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Du rhum aux bulles : La Réunion mise sur son CO₂ “vert”

Ecrit par Philippe Madubost – le mercredi 1 octobre 2025 à 07H47
La convention tripartite avec l'Etat et la Cirest a été signée ce vendredi à la distillerie de Saint-Benoît.

La Distillerie Rivière du Mât s’apprête à lancer un projet inédit de valorisation du dioxyde de carbone issu de la fermentation du rhum à vocation agro-alimentaire. Une convention de soutien financier a été signée ce jeudi entre l’État, la Cirest et les partenaires industriels.

« Piéger, stocker, purifier », résume en quelque sorte le directeur de la distillerie Rivière du Mât, Teddy Boyer.

« Ce matin, nous accueillons l’État et la Cirest pour la signature d’une convention pour acter un soutien financier à un projet vertueux qui est la production de gaz carbonique renouvelable sur le territoire réunionnais, du CO2 qui sera mis à disposition de l'ensemble du territoire et permettra à la Réunion d’être autosuffisant et même au-delà pour développer de nouvelles filières », souligne le directeur de la distillerie.

Du Co2 produit grâce au rejet naturel de gaz : « Dans le process de production de rhum on a une étape qui s’appelle la fermentation d’où s’échappe du gaz carbonique qui part aux petits oiseaux, le but c’est de le piéger, de le stocker, de le purifier, et pouvoir ensuite le mettre à disposition d’agroindustriels pour les boissons gazeuses, les sodas, par exemple », détaille le spécialiste.


Une ressource clé pour l’agroalimentaire

Le dioxyde de carbone de qualité alimentaire est un gaz indispensable dans l’agroalimentaire. Son usage le plus connu concerne la gazéification des boissons — eaux gazeuses, sodas, bières — où il apporte bulles, goût et meilleure conservation. Mais il est aussi utilisé pour la conservation des aliments sous atmosphère protectrice, afin de limiter l’oxydation et ralentir le développement bactérien, ainsi que pour la surgélation et le transport grâce à la glace carbonique.

« Notre Co2 sera de qualité alimentaire pour le moment et pourquoi pas demain de qualité sanitaire en collaboration avec notre partenaire stratégique et distributeur historique sur l’île qu’est Air Liquide », ajoute Teddy Boyer.

Alors que l’île doit importer une partie de son CO2 à but agroalimentaire et en produit une partie, mais à partir de fuel, la production bénédictine permettra à termes à La Réunion d’être indépendante à partir d’une matière première renouvelable, la canne.


Un investissement structurant

Ou en est le projet ? « Nous sommes bien avancés au niveau de la phase d’études techniques, ne manque plus qu'à valider le plan financier pour appuyer sur le bouton. Toutes les démarches administratives et techniques ont été menées depuis plus de trois ans de mise au point », précise le directeur de la distillerie.

L'objectif, c’est d’être prêt pour 2027”, précise le patron d’Air liquide Réunion,  Arnaud Marseille. 

L’investissement, de plus de 6 millions d’euros, doit permettre de produire plus de 2 000 tonnes de gaz carbonique par an, alors que la consommation locale est estimée à environ 1 500 tonnes. Mais ce gaz sera t-il aussi compétitif au niveau des prix ? "Oui, grâce au soutien de l’État et avec notre partenaire industriel Air Liquide Réunion sans qui ce projet ne verrait pas le jour », insiste Teddy Boyer.

Environ 50 % du financement est apporté par les pouvoirs publics, « pour que ce soit viable économiquement ».


Un projet soutenu par l’État, la Région et la Cirest

« L’objectif c’est de soutenir le dynamisme économique tout en accélérant la transition énergétique », déclare Fabrice Bonicel, le sous-préfet de Saint-Benoît. L’État a validé une aide de plus de 600 000 euros via le fonds vert, représentant la plus grosse enveloppe attribuée à La Réunion dans le but de créer une filière péi de CO₂ réutilisable. L'Europe et la Région doivent compléter l'enveloppe de soutien public.

Pour la Cirest, « le projet de valorisation du gaz carbonique biogénique à usage alimentaire prolonge la trajectoire exemplaire de la distillerie, tout en renforçant l’économie circulaire et l’autonomie du territoire ».


Pallier le manque de mélasse

La distillerie voit dans cette valorisation d’un coproduit un moyen de conforter son activité face à la baisse constante des volumes de mélasse, ce qui réduit la production de rhum. « Il faudrait une production à minima de 1 500 000 tonnes de cannes pour couvrir les besoins en production de rhum", rappelle le producteur. La filière devrait péniblement atteindre le million de tonnes cette année.

Fondée en 1886, la Distillerie Rivière du Mât se présente comme la plus grande distillerie "écoresponsable" de l’île. « Nous avons investi près de 50 millions d’euros pour moderniser nos installations et réduire notre impact environnemental. Dès 2011, nous avons été pionnier avec un procédé unique à La Réunion : la méthanisation. Elle nous permet de transformer la vinasse en chaleur, en électricité et en fertilisant naturel. Nous produisons plus d’énergie que nous n’en consommons. Aujourd’hui, nous voulons franchir une nouvelle étape avec la valorisation du gaz carbonique », conclut son directeur.

Etiquettes : Cirest | Industrie | Rhum | Saint-Benoît

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