Ericka Bareigts répond aux accusations du président des maires de Mayotte

Alors que le président de l’Association des maires de Mayotte accuse certains élus réunionnais de discrimination envers la communauté mahoraise, Ericka Bareigts réplique. L’ancienne ministre des Outre-Mer défend son action en faveur de Mayotte et plaide pour une solidarité nationale renforcée au lieu d’une mise en opposition des territoires ultramarins.
La maire de Saint-Denis, Ericka Bareigts, a réagi vigoureusement aux accusations du président de l'Association des maires de Mayotte, Madi Madi Souf. Début février, ce dernier avait accusé certains élus réunionnais de discrimination envers la communauté mahoraise. Dans son viseur notamment : Ericka Bareigts, dont il avait mis en cause l'action pour Mayotte en tant qu'ancienne ministre des Outre-mer. Dans une lettre ouverte adressée à Madi Madi Souf, l'édile dionysienne dénonce une attaque qui "met gravement en cause" son "attachement aux principes républicains" et rappelle son engagement en faveur du développement de Mayotte.
Ericka Bareigts souligne que son action ministérielle pour Mayotte "a été au cœur" de ses préoccupations. "C’est d’ailleurs le territoire sur lequel j’ai fait ma première visite officielle en tant que ministre des Outre-mer", rappelle-t-elle. Elle met en avant la loi Égalité réelle Outre-mer, "qui a permis d'aligner progressivement plusieurs prestations sociales à Mayotte", notamment le complément familial et l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé.
Elle cite également la mise en place des "Cadres d’avenir", un dispositif visant à accompagner les étudiants et professionnels mahorais en formation hors du territoire en contrepartie d'un engagement à revenir y travailler pendant cinq ans. D'autres mesures spécifiques, comme la gestion foncière portée par le sénateur Thani Mohamed Soilihi, "ont permis de débloquer du foncier pour la construction de logements ou d'écoles".
"Le problème des Mahorais n’est pas avec les Réunionnais"
Outre la loi Égalité réelle, Ericka Bareigts rappelle que plusieurs arbitrages budgétaires ont été obtenus sous son mandat pour Mayotte. Les lois de finances de 2016 et 2017 ont permis d’augmenter les dotations aux communes mahoraises et d'introduire des mesures fiscales avantageuses, comme l’abattement à la taxe d’habitation.
Elle met également en avant le financement de projets essentiels, notamment la construction du collège de Bouéni et d’une usine de dessalement, en réponse à la crise de l’eau. "Le département a aussi bénéficié d’une compensation de 51 millions d’euros pour la prise en charge de l’aide sociale à l’enfance", ajoute-t-elle.
"Tout ce travail s’est traduit par une augmentation de la programmation budgétaire entre 2016 et 2017 de 12,48% en autorisations d’engagement et 7,73% en crédits de paiement pour l’ensemble des dépenses budgétaires de l’Etat (auxquelles viennent donc s’ajouter les dépenses fiscales et celles de la Sécurité sociale) dont pour le seul ministère des Outre-Mer une augmentation de 93,4% des autorisations d’engagement et de 56,04% des crédits de paiement", poursuit Ericka Bareigts.
Pour la maire de Saint-Denis, la véritable question réside dans la solidarité nationale envers Mayotte et l’ensemble des Outre-mer. "Monsieur le Président, le problème des Mahorais n’est pas avec les Réunionnais en général ou avec la ministre que j’ai été. Il est paradoxal de vouloir rompre le cordon ombilical qui lie Mayotte et La Réunion tout en refusant aux Réunionnais le droit de dire qu’ils ne souhaitent pas être seuls à être solidaires avec Mayotte", affirme-t-elle.
Elle rappelle que La Réunion fait elle aussi face à de nombreuses difficultés. "En 2023, à Saint-Denis, le taux de chômage était quatre fois supérieur à la moyenne nationale, et le niveau de vie médian inférieur de 20% à celui de l’Hexagone."
Dans ce contexte, Ericka Bareigts appelle à une action collective pour mobiliser la solidarité nationale en faveur des Outre-mer. "C’est notre unité qui fera notre force", conclut-elle.


