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Du tabac au détriment des denrées alimentaires

Cette année, le thème de la Journée mondiale sans tabac est “Cultivons des aliments, pas du tabac”, une phrase qui devrait faire écho à La Réunion où la place des cultures vivrières au profit d’autres cultures est souvent discutée.
Ecrit par Sophie Fontaine – le mercredi 31 mai 2023 à 08H43

Véritable fléau écologique, l’industrie du tabac est responsable chaque année de la destruction de 600 millions d’arbres, 200 000 hectares de terres, de la perte de 22 milliards de tonnes d’eau et de l’émission de 84 millions de tonnes de CO2 selon l’Organisation mondiale de la santé.  

Originaire d'Amérique centrale, le tabac, de son nom savant Nicotiana tabacum, est aujourd’hui encore cultivé dans plus de 124 pays. Il s’agit de territoires majoritairement à revenus faibles ou intermédiaires où il existe un besoin vital en eau.

Cette plante, riche en nicotine et qui sert à la préparation des cigarettes, occupe des terres qui  pourraient être nourricières pour des millions de personnes grâce, en partie, à des subventions accordées par les gouvernements à cette culture du tabac.

La campagne 2023 de la Journée mondiale sans tabac met donc en avant cette problématique pour pousser les pays à abandonner cette pratique et utiliser les fonds pour aider les agriculteurs à passer à des cultures plus durables et à se tourner vers plus de sécurité alimentaire. L’objectif est aussi de dénoncer les efforts déployés par l’industrie pour entraver la recherche de moyens de subsistance durables.

Bien avant la canne à sucre, la tabaculture à La Réunion

Sur l’île, comme partout en France, il n’existe plus aucune culture de tabac, mais une production bien locale a longtemps existé pour disparaître il n’y a pas si longtemps.

Le tabac compte parmi les premières cultures introduites et cultivées sur l'île. “Bien avant la canne à sucre, on a cultivé du tabac à Bourbon, au débarquement des premiers habitants envoyés de Madagascar à La Réunion pour tenter la culture du tabac ici”, indique David Mété, chef du service addictologie au CHU Réunion.

L’île avait chaque année une production assez conséquente répartie un peu partout sur l’île, notamment à Saint-Louis ou à Cilaos ce qui permettait aux agriculteurs d’avoir des revenus complémentaires “On se souvient que le tabac était présent jusqu’en 1994 à La Réunion” en tant que culture secondaire, explique David Mété.

Ce n’est que tout récemment que cette filière tabac a totalement disparu en France, avec la fermeture définitive de la dernière usine de transformation du tabac en octobre 2019 en Dordogne.

Le tabagisme, lui, reste bien ancré à La Réunion comme dans l’hexagone malgré les efforts et la multiplication de campagnes de prévention. 

A l’occasion de cette Journée mondiale sans tabac, le CHU Nord organise une action de sensibilisation et de prévention ouverte au public et aux professionnels de santé de 9h30 à 15h30 dans le hall d’accueil de l’hôpital.

“Le tabac est la première cause de mortalité évitable dans nos pays modernes en France, à La Réunion, c’est pourquoi il faut continuer à intensifier les moyens de lutte à tous les niveaux : prise en charge, fiscalité, lutte contre les multinationales du tabac”, rappelle le chef du service addictologie.

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