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Cyclone Chido : le rapport qui imaginait le pire dès 2018

Ecrit par J.D – le samedi 21 décembre 2024 à 06H13
Vue aérienne des destructions causées par le cyclone Chido à Mayotte

Le passage du cyclone Chido sur Mayotte expose malheureusement et cruellement les lacunes en matière de prévention et de gestion des risques opérées par les gouvernements successifs. Pourtant, un rapport sénatorial de la commission Outre-mer, publié en 2018 et réalisé juste après le passage de l’ouragan Irma qui avait dévasté une partie des Antilles, avait tout anticipé. Mais l’île est restée désarmée face à ces aléas...


Lorsque le cyclone Chido a frappé Mayotte, l’île a été plongée dans un chaos, que l'on oserait dire, prévisible. Les vents violents et les pluies torrentielles ont causé des inondations, détruit des habitations précaires et laissé des milliers de Mahorais sans abri, ni ressources. Depuis ce week-end, les remontées du terrain ne font que constater cette réalité. L'eau, l'électricité et la nourriture font défaut. Mais cette catastrophe naturelle n’est pas seulement le fruit de la colère du ciel, elle illustre aussi l’échec d’une politique de prévention et de préparation.

Pourtant, un rapport sénatorial réalisé par la commission Outre-mer et publié en 2018 tirait déjà la sonnette d’alarme après le passage de l’ouragan Irma aux Antilles. Il s'agissait d'une étude menée sur deux ans et tendant à évaluer la situation des territoires ultramarins face aux risques naturels majeurs. Surtout, il s'agit d'un rapport centré sur les problématiques de la prévention, de l'alerte et de la gestion de l'urgence pendant la crise et dans l'immédiat après-crise. Sept ans plus tard, les leçons n'ont visiblement pas toutes été retenues par les gouvernements successifs, Mayotte reste toujours aussi vulnérable qu’avant.

Mayotte, un cas d’école de vulnérabilité

Le rapport de 2018 avait identifié Mayotte comme un territoire particulièrement exposé au risque cyclonique en raison de sa position géographique. Bien que l’île n’ait pas connu de cyclone majeur récemment, les sénateurs, auditionnés à l'époque, avaient souligné que son isolement et la précarité de son habitat en faisaient un cas d’école de vulnérabilité. « Les bangas, ces bidonvilles à flanc de collines, constituent une bombe à retardement face aux cyclones. En cas d’épisode cyclonique majeur, les morts pourraient se compter par milliers », alertait déjà Thani Mohamed Soilihi, sénateur de Mayotte et aujourd'hui secrétaire d'Etat démissionnaire chargé de la Francophonie et des Partenariats internationaux. Des mots qui font écho à ceux du préfet de Mayotte après le passage de Chido

Lire aussi : Cyclone Chido : le préfet de Mayotte redoute des centaines voire des milliers de morts

"Nous ne sommes pas prêts"

Ce à quoi avait répondu l'ancienne ministre des Outre-mer, Annick Girardin : « Le sénateur Thani Mohamed Soilihi a raison : les conditions d’urbanisation à Mayotte, les conditions de bâti, avec la question de l’immigration, sont cruciales. Nous rentrons malheureusement dans la période cyclonique dans l’océan Indien et nous espérons comme lui, car nous ne sommes pas prêts, qu’il n’arrivera rien. » Terrible aveu aujourd'hui.

Malgré ces avertissements, aucune action d’envergure n’a été entreprise. Les images des bidonvilles de Kawéni ou de Koungou en témoignent. Ils ont été rayés de la carte Sur les 20.000 habitants estimés de ce quartier en périphérie de Mamoudzou, seuls 5.000 auraient rejoint des abris avant le passage du cyclone Chido qui a balayé les habitats informels.

Dominique Sorain, ancien préfet de La Réunion et de Mayotte, rappelait encore : « Wallis-et-Futuna et Mayotte sont à l’heure actuelle les deux seuls territoires ultramarins à ne pas être équipés de radars. Or, un tel équipement nous permettrait de gagner un temps précieux sur l’alerte et de mettre ainsi davantage de personnes en sécurité. » Une prémonition doublée d'un calendrier cruel. Le Département de Mayotte avait expliqué à la fin du mois d'octobre qu'une réunion stratégique s'était tenue concernant l’installation d’un radar météo à La Vigie. Une installation prévue seulement en 2027.

Des moyens humains et logistiques insuffisants

Dominique Sorain insistait déjà sur l’absence de moyens de transport d’urgence suffisants : « Il n’existe pas d’autre hélicoptère, y compris civil, sur l’île, ce qui nous rend particulièrement vulnérables en cas de risque naturel majeur. » Sur ce point, la situation a légèrement évolué puisque des compagnies privées se sont implantées à Mayotte. Un deuxième appareil a été affecté pour la gendarmerie, il était même question d'en déployer un troisième.

Avant d'ajouter : « J’aimerais insister sur la situation exceptionnelle de Mayotte qui nécessite que l’on y déploie une politique de sécurité civile particulière. La départementalisation récente de l’archipel n’a en effet pas permis de combler les retards accumulés depuis si longtemps en dépit de l’engagement sans faille de tous les acteurs concernés. ». Autre problème, la question de la coopération régionale pour faire venir des aides extérieures: « Mayotte se situe dans une zone géographique où les moyens de sécurité civile sont très limités. Les autorités malgaches, comoriennes et mozambicaines ne disposent d’aucune capacité d’aide ni de projection. »

Une des recommandations du rapport expliquait : "La gestion de crise est cependant, elle aussi, question de moyens. Nous avons été particulièrement attentifs aux moyens de la sécurité civile outre-mer, ceux-ci étant particulièrement préoccupants à Mayotte et dans les
îles Wallis et Futuna, et ce tant au niveau des effectifs de sapeurs-pompiers que des moyens matériels - camions, hélicoptères… Il est nécessaire d’engager un plan de rattrapage « sécurité civile outre-mer », particulièrement dans ces territoires."

Le passage de Chido a également révélé la fragilité des réseaux vitaux. Les coupures d’électricité et d’eau potable se sont multipliées, et les routes coupées ont ralenti l’acheminement des secours. A l'époque, Yassine Boinali, correspondant de la Croix-Rouge à Mayotte, déplorait : « À Mayotte, nous disposons d’un hangar pour stocker du matériel d’urgence, mais ce dispositif permet seulement de prendre en charge 2.000 à 5.000 personnes, ce qui reste dérisoire par rapport à la démographie du territoire. »

Les failles étaient connues

Le rapport de 2018 appelait également à sensibiliser les populations. Si le cyclone Chido est aujourd'hui une tragédie, il doit aussi être un tournant. « La sensibilisation des populations est quasi inexistante. Mayotte doit développer une véritable culture du risque pour éviter des drames humains », martelait Annick Girardin.

Encore en 2023, dans une étude publiée dans EchoGéo, Mathilde Rullier et Gilles Hubert expliquaient que « la mémoire du risque à Mayotte est un atout à mobiliser avec précaution », mais précisaient qu’elle est fragilisée par « la mobilité des populations et les évolutions récentes ». L’urbanisation croissante et l’arrivée de nouveaux habitants, souvent moins sensibilisés aux spécificités des aléas naturels locaux, contribuent, selon eux, à diluer cette mémoire collective. À cela s’ajoute une dimension générationnelle : les événements marquants du passé s’effacent progressivement des souvenirs, notamment chez les plus jeunes.

Dès 2018, toutes les failles étaient connues, les solutions existantes. Ce qu’il a manqué ? Une volonté politique ferme et des actions concrètes pour enfin mettre en œuvre ces recommandations.

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