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Du Bénin à Genève, l’ONG Kartyé Lib veut porter la mémoire de l’esclavage et de l’engagisme

Ecrit par P.B. – le dimanche 14 décembre 2025 à 18H13

À travers le monde, Kartyé Lib Mémoire et Patrimoine de l’Océan Indien (MPOI) multiplie les interventions pour sortir de l’ombre l’histoire des traites, de l’esclavage et de l’engagisme dans l’océan Indien.

Du Bénin à Genève, en passant par l’île Maurice ou Rome, l’association Kartyé Lib MPOI multiplie les interventions dans des colloques et congrès à travers le monde pour mettre en lumière l’histoire de l’esclavage et de l’engagisme à La Réunion et dans l'océan Indien.

Lire aussi : L'association Kartyé Lib interpelle François Bayrou sur le devenir de la prison Juliette-Dodu

Depuis le décès de l’historien Sudel Fuma, il a fallu poursuivre le travail considérable qu’il avait initié. C’est la mission que s’est donnée l’ONG Kartyé Lib MPOI. En novembre dernier, Marie-Lyne Champigneul s’est rendue à la 37e session du Groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine, organisée au siège des Nations Unies à Genève.

Sur le thème « Traversées et voyages : les personnes d'ascendance africaine dans les migrations mondiales et l'architecture durable de la racialisation », elle a tenu à placer les projecteurs sur l’histoire des traites, de l’esclavage et de l’engagisme dans l’océan Indien, en particulier à La Réunion. Une histoire “occultée” par l’Europe, confinée dans son “angle mort”, qui continue aujourd’hui encore d’avoir des répercussions.

“Départ, transit, interception et retour. Les personnes d’ascendance africaine en situation de déplacement sont confrontées à des formes de discrimination raciale souvent violentes et systémiques. Ces réalités ne sont pas le fruit du hasard ; elles sont le produit de structures mondiales de discrimination, d’héritages coloniaux et d’un capitalisme racial qui rendent certains corps plus vulnérables, surveillés et « jetables »”, écrit sur ses réseaux Marie-Lyne Champigneul au retour de sa session de travail.

La bataille pour la prison Juliette Dodu

En portant la réhabilitation de la prison Juliette Dodu en lieu de mémoire, l’ONG entend “transformer un lieu d'oppression en un espace dédié à la connaissance, au dialogue et à l'union des peuples”. Ce combat, pourtant appuyé par l’inscription du site à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques, se heurte au silence des pouvoirs publics, alors que le bâtiment appartient à l’État.

Un projet qui n’avance toujours pas “même si nous, nous continuons à en parler”, déplore Marie-Lyne Champigneul. Au niveau local comme national, c’est le silence radio concernant la poursuite du projet. “L'international est davantage intéressé par notre problématique”, souligne-t-elle toutefois.

Avant Genève, la présidente de l’ONG a participé au 9e congrès mondial de métaphysique de l’Université pontificale européenne, à Rome, mais aussi à des rencontres à l’île Maurice. “Notre histoire n'est pas connue parce que nous sommes noyés dans l'Europe.”

Pour elle, l’enjeu est universel : “On a le devoir de transmettre tout comme notre jeunesse a le devoir de s'impliquer. Connaître son histoire, c'est important parce qu’avec la connaissance de l'histoire, on se construit et on se donne une perspective d'avenir aussi.”

Les peuples issus de l’esclavage et de l’engagisme doivent également pouvoir comprendre les traces laissées par cette histoire, qui perdure sous forme de cicatrices. Selon Marie-Lyne Champigneul, la violence, les addictions ou certaines maladies trouvent aussi racine dans ce qui est inscrit dans les consciences collectives.

Vers le 8ᵉ colloque international en 2026

Elle a ainsi soumis, avec le secrétaire général du CREFOM (Conseil représentatif des Français originaires d’Outre-mer), une proposition sur “Les médias et les afrodescendants de l'océan Indien”. Elle y observe que, même si “des changements émergent”, les communautés noires et métissées “sont rarement invitées en tant qu'experts sur des sujets comme l’économie ou la science, et leurs réussites quotidiennes ou entrepreneuriales sont peu médiatisées”.

En avril prochain, la présidente de Kartyé Lib se rendra de nouveau à Genève, au Forum des afrodescendants, au siège des Nations Unies, pour évoquer le sujet des Afromalgaches, une “spécificité de l'histoire de La Réunion”. Le 23 août 2022, l'ONG s'était rendue au Bénin à la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (JISTNA).

L’ONG Kartyé Lib MPOI développe également ce travail de mémoire à travers l’organisation, du 10 au 13 juin 2026, en collaboration avec l’Université de La Réunion, du 8e colloque international sur “Les routes de l’esclavage et de l’engagisme”.

Ce travail, initié par l’historien Sudel Fuma, directeur de la chaire UNESCO « Relations et apprentissages interculturels dans l’océan Indien », se matérialise aussi par l’érection de stèles de la mémoire dans les pays de l’océan Indien ayant connu l’esclavage et l’engagisme : Madagascar, La Réunion, Maurice, Mayotte, la Chine, le Mozambique et le sud de l’Inde.

Etiquettes : Engagisme | Esclavage

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