Engins de plage : L'Etat joue avec la vie des gens
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L'arrêté préfectoral n° 1744 du 15 juillet 2008 interdit la circulation des engins de plage :
- sur la côte sud-est entre la pointe du Bois Blanc et la pointe de Grands Bois (art. 7),
- sur tout le littoral à partir d'une heure avant le coucher du soleil jusqu'à son lever (art. 5).
Tous les engins de plage sont concernés, notamment les planches de surf et de body-board, les embarcations gonflables, mais aussi les matelas et bouées gonflables, "frites" en mousse, planches de natation, etc….En gros tout ce qui flotte et qu'on utilise habituellement à la plage.
L'article 7 ne prévoit aucune exception de temps, de zone ou de lieu. Sont donc concernés le bassin et la baie de Manapany, mais aussi le bassin de Grand-Anse, la plage de Vincendo, ou tout autre plan d'eau accessible sur le littoral entre Bois Blanc et Grand Bois.
Aux conséquences directes sur la légalité des activités considérées (hors zone et horaires autorisés : contravention de 1ère classe), se greffe un problème beaucoup plus préoccupant à mon sens : l'assurance.
Toute activité d'engin de plage étant illégale dans les zones et horaires précités, aucune assurance ne voudra prendre en charge (indemniser) un accident dans ce cadre. Exemples :
un surfeur se paye un rocher ; il est accidenté : c'est pour sa pomme.
grave collision entre deux surfeurs ; atteinte de la colonne vertébrale pour l'un des deux, invalidité permanente, perte d'activité professionnelle, perte de ressources, etc…. la totale, quoi ! L'assurance ne "marchera" pas. Et le surfeur à l'origine de l'accident, responsable civilement à 100%, devra indemniser l'autre sa vie durant !!
Et je ne parle même pas du cas d'un décès éventuel…
Ceci vaut évidemment pour le Manapany Surf Festival.
D'ailleurs, dans l'hypothèse où un accident de surf serait survenu lors des deux dernières éditions (2008 et 2009), l'assurance qui a indemnisé les dégâts est en droit de se retourner vers les compétiteurs concernés pour exiger le remboursement des sommes indues.
Les autorités devraient donc logiquement se dépêcher de prendre un arrêté dérogatoire pour la 10ème édition du festival qui se tiendra dans quelques jours. Sauf à démontrer qu'en plus de leur incompétence, elles se fichent éperdument de l'avis de la population et de son attachement jamais démenti à cette grande fête du Sud Sauvage.
Mais ceci vaut aussi et surtout, de manière générale, pour le surf et les autres activités d'engins de plage dans le cadre défini par les articles 5 et 7. Exemples :
1) les surfeurs de Manapany - et leurs parents s'ils sont mineurs - sauront que désormais, aucune assurance ne les couvrira en cas d'accident, quand bien même ils seraient licenciés (la fédération française de surf ayant reçu agrément et délégation de pouvoir du ministre de la jeunesse et des sports, je la vois mal risquer cette reconnaissance – et les moyens financiers qui l'accompagnent - pour cautionner une pratique illégale du surf à Manapany-de-la-Réunion.…). Idem pour les surfeurs qui, partout à la Réunion, se mettent à l'eau avant le lever du soleil ou s'y trouvent encore moins d'une heure avant son coucher.
2) mais il y a encore plus absurde. Si, si, je vous assure !
Prenez un marmaille, mettez le à l'eau dans le bassin de Manapany avec son beau canard gonflable, ou n'importe quoi qui flotte et qui ait la gueule d'un engin de plage. S'il a un accident, vous êtes "marron". Utilisation d'engin de plage en zone prohibée : votre compte est bon, mon gaillard ! L'assurance ne couvrira pas. Et soyez déjà content si on ne vous le met pas en garde à vue, votre marmaille : c'est la mode en ce moment….
Quand bien même on le voudrait, avec l'étroitesse et la surfréquentation des sites de baignade et des spots de surf à la Réunion, il est impossible de respecter un tel arrrêté !
En tant que surfeur, en tant que père de famille, en tant que professionnel de santé, en tant que réunionnais, je dénonce avec vigueur une situation intolérable où l'administration met la mer en cage, interdit la baignade et les activités nautiques à tour de bras sous le prétexte fallacieux de protéger le public, traîne des surfeurs au tribunal pour avoir simplement pratiqué leur activité dans une mer un peu formée (j'en ai fait moi-même l'expérience en 2004) et, surtout, met la population en danger par la simple conjugaison de son incompétence, d'un principe de précaution largement dévoyé et d'un usage immodéré du Grand Parapluie Administratif !
Je lance donc un appel à tous les amoureux de la mer et du surf, depuis l'heureux possesseur du canard gonflable jusqu'au surfeur de compétition. On est en train de fermer l'accès à la mer partout à la Réunion. Réagissez avant qu'il ne soit trop tard ! Réclamez la seule solution qui tienne la route : l'abrogation de ces dispositions aberrantes et liberticides.
Dans une démocratie digne de ce nom, l'abus de pouvoir ne saurait tenir lieu de politique.
Didier DERAND
(Manapany les Bains)


