Colis chinois : bientôt une taxe de 2 euros par article pour freiner l’ultra-fast-fashion ?

À partir du 12 novembre, les députés examineront la création d’une taxe visant les produits importés de pays hors Union européenne, notamment les plateformes comme Shein et Temu. Cette taxe ferait grimper encore plus la facture pour les Réunionnais. Objectif affiché : freiner l’ultra-fast-fashion et rétablir une concurrence équitable.
C’est une offensive à la fois symbolique et budgétaire. Le gouvernement prépare l’instauration d’une taxe de 2 euros sur chaque article contenu dans un petit colis expédié depuis un pays extra-européen. Derrière cette mesure, inscrite à l’article 22 du projet de loi de finances, l’exécutif veut s’attaquer aux géants chinois du commerce en ligne, Shein, Temu ou encore Alibaba, accusés de contourner les règles fiscales, d’inonder le marché de produits non conformes et de fragiliser les commerces français.
Jeudi, à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, douaniers et ministres ont lancé une vaste opération de contrôle des colis estampillés Shein. Près de 200 000 envois doivent être inspectés pour vérifier leur conformité, un chantier d’un mois selon la direction des douanes. « Les premiers constats montrent déjà des anomalies et des produits illicites », a déclaré Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, aux côtés de Serge Papin, ministre délégué aux PME.
Cette taxe, inédite en Europe, vise à modifier les comportements d’achat. Pour un t-shirt à 5 euros, le surcoût représenterait 40 %, de quoi décourager les achats compulsifs. Bercy estime que la mesure pourrait réduire de 60 % le nombre de petits colis et rapporter jusqu’à 600 millions d’euros à l’État dès 2026, tout en incitant les plateformes étrangères à mieux déclarer la valeur réelle de leurs envois.
À La Réunion, une facture qui pourrait vite grimper
Pour les consommateurs réunionnais, déjà soumis à des frais d’acheminement élevés depuis l’international, cette nouvelle taxe de 2 euros par article pèserait lourd dans le panier final. Selon les barèmes postaux 2025, un petit colis international en provenance de Chine coûte déjà entre 33 et 51 euros selon le poids, auxquels s’ajoutent 10 à 21 euros de frais de dédouanement et la TVA locale à 8,5 %. Concrètement, un t-shirt acheté 5 euros sur Shein reviendrait autour de 7 euros l’unité une fois la taxe appliquée, sans compter les coûts de transport. Un panier moyen de cinq articles passerait ainsi d’environ 35 à 45 euros, soit une hausse proche de 30 %, accentuant encore l’écart de pouvoir d’achat entre La Réunion et la métropole.
Mais le dispositif suscite de fortes réserves. Plusieurs députés de droite comme de la majorité demandent un montant plus dissuasif, jusqu’à 25 euros par article. D’autres, au contraire, redoutent une « taxe cachée » sur le pouvoir d’achat des ménages modestes. La Poste et les opérateurs logistiques s’alarment aussi : 20 % des colis qu’ils traitent proviennent désormais des e-commerçants chinois, contre seulement 5 % il y a cinq ans. Une chute brutale du trafic pourrait menacer des milliers d’emplois.
Les géants du commerce en ligne promettent, de leur côté, de se conformer à la législation. Le patron de Shein, Donald Tang, a adressé à Bercy un courrier où il affirme son « engagement à respecter les lois françaises ». Reste que le gouvernement français fait cavalier seul : la taxe européenne du même montant n’entrerait en vigueur qu’à la fin de 2026. Paris espère donc donner le ton — au risque de fragiliser un peu plus ses hubs logistiques.


