Coup de rabot sur la Lodeom : une réelle « menace » sur l'emploi, alerte le patronat

« Il y a une réelle menace sur l'emploi », lâche Hervé Mariton, président de la Fedom, en évoquant les risques qui pèsent sur le dispositif d'exonérations de charges sociales, la Lodeom. La Fedom a lancé une grande évaluation du dispositif et de ses conséquences via une étude confiée au cabinet Mazars.
Plusieurs simulations ont été présentées. Un coup de rabot de la Lodeom à 20 % et un autre à 30 %. Les premiers résultats montrent l'ampleur du problème si une coupe franche sur la Lodeom venait à se concrétiser. « Avec un rabot de 20 %, on constate mécaniquement une perte d'emplois de l'ordre de 3 % », précise Hervé Mariton. Une perte moyenne calculée sur l'ensemble des départements d'outre-mer. En revanche, si la réduction atteignait 30 %, 27 % des entreprises se retrouveraient en « danger », selon le président de la Fedom. Une situation aggravée par la conjoncture économique actuelle défavorable, puisque, pour la première fois depuis la crise sanitaire, aucune création d'emplois dans le secteur privé n'a été enregistrée à La Réunion au cours du deuxième trimestre. « Les projections sont mauvaises. Je ne voulais pas être un oiseau de mauvais augure quand j’ai dit que 2024 serait l’année de tous les dangers », rappelle Pierrick Robert, président de la CCIR.
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« C’est un enterrement de première classe »
Pour Didier Fauchard, président du Medef Réunion, les entreprises réunionnaises se retrouveraient « mécaniquement » en zone rouge, c'est-à-dire qu'elles enregistreraient des pertes importantes, les obligeant à procéder à des licenciements, entraînant in fine une hausse du chômage sur le territoire. Pire encore, elles pourraient passer par la case de la procédure collective devant le tribunal de commerce. « C’est un enterrement de première classe (…) La seule solution serait d'augmenter les prix de nos services ou de nos biens. La répercussion serait automatique sur les consommateurs, sans pour autant résoudre la problématique de la vie chère », poursuit-il. Une problématique déjà bien présente à La Réunion, mais encore plus accentuée dans des territoires comme la Martinique ou la Nouvelle-Calédonie, confrontés à un climat social brûlant.

Une réunion déjeuner autour de l'avenir de la Lodeom a eu lieu à la CCIR
Une situation incompréhensible pour le patronat. « Est-ce que le système actuel est efficace ? Un rapport de l'inspection générale des finances et des affaires sociales doit être publié à la fin du mois d'octobre », rappelle Hervé Mariton. Les organisations patronales ne comprennent pas pourquoi le gouvernement s'empresse d'agir sans attendre la publication de ce rapport pour évaluer l'efficacité du dispositif actuel. « Nous ne voulons pas revivre l’épisode de la défiscalisation l'année dernière. Nous avions dû batailler pour faire passer des amendements correctifs mal ficelés afin d’éviter des dégâts. » L’État s’appuie sur le rapport sur la « désmicardisation » des économistes Antoine Bozio et Étienne Wasmer, qui recommandent de « casser la dynamique consistant à sans cesse renforcer les exonérations sur les bas salaires ».
Outre-mer variable d'ajustement budgétaire ?
Cette précipitation, doublée d'un calendrier serré pour les discussions autour du projet de loi de finances (PLF) et du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2025, fait craindre le pire. D'autant que 5 milliards d’euros d’économies, prévus dans le cadre du budget présenté par Michel Barnier, ne sont toujours pas fléchés. Le patronat craint donc que les outre-mer servent de variable d'ajustement.
« Faut-il arrêter ou amputer ce dispositif ? La réponse est non. Il ne faut pas oublier que l’emploi en outre-mer reste défavorable par rapport à l'Hexagone, d’où la mise en place de ce dispositif spécifique », souligne Hervé Mariton. « L’État nous dit qu’il est conscient du problème et assume les conséquences. Il préfère nous renvoyer à des discussions autour d'ordonnances en 2025. C’est une approche curieuse, car, en attendant, il va y avoir des dégâts. »
Pour la FRBTP, cette mesure est jugée « navrante ». « Dans notre secteur, nous avons travaillé ensemble pour relancer la commande publique. Tout ce que nous avons fait risque d'être anéanti », déclare Philippe Lebon, son secrétaire général, en rappelant que l'emploi salarié dans le secteur a encore chuté de 10 %. "On dit toujours que lorsque le BTP va, tout va. Là, ce n'est plus le cas"
Que faire ? Pour l’instant, les discussions avec le gouvernement se poursuivent. Didier Fauchard plaide pour alerter les parlementaires ultramarins afin qu'ils fassent remonter les doléances et contribuent à l’élaboration d’amendements rectificatifs. Une motion commune, proposée par Pierrick Robert, président de la CCIR, a été signée par l’ensemble des organisations patronales et doit être adressée au Premier ministre.


