendre le refuge ?' mais même avec une aide de la CASUD, l’association ne s’en sortait pas", s’en rappelle cet observateur.
Il dresse le constat d’un lieu très mal choisi pour inciter les familles à venir choisir l’animal qui entrera dans leur foyer. Le centre animalier (fourrière et refuge) de Bérive se trouve au bout d’un chemin de cannes peu visible et difficile d’accès pour le grand public. Le fait même de l’avoir implanté au Tampon est discutable, selon lui.
"Pas rentable"
"Le problème de la commune du Tampon, c’est que c’est un milieu agricole. Il y a des chiens partout. Qui va monter des bas pour aller prendre un chien au refuge du Tampon alors que personne du Tampon vient adopter des chiens au Tampon même parce qu’ils en ont partout... Et vous pensez que quelqu’un de Saint-Joseph, qui est également une commune rurale, va perdre son temps pour monter au Tampon chercher un toutou ? C’est un endroit perdu !", explique-t-il. Et les autres habitants de la CASUD, à savoir les Saint-Philippois et les Entre-Deuxiens se trouvent encore plus loin du refuge.
L'emplacement de Bérive au Tampon plomberait aussi les chances de pérennisation d'une association. Avec un discours comptable sans détours, notre interlocuteur indique qu’y tenir un refuge à cet endroit n’est "pas rentable". Si le but d’une association de la protection animale n’est pas de gagner de l’argent, il n'en demeure pas moins qu'elle doit équilibrer ses comptes. Le fragile équilibre à trouver entre les dépenses vétérinaires, l’identification, les trajets vers l’aéroport pour les sauvetages vers la métropole, est difficile voire impossible à atteindre avec le refuge de Bérive, selon lui. Une des associations qui en avait pris les rênes pendant 7 ans avait fini par accumuler 80.000 euros de déficit.
La CASUD a lancé un appel d’offres en 2022 pour que le local du refuge et ces box pour chiens et chats retrouvent preneur après le départ de l'association Les Petits Innocents en mai 2022. La dernière à avoir jeté l'éponge. "L’intercommunalité qui lance l’appel d’offres, elle ne se rend pas compte que derrière l’association qui va gérer le refuge, ce sont des personnes bénévoles. Elles n’ont pas beaucoup de fonds. Si on ne les aide pas financièrement, les associations vont mettre la clé sous la porte. Il y a des contraintes : il faut embaucher du personnel, il faut ouvrir 7 jours sur 7 parce que le dimanche ça sert à nettoyer énormément. C’est un travail de titan", souligne-t-il.
A côté du refuge vide de bénévoles, la fourrière s'est offerte un lifting l'an dernier. Les nouveaux locaux et box pour animaux avaient été inaugurés en présence d'un beau monde : le sous-préfet Lucien Giudicelli, le président de la CASUD André Thien Ah Koon et le président du Conseil départemental Cyrille Melchior.
4 mars 2022 : Vidéo - la fourrière de la Casud reprend du poil de la bête
A ce jour, selon nos informations, aucune association ne se serait positionnée sur l'appel à candidature pour gérer le refuge, ce qui veut dire que la seule issue possible pour les chiens capturés par la SEMRRE*, qui est prestataire de la CASUD, sera la fourrière et donc l’euthanasie quatre jours après capture.
Sollicitée vendredi, la CASUD devrait nous en dire plus dans les prochains jours sur le devenir du refuge désormais vide, sur le sort de ces 25 chiens et des éventuelles sorties d'animaux ayant un "potentiel" mais si c'est le cas, auprès de quelle association puisque la législation est là aussi compliquée nous confirme un acteur associatif. "Lorsqu’une fourrière capture des chiens, elle peut céder les chiens qu’à une association qui dispose d’un refuge… Qui là-haut dispose d’un refuge ? Il n'y en a pas !"
16 février 2023 : Errance animale : 25 chiens capturés en une seule journée par la CASUD


