Comment scier la branche sur laquelle on est assis

Les 4 et octobre dernier s’est tenue sur la place de la Concorde la 16ème édition du « Salon de l’emploi de Paris ». Il s’agit en fait d’une espèce de job dating géant mettant en contact plus de 50 .000 demandeurs d’emploi et 2.000 recruteurs proposant pas moins de 10.000 offres d’emploi.
Une nouveauté cette année, la présence d’un espace outre-mer composé d’une quinzaine de recruteurs domiens, entreprises et administrations, dont une partie réunionnaises, à la recherche de cadres et d’employés souhaitant venir travailler dans notre île.
Alors que notre ile compte plus de 180.000 chômeurs, de plus en plus diplômés, cette manifestation soutenue par la FEDOM, la fédération des entreprises d’outre-mer, peut apparaître, n’ayons pas peur des mots, comme une énorme maladresse. Et le mot est faible.
Certes, les organisateurs de ce salon nous expliquent qu’ils ciblent les jeunes Réunionnais partis étudier en métropole et souhaitant rentrer. Sans doute. C’est vrai qu’ils doivent être nombreux à souhaiter rentrer au pays pour y retrouver leurs familles et leurs proches.
Mais, le slogan publicitaire présent sur les affiches, « Votre emploi en outre-mer ? Pour ceux qui souhaitent prendre le large », montre bien que la véritable cible n’est pas celle-là, mais bien le zoreil lambda souhaitant quitter son ciel gris et le froid hivernal pour venir travailler au soleil. « Prendre le large », comme le dit si bien le slogan.
Je me suis toujours interrogé sur les raisons qui peuvent pousser des patrons installés à la Réunion, qui tirent ici les bénéfices qui leur permettent de vivre, d’aller chercher ailleurs des employés qu’ils peuvent avoir sur place.
On peut le comprendre quand il s’agit d’une recherche urgente et qu’il n’y a personne qui réponde à vos exigences. Mais il ne s’agit manifestement pas le cas ici. On a affaire à des grands patrons qui envoient spécialement une délégation à Paris pour aller y recruter du personnel.
Et pas n’importe lequel. Essentiellement des cadres, nous disent ceux qui y étaient.
J’entends déjà certains m’objecter : « Oui, mais vous ne dites rien quand ça se fait dans l’autre sens, et que ce sont des entreprises métropolitaines qui viennent embaucher ici ». Oui certes, mais trois objections si vous le permettez. D’abord, si elles viennent recruter ici, c’est qu’elles ne trouvent pas en métropole.
Ensuite, quand on recrute des cadres expats’ en métropole, c’est toujours avec salaire importants, maison et voiture de fonction. Alors que quand on recrute ici, ce sont des postes au SMIC.
Et enfin, il ne s’agit là que d’une saine politique générale de l’Etat. Je m’explique : alors que le chômage est pratiquement trois fois plus élevé à la Réunion qu’en métropole, il est normal que de grandes entreprises, souvent publiques d’ailleurs, viennent embaucher ici pour faire baisser la pression et éviter une explosion sociale. Explosion qui coûterait très cher à la Nation.
Je parlais tout à l’heure d’énorme maladresse. J’aurais même pu évoquer une provocation. A l’heure où certains essaient de faire naître un débat sur le thème du « grand remplacement », entendez par là une politique voulue, programmée par le gouvernement, de remplacement des Réunionnais par des Zoreils, mettre en place un tel salon ne peut qu’apporter de l’eau à leur moulin.
A croire que certains ont vraiment envie de scier la branche sur laquelle ils sont assis.


