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"Comme j'ai dit la dernière fois : j'ai déconné", lâche-t-il lors de son 22e procès

Après avoir attendu plus d'un an les résultats d'un test ADN, le tribunal a pu juger un homme suspecté d'avoir commis un vol avec violence en octobre 2022. Bien rodé au fonctionnement judiciaire, il aura tout tenté pour se disculper. Finalement, le tribunal va le reconnaître coupable et le condamner à 15 mois de prison ferme.
Ecrit par Gaëtan Dumuids – le vendredi 17 novembre 2023 à 06H16

Le 12 octobre 2022, Séverine* va faire ses courses dans un supermarché de la Ravine-des-cabris. Il est 19 h lorsqu'elle range ses achats dans le coffre. Un homme arrive à sa hauteur et la menace avec un pistolet caché sous un chiffon. L'individu tente de se saisir du panier en raphia sur le siège passager. Séverine va résister et chacun se retrouve à tirer sur une anse. Finalement, le panier cède et l'individu se retrouve projeté les fesses par terre.

Séverine en profite pour appeler à l'aide et un client se lance à la poursuite de l'individu qui s'est enfui dans la végétation. Le client le retrouve caché derrière un buisson. L'individu jure que ce n'est pas lui, mais le client l'attrape par le bras afin de le ramener vers le parking. Finalement, l'homme parvient à se défaire de l'emprise et à s'enfuir vers la cité à proximité.

Le client va être convoqué par la police pour tenter d'identifier l'individu sur tapissage. Parmi la quarantaine de photo, le témoin va formellement identifier Erwan, 27 ans, qui vit chez sa grand-mère à proximité du lieu des faits. Les policiers vont effectuer une perquisition et retrouvent un pistolet en jouet, avec une couleur différente sur le canon comme décrit par la victime. De plus, ils retrouvent des vêtements correspondants à la description du témoin.

Le sac est lui envoyé pour analyse, mais le test ADN revient un an plus tard et surtout se révèle négatif. Cependant, sur la base du témoignage et des éléments retrouvés chez lui, Erwan se retrouve tout de même jugé en comparution immédiate.

Il a réponse à tout

Dès le début du procès, le tribunal va rappeler que son casier comprend 22 mentions et 21 condamnations, dont une majorité pour vol aggravé. Des faits parfois commis alors qu'il sortait juste de détention ou qu'il était sous bracelet électronique. "J'étais jeune, je faisais n'importe quoi avec mes camarades. Comme je l'ai dit la dernière fois : j'ai déconné. Mais c'est fini tout ça", jure-t-il la main sur le cœur.

La présidente du tribunal lui rappelle que son dernier procès date de l'année dernière, excluant l'excuse de l'erreur de jeunesse. Surtout, en recoupant les informations, les magistrats se rendent compte que les seules périodes où il n'a pas fait face à la justice, c'est lorsqu'il était déjà en détention ou lorsqu'il était hospitalisé après une opération au cœur.

Pourtant, la partie était loin d'être jouée pour le tribunal. Plutôt malin et au fait du système judiciaire, Erwan va sauter sur toutes les incohérences du dossier pour semer le doute. Le test ADN revenu négatif, les différences de description des vêtements entre la victime et le témoin. Sa grand-mère et son oncle qui assurent qu'il était chez lui.

Il a même une bonne explication pour les lésions sur ses jambes et ses fesses. Ce n'est pas parce qu'il est tombé dessus en tirant le sac, mais "parce que j'ai un tic et que je me gratte tout le temps les bobos. Là, je suis accusé d'un truc que je n'ai pas fait tout ça parce que je suis connu. Lé mol."

"Tous ces détails prêtent à confusion"

Des lamentations que ne croit pas la procureure qui "voit des incohérences dans son récit", comme le témoignage de sa grand-mère et de son oncle qui affirment qu'il était chez lui, mais qui ne sont pas capables de garantir sa présence entre 18h30 et 20h, soit au moment des faits. Elle requiert une peine de deux ans de prison ferme.

Me Alexandre Volz va lui s'attacher à reprendre toutes les zones d'ombre du dossier, notamment le test ADN. Il remet en doute le témoignage du client lors du tapissage, car "tous les visages ne correspondent pas à son physique, sauf le sien". Il s'appuie également sur la description des vêtements retrouvés qui ne sont pas exactement ceux décrit par les témoins.

La défense conteste également la chronologie établie par le ministère public. "Comment on peut arriver à sortir de chez soi, braquer quelqu'un, se cacher avant de rentrer chez soi en 35 minutes ? Tous ces détails prêtent à confusion et il est difficile d'entrer en voie de condamnation", argue-t-il.

Finalement, le tribunal va estimer qu'il y a suffisamment d'éléments concordants pour entrer en voie de condamnation. Il écope de 15 mois de prison ferme. Il doit 600 euros de dédommagement à la victime qui s'était vue prescrire 30 jours d'ITT à cause du stress provoqué. 

Etiquettes : Tribunal

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