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En 2026, votre bac jaune aimera tous les plastiques

Dans deux ans, fini le casse-tête du tri du bac jaune. En 2026, La Réunion basculera dans l'ère de "l’extension des consignes de tri".

Ecrit par Ludovic Grondin – le mardi 02 avril 2024 à 06H22

Le film plastique du pack de bouteilles d’eau va-t-il dans le bac jaune ?* La question se décline pour des dizaines de produits du quotidien dont on ne sait quoi faire. Demain, ce questionnement deviendra obsolète. La Réunion doit entrer, au 1er janvier 2026, dans l’ère de « l’extension des consignes de tri ». Nous avons interrogé Philippe Moccand, directeur schéma industriel et Outre-Mer chez CITEO (ex-Eco-Emballages), l’éco-organisme qui regroupe les entreprises du secteur de la grande consommation et de la distribution.

Pourquoi l’entrée en vigueur de l’extension des consignes de tri se fait dans les DOM/TOM trois ans après l’Hexagone ?

Philippe Moccand : Je ne connais pas la raison exacte puisque c’est un acte réglementaire de l’Etat qui a fixé un décalage de trois ans. Ce que je peux dire, c’est que la collecte sélective dans les Outre-mer a été mise un peu plus tard dans les DOM-TOM et notamment à La Réunion en 2002 alors que dans l’Hexagone c’était le cas depuis 1992. Après, je pense qu’il y a aussi les infrastructures de tri dans les territoires ultra-marins qui sont plus récentes et des problématiques différentes donc je pense que l’Etat a accepté qu’il y ait un décalage de trois ans.

Philippe Moccand, directeur schéma industriel et Outre Mer chez CITEO

Que deviendront les matières plastiques collectées au moment de la bascule vers l’extension du tri dans un département comme celui de La Réunion ?

Actuellement, la plupart des matériaux que vous mettez dans votre bac jaune sont recyclés à l’export, soit dans l’Hexagone ou en Asie du Sud-Est ou en Inde pour La Réunion. Demain, on continuera à trouver des filières de recyclage car l’objectif c’est de recycler l’ensemble de ces matériaux-là. Tout l’enjeu, dans les trois ans à venir, c’est : comment on trouve les filières de recyclage pour tous ces nouveaux matériaux ou tous ces nouveaux emballages qu’on demandera à mettre dans le bac jaune.

Est-ce que ces nouvelles matières déposées dans le bac jaune seront recyclées ou serviront-elles de combustible envoyé dans l’incinérateur de la future unité de valorisation énergétique de Pierrefonds ? Si recyclables, ces matières le seront-elles localement ou expédiées ?

On travaille sur plusieurs aspects avec les deux syndicats de traitement des déchets que sont ILEVA et SYDNE. Bien évidemment, on tient compte des solutions de revalorisation énergétique qui sont en développement sur le territoire.

Déjà, tout ce qui se recycle bien comme la bouteille plastique, la bouteille de lait ou le flacon de lessive par exemple, ils ne sont pas destinés à de la valorisation énergétique. Bien sûr on continuera à les recycler puisqu’il y a une demande puisqu’on peut refaire une bouteille à l’infini si on arrive correctement à la recycler.

Après, il y a des types de matériaux qu’on peut appeler « plastiques complexes » comme les paquets de chips ou tout type de composant plastique d’emballage qui sont en multi-couches avec une propriété barrière importante. Ceux-là ils sont beaucoup plus compliqués à recycler. Après on a plusieurs choix : soit on développe une filière locale de revalorisation. C’est ce qu’on fait avec l’appel à projet qui sera relancé en fin d’année pour trouver des solutions adaptées au territoire. C’est une option que l’on encourage.

Soit on réexporte ces matières vers l’Hexagone pour les traiter ou soit – après discussions avec les services de l’Etat et les collectivités locales – on va vers une valorisation énergétique. Donc c’est possible que pour certains matériaux d’emballage, l’extension des consignes de tri soit réorientée demain vers les fameuses UVE pour éviter à La Réunion d’importer du charbon ou du fuel.

Les appels à projet vont être lancés, les débouchés ne sont donc pas garantis à ce jour. Y a-t-il un risque que les sites d’entreposage se retrouvent avec une quantité de matériaux qu’ils ne pourraient pas traiter ?

Il y a une solution qui existe déjà car on a déjà 100% du territoire hexagonal qui trie en extension des consignes de tri. On construit des centres spécifiques pour pouvoir traiter l’ensemble de ces nouveaux emballages. On en a déjà construit trois, un quatrième est en construction. Ce sont de grosses unités spécialisées dans la fragmentation plastique. Demain, au 1er janvier 2026 quand La Réunion va basculer en extension des consignes de tri, l’ensemble de ces nouveaux déchets ou de ces nouveaux emballages seront triés de toute manière. Qu’il y ait une filière ou pas à La Réunion, CITEO s’assurera de transporter, dans un premier temps si besoin, vers l’Hexagone pour qu’ils soient traités ou recyclés.

Quel(s) avantage(s) ou inconvénient(s) a apporté l’extension de la consigne de tri dans l’Hexagone depuis son entrée en vigueur au 1er janvier 2023 ?

Je pense que chacun connaît le tri sélectif mais quand on parle avec la plupart des gens, ils disent que le tri c’est compliqué. Il y a certaines choses qu’on peut mettre dans la poubelle jaune, d’autres pas. Il y a aussi de mauvais messages qui sont diffusés comme quoi on n’a pas le droit de mettre la boîte de pizza, la bouteille d’huile… On l’a fait à une époque où on ne pouvait pas recycler tous ces emballages. Les technologies ont évolué et maintenant, par simplicité, on dit à l’habitant de métropole que « tout ce qui est emballage, vous le mettez dans le bac jaune !». Donc le premier message à passer c’est que ça sera beaucoup plus simple. En simplifiant les consignes de tri, on va améliorer les performances. On s’aperçoit dans l’Hexagone qu’il y a une amélioration des performances. On capte plus d’emballages, les gens trient mieux !

De quel ordre le tonnage des plastiques recyclables PET (Polyéthylène Téréphtalate) et PEHD (Polyéthylène Haute Densité) a augmenté depuis le passage à l’extension en métropole ?

On a augmenté sur la performance rien qu’en acceptant désormais certains emballages qu’on n’appelait pas auparavant comme le pot de yaourt, la barquette ou le film plastique.

Alors ce n’est pas en termes de tonnes qu’on raisonne mais par habitant. En métropole, on est entre 3 et 4 kilos de plus qui sortent de la poubelle grise et qui vont désormais dans la poubelle jaune.

Aussi, le fait d’avoir simplifié le geste de tri, on s’aperçoit qu’il y a une progression dans la collecte de tous les matériaux, y compris du verre.

Vous parlez bien du verre que les gens déposent à la borne à verre ?

Tout à fait ! Ce qui est surprenant c’est que ce n’est pas dans la même poubelle et pourtant on s’aperçoit que la performance de l’apport en verre augmente également sur tout le territoire. On a une augmentation de l’ensemble des emballages.

J’imagine que l’amélioration est aussi visible pour la famille des plastiques non recyclables que sont la famille de plastique des PP (polypropylène) notamment ?

Oui, toutes les familles d’emballage plastique sont concernées. Dès que vous aurez un emballage plastique, vous ne vous poserez même plus la question si ça doit être dans la consigne de tri ou pas dans la consigne de tri, vous le mettrez dans le bac jaune.

L’extension s’est-elle accompagnée dans l’Hexagone d’une augmentation de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères pour les foyers ?

À ma connaissance non car cet enlèvement des ordures ménagères n’est pas lié au coût du service. Le calcul de la TEOM est basé sur le foncier bâti.

Il était possible il y a quelques années, à La Réunion, de mettre les films de pack d’eau dans la poubelle jaune puis la consigne inverse avait été donnée. Feront-ils leur retour ?

En 2026 ça sera de nouveau possible.

Qu’en est-il du plastique qui se présente sous forme semi-rigide, le plus souvent employé comme couvercle transparent notamment utilisé en crèmerie, boulangerie – pâtisserie ?

Effectivement, la boîte de crème fraîche avec son couvercle en plastique ou encore la boîte plastique contenant des pains au chocolat ou des croissants par exemple, vous pourrez la mettre dans votre poubelle jaune en 2026 à La Réunion.

Plus complexe, quel geste adopter dans le cas d’objets en plastique mais qui sont composés d’autres matières : que faire d’un stylo à bille par exemple ?

Déjà, le stylo ce n’est pas un emballage, c’est un produit. Si vous le mettez dans le bac jaune, il est fort probable que, vu sa taille dans un centre de tri, il parte en refus.

Il faut bien garder en tête le principe que l’objectif est de simplifier le geste. Notre but ce n’est pas de dire que ça, ça et ça vous ne pouvez pas le mettre dans le bac jaune parce qu’il y a plusieurs matières. Si le produit est, comme on dit dans notre jargon « multi-couches », vous le mettrez dans votre poubelle jaune. Ensuite, charge au centre de tri de faire la séparation et charge à la filière de recyclage de trouver les bons débouchés. Si pour ces multi-couches, on s’aperçoit que le meilleur débouché c’est la valorisation énergétique, on ira alors vers cette solution.

Je reviens sur un exemple très concret qui est notre fameux paquet de chips. Ce plastique a une couche de protection pour éviter que la chips devienne trop molle au bout d’un certain temps mais, par contre, ce multi-couches est assez difficile à recycler. Du coup, ça se valorisera énergiquement.

Ils se comptent en millions voire en milliards chaque année : que deviennent les pots de yaourt depuis l’extension des consignes de tri dans l’Hexagone ?

La majorité des pots de yaourt sont fabriqués en polystyrène. Première chose, il y a des industriels qui cherchent à changer ce matériau vers du PET qui se recycle très très bien. Les pots en polystyrène, on les récupère, on a un partenariat avec un recycleur et on travaille aussi avec un autre qui cherche à développer ce qu’on appelle du recyclage chimique. Ce n’est pas forcément du recyclage mécanique donc on broie le plastique, on l’extrude et on en fait de la granule pour refaire des pots de yaourt ou un autre produit. Donc dans l’Hexagone, tous les pots de yaourt qui sont dans le bac jaune sont recyclés.

Le procédé de recyclage des pots de yaourt est très récent. Vous parlez de ces deux entreprises qui sont situées l’une dans le Nord de la France et l’autre en Espagne ?

Tout à fait. On travaille avec ces deux entreprises, déjà pour leur garantir de la matière pour qu’elles puisent faire leur test et améliorer leur process. C’est vrai que la France est championne du monde de consommation de pots de yaourt, néanmoins un pot c’est tout léger, ça fait 2 grammes. Donc en termes de poids, ça ne représente pas grand chose sur l’ensemble des tonnages d’emballage.

Dans deux ans à La Réunion, on peut donc imaginer les pots de yaourt collectés de la poubelle jaune être compactés pour être acheminés par bateau vers ces deux usines ?

Oui, ça peut être une solution sauf si demain il y a un acteur qui est intéressé localement par cette matière. De cette manière, ce polystyrène restera sur le territoire réunionnais.

Dans le registre des produits recyclés en métropole mais toujours pas à l’île de La Réunion, il y a les briques de lait ou de jus de fruit « tetrapack ». Entreront-ils dans l’extension ?

Oui. Avec la consigne de tri, on les mettra dans le bac jaune mais il y aura une réflexion sur ces tetrapack : est-ce qu’ils iront vers la revalorisation énergétique ou est-ce qu’on en fera une filière de revalorisation locale… En tout cas ils ne sont pas exportables car le temps de stockage puis de transport en vue du recyclage fait qu’on ne peut plus les recycler.

Qu’est-ce qui pose problème ? La matière se détériore au fil des semaines ?

Oui, ça ne concerne pas que La Réunion, c’est valable pour tous les DOM. Le problème tient au temps de stockage puis de transport vers l’Hexagone qui est trop long. Concrètement, si vous mettez vos tetrapack dans votre bac jaune, après c’est collecté par un camion, ça va au centre de tri, c’est compressé pour être mis en balle dans un conteneur puis il faut à peu près 2 mois pour remplir un navire de tetrapack. A ces 2 mois de conditionnement vous devez ajouter 5 semaines minimum de mer pour être réacheminés vers l’Hexagone. On arrive donc à à peu près 3 mois à 3 mois et demi entre le moment où la brique est jetée dans votre poubelle jaune et le moment où votre tetrapack arrive sur l’unité de recyclage. Malheureusement dans ces emballages il reste souvent des résidus alimentaires et, avec la température, ce matériau se dégrade et ne devient plus recyclable.

Le polystyrène expansé, largement utilisé dans les cartons pour protéger des chocs lors du transport mais aussi véritable fléau pour l’environnement à cause de ses petites billes volatiles, fait-il partie des matières inclues dans l’extension des consignes de tri en métropole ? Le sera-t-il dans les DOM ? Pourquoi n’est-il pas remplacé par du carton renforcé ? Pourquoi ne pas obliger les industriels, à la source, à ne plus produire ce qui devient rapidement un déchet une fois le carton déballé ?

L’Etat et l’Europe légifèrent de façon de plus en plus drastique pour forcer les industriels à changer. Il y a une liste d’obligations réglementaires* françaises ou européennes que doivent suivre les industriels et les metteurs sur le marché. Ils doivent introduire de la matière recyclée dans leurs emballages. Je prends l’exemple des fabricants de bouteilles d’eau. Ils ont obligation d’ici 2025 de réincorporer 25% de plastique recyclé dans leurs bouteilles. Certains industriels font déjà plus. Il y a aussi une obligation de réduction à la source ou encore l’interdiction du plastique à usage unique. Je prends l’exemple des cotons tiges : désormais la tige ne peut plus être en plastique. Ensuite, qui dit emballage unique dit obligation de réemploi. Demain, tous les emballages ménagers ou industriels devront être réemployables. Je pense notamment aux fast-food avec leurs ustensiles à usage unique, ça aussi c’est fini en métropole, je ne sais pas si c’est le cas à La Réunion.

Concernant le polystyrène, il y a un projet de mesures européennes qui est en train d’être voté depuis début 2024. Cette réglementation dite « PPWR » va par exemple interdire ces fameuses petites chips de calage que vous trouvez quand vous achetez une télé, un micro-ondes etc… De mémoire, en 2026 les fabricants n’auront plus l’autorisation de les utiliser.

Encore aujourd’hui certains emballages plastiques ne mentionnent pas de quelle famille de plastique ils sont. On ne sait donc pas s’ils sont recyclables. On les voit notamment sur les plastiques de produits achetés en ligne, pourquoi ?

Si le produit est mis en marché en Europe, l’industriel a l’obligation d’un marquage. Par contre, pour les achats par Internet et si le produit provient de Chine par exemple, on peut avoir des produits qui ne sont pas marqués.

 

*la réponse est non : le film plastique des packs d’eau, collecté dans le bac jaune au début du tri sélectif à La Réunion, est refusé depuis quelques années. Il sera de nouveau accepté en 2026

Thèmes : Déchets
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