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De la pub et une consommation très importante d'alcools forts et de spiritueux à La Réunion

Priorité régionale de santé depuis 1995, la consommation excessive d’alcool sur le territoire reste une problématique majeure. Les pistes envisagées pour endiguer le phénomène, comme la suppression de la publicité pour des produits fortement alcoolisés, peinent à aboutir.
Ecrit par Sophie Fontaine – le mardi 23 juillet 2024 à 06H14

L'État et les professionnels de la filière alcool viennent de dégainer une nouvelle charte d'engagement qui marque, entre autres, la fin des bières fraîches dans les supermarchés et la fin de la promotion géante pour les produits alcoolisés durant la période de la fête des pères et une semaine avant la fête des mères.

Ces mesures visent à lutter contre les consommations à risque d'alcool, c'est-à-dire, toute consommation supérieure à deux verres d'alcool par jour.

Un jour à marquer d’une pierre blanche” pour le préfet, une goutte d’eau dans l’océan pour certains de ceux qui luttent au quotidien contre les conséquences de l’alcoolisme à La Réunion. La consommation d’alcool est à l'origine d'une importante problématique de santé publique à La Réunion, à tel point que cette problématique est reconnue priorité régionale de santé depuis 1995. En 29 ans, la situation a évolué en matière d’habitudes de consommation. Malgré une augmentation des volumes de vente, on constate une baisse de la prévalence de consommation quotidienne entre 2015 et 2021 à La Réunion, mais il y a une consommation très importante d'alcools forts et de spiritueux.

 

 

De la pub autorisée pour des produits aux conséquences désastreuses

 

D’après les derniers chiffres de l’Observatoire Régional de Santé (ORS), à La Réunion, ce sont 10% des consommateurs qui consomment 69% de l’alcool consommé sur le territoire. En d’autres termes, une partie des buveurs sont de très très gros consommateurs, des habitudes qui ne sont pas sans conséquences. L’alcool est à l'origine de 11% des décès à La Réunion.

C’est un problème pour la sécurité routière, les violences intrafamiliales. C’est un problème pour la santé, avec malheureusement des décès précoces, une prévalence du syndrome d’alcoolisation fœtale”, listait Jérôme Filippini lors de la signature de la charte début avril.

On observe une très nette surmortalité régionale, principalement masculine, qui place La Réunion au premier rang en la matière. Notre territoire a également le plus haut taux régional de passage aux urgences en lien direct avec l'alcool en France (chiffres 2017).

La consommation d’alcool au volant est aussi la première cause d’accidents routiers sur l’île, devant les excès de vitesse et les fautes d'inattention, sans compter son implication dans près de 80 % des faits de violences intrafamiliales et les conséquences irréparables sur les nouveau-nés, quand on sait qu’à La Réunion, 11% des femmes ont consommé de l'alcool pendant leur grossesse.

Des produits du terroir mis en avant

Un tiers des consommateurs d’alcool à La Réunion déclarent souhaiter réduire leur consommation. “Pour certaines personnes qui sont victimes d'addiction, le fait de leur présenter ces images [pub pour boissons alcoolisées NDLR] , peut leur donner une tendance à consommer encore plus d’alcool et à se mettre en risque”, expliquait le préfet de La Réunion.

Malgré les impacts connus d’une consommation excessive, les publicitaires ont trouvé la parade pour promouvoir les spiritueux : associer leurs produits à ceux de la culture péi et des traditions réunionnaises.

Les publicités incitant à la consommation d’alcool sont en effet encadrées par la loi Evin, mais pas interdites, d’où les bouteilles qui trônent souvent sur les panneaux en 4x3 dans tous les coins de l’île. Cette nouvelle charte, signée par le préfet et les alcooliers et qui a fait l’objet de nombreuses négociations, vient, entre autres, interrompre ce type de promotion durant deux semaines dans une années qui en compte 52, sur un territoire où, selon les derniers chiffres de Santé Publique France, le taux de mortalité des principales pathologies en lien direct avec l’alcool est de 40% supérieur à celui de l'Hexagone chez les hommes (68,3/100 000 contre 49,2/100 000 dans l’Hexagone en 2017).

Dans le cadre de la charte pour lutter contre les consommations à risque d'alcool, la prochaine mesure recommandée par l'ARS est la fin de la bouteille d’alcool érigée en produit d’appel. "A La Réunion, le premier pas serait de faire en sorte que l'alcool ne soit plus un produit d'appel pour les grandes surfaces, dans les prospectus publicitaires ou à l'entrée des grandes surfaces", indique le directeur de l'ARS.

La publicité illicite épinglée par la DEETS

Suite à des contrôles menés sur les publicités pour boissons alcoolisées, un certain nombre de délits ont été relevés par le pôle concurrence de la DEETS en 2023. Au total, 6 dossiers ont fait l’objet d’audiences spécialisées auprès des tribunaux judiciaires et les sociétés ont été condamnées à 86.000 euros d’amendes.

Dans le détail, le GIE Rhums Réunion a été condamné à 15.000 euros d’amendes pour un non-respect de la taille des panneaux publicitaires sur les lieux de vente, la SA Brasserie de Bourbon à une amende de 10.000 € pour un message incitatif à la consommation et taille excessive des panneaux publicitaires, la Société Affichage CLG à une amende de 11.000€ suite à 11 affiches dans un périmètre inférieur à 200 m autour d’un établissement protégé, la Société SAG à une amende de 10.000€ dont 5.000€ avec sursis suite à 11 affiches dans un périmètre inférieur à 200 m autour d’un établissement protégé, le GIE Mercurest à 25.000€ d’amendes dont 10.000€ avec sursis pour des publicités illicites sur les réseaux sociaux et la SA Covino à une amende de 15.000€ dont 7.000€ avec sursis pour publicité illicite pour une boisson alcoolique.

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