Claude Viel : Escroqué par ma belle-famille, comment je suis passé de l'ISF à SDF

Pierrot Dupuy : Je ne sais pas si le nom de Claude Viel dira quelque chose aux jeunes générations, mais en ce qui me concerne, vous avez marqué ma génération puisque vous étiez à l'époque le patron de Discorama à Saint-Denis. Discorama, c'était un endroit où tous les jeunes se retrouvaient pour découvrir les dernières nouveautés musicales. Et à l'époque, vous étiez pour nous quelqu'un d'adorable, de gentil, qui nous conseillait.
Et j'ai eu la surprise de recevoir un coup de fil de vous, il y a quelques jours maintenant, où vous me racontiez une histoire assez extraordinaire et assez désolante. Pour commencer, est-ce que vous pouvez nous raconter qui vous étiez ? Pour que les gens comprennent que vous étiez à l'époque très à l'aise financièrement.
Claude Viel : Je vais essayer d'être le plus concis possible parce que, retracer toute une vie, ce n'est pas toujours simple. Oui, c'est vrai, j'ai eu la chance d'être le créateur et le patron de Discorama pendant quasiment 30 à 35 ans. On a vu les débuts du CD, puis du DVD. Tout ça paraît un petit peu dépassé. Mais il y a 30 ans, c'était tout nouveau. Au bout d'un certain temps, Discorama est devenu l'importateur exclusif de la musique et de la vidéo à la Réunion. On était distributeur de Walt Disney, Universal, Paramount, Sony, etc.... Et donc effectivement, ça a très bien fonctionné. Petite anecdote : chez Walt Disney, la Réunion était le premier département français en chiffre d'affaires par habitant.
Discorama, c'était le tronc de mon activité qui me prenait tout mon temps. J'ai aussi créé Radio Nostalgie, dans les années 80, le cinéma Grand Écran de Saint-Gilles etc...
C'est vrai que je gagnais très bien ma vie. Discorama était même cataloguée comme l'une des 100 plus grosses sociétés réunionnaises en chiffre d'affaires à l'époque.
Donc vous aviez très bien gagné votre vie. Dans notre discussion avant cette interview, vous m'avez même dit que vous aviez même acheté un château...
Oui, c'est vrai qu'à 50 ans, j'ai eu la chance de pouvoir m'acheter un petit château à Bordeaux où j'ai vécu heureux quelques années. Après ça, j'ai eu la chance en rentrant à la Réunion de continuer à développer ma société. Et puis à mes 60 ans, je l'ai vendue, je l'ai bien vendue, plusieurs millions d'euros. Je pensais que ma vie était faite.
Je précise deux choses : vous étiez marié, c'est un détail qui va avoir son importance plus tard et vous êtes parti également vivre à Maurice.
Oui, tout à fait. Dans la perspective de redémarrer quelque chose. Mais c'était surtout pour terminer ma vie d'une façon agréable. Mes enfants habitaient à Maurice. Certains du moins. Donc je m'étais dit que j'allais me rapprocher d'eux. C'était une occasion rêvée de profiter un petit peu d'eux. Quand on est chef d'entreprise, on n'a pas beaucoup de temps pour eux.
Et puis il s'est passé un phénomène tout à fait imprévu. Mes salariés, mes ex-salariés, qui étaient pour moi une famille, m'ont appelé au secours parce que l'acheteur de ma société, malheureusement, ne faisait pas ce qu'il fallait, loin de là. À tel point que la société était en train de couler. Et j'ai fait ce qu'il ne fallait pas faire. A plus de 60 ans, j'ai racheté les parts de la société que j'avais vendue.
Pour relancer la société qui avait un trou relativement énorme, j'ai réinvesti beaucoup d'argent. Ça a permis de redémarrer, ça a bien fonctionné pendant quelques années mais le domaine dans lequel nous étions a été extrêmement impacté par internet. Et la chute a été beaucoup plus rapide que prévue. Les majors compagnies me disaient de ne pas me faire de soucis, ça allait être sur sept, huit ans. Ça s'est passé en deux ans. J'ai perdu 75 % de mon chiffre d'affaires en deux ans.
Quand on a 30 salariés, ce n'est pas facile. J'ai essayé de tenir le plus longtemps possible. Je ne regrette rien. J'ai fait ce que je devais faire en tant que patron, comme le commandant du navire qui coule avec le navire. J'ai assumé mes responsabilités. Et si c'était à refaire, je referais exactement la même chose.
Je me disais que ce n'était pas dramatique. Que j'avais certes perdu beaucoup d'argent, mais que j'avais encore une très belle maison à La Montagne. Et je me disais que cette maison allait me garantir une retraite malgré tout encore aisée.
Et puis mon beau frère qui était donc le compagnon de ma belle sœur, la sœur de ma femme, était intéressé par ma maison et il m'a dit qu'il aimerait bien l'acheter.
Je suis quelqu'un de confiance, de la vieille génération : on tape dans la main et puis c'est bon. Il me dit qu'il allait avoir des rentrées importantes. Donc j'ai répondu : "pas de problème. On va trouver un crédit et puis ça ira". J'avais confiance. C'est quelqu'un qui avait un gros patrimoine, qui n'avait aucun souci financier.
Et donc, le jour donc de la signature chez le notaire, il y a eu un problème. Il devait arriver avec le chèque de garantie. Moi je sortais de l'avion. J'habitais Maurice, j'étais venu spécialement pour la signature. J'arrive chez le notaire qui tout de suite nous dit : "venez, on va signer". Je demande à mon beau-frère s'il a bien le chèque et là il me répond : "Zut, j'ai oublié".
En une demi-seconde, il faut prendre une décision. Et je me dis que ça fait 25 ans que je le connais, c'est quelqu'un de confiance que j'apprécie, avec qui je partageais beaucoup de choses. Donc pour moi, il n'y avait aucun souci.
J'étais venu pour ça et je ne devais rester que très peu de temps sur l'île. Sachant que je reprenais l'avion l'après-midi même, j'ai dit : " ok, on va signer".
Donc j'ai signé comme quoi j'avais reçu le paiement hors la vue du notaire, parce que ça ne pouvait se faire que de cette façon là.
Et mon beau frère me dit qu'il me donnerait le chèque l'après-midi même. Le problème c'est qu'il a été occupé tout l'après-midi et il n'a pas pu venir. Je lui dis que j'avais un avion à prendre et qu'il me le donnera à la prochaine occasion.
Je n'avais vraiment aucun souci dans ma tête, je dormais bien, il y avait aucun problème. Ne voyant rien venir, je le relance régulièrement. "Je vais avoir des rentrées, ne t'inquiète pas". Mais quand j'ai commencé à avoir des soucis du fait que mon patrimoine était en grande partie parti avec Discorama, j'ai commencé à lui mettre la pression.
Il faut préciser que vous aviez dans le même temps une maison à l'île Maurice, une très belle maison pour laquelle vous aviez fait un emprunt.
J'avais effectivement une très belle maison à l'île Maurice que j'avais payée comptant. Mais j'avais fait un emprunt parce que j'avais acheté également un beau penthouse sur la mer, que je comptais rembourser en une fois avec la vente de ma maison de La Montagne. Et j'avais pris un prêt sur un délai très court puisque mon argent devait rentrer.
Mais à un moment, la banque à Maurice commence à me mettre le couteau sous la gorge en disant : "on vous a fait confiance, mais maintenant il faut rembourser". J'ai donc mis la pression sur mon beau frère qui me répond qu'il va effectivement me payer.
Je précise aussi que sa famille était au courant de tout ce qu'il faisait...
Oui parce que, quand on s'était rencontrés, je lui avais dit qu'il fallait que nos enfants soient au courant. On ne sait jamais ce qui peut m'arriver ou lui arriver. Donc je lui avais fait un courrier et je lui avais demandé de le transmettre à ses enfants. Donc tout le monde était au courant que cette maison n'était toujours pas payée à son véritable ancien propriétaire.
Et voilà qu'au moment où il me dit qu'il va me payer, il tombe gravement malade et il est obligé de partir se faire soigner pendant six mois en Allemagne. Et puis rapidement, il décède.
Et là, c'est un espèce de vide sidéral qui se produit. D'un seul coup, je réalise que je n'ai rien, qu'il y avait que de la confiance de mon côté. Et de l'autre côté, il n'y avait rien.
Je crois que ça existe au niveau légal, l'impossibilité morale de faire un écrit. Tu ne vas pas demander un papier à ta femme. C'est sûr que ce que j'ai fait, ça tient exclusivement à sa personnalité, à la personne qu'il était et en qui j'avais confiance.
Donc du coup, je me retrouve sans rien. Je vais donc aux obsèques de mon beau frère à Lyon et je vois ses quatre enfants, ses héritiers que j'ai vu grandir pendant 25 ans, que j'avais même invité à mon mariage. Ils faisaient partie de la famille.
L'aîné me dit : "écoute, je vais en parler à mes frères et sœurs et je te tiens au courant".
Je dis "ok, pas de problème".
Au bout d'un mois, pas de nouvelles. Je lui renvoie un petit mot pour lui demander de ne pas m'oublier. Et là, il m'envoie un mail laconique : "j'en ai parlé à mes frères et sœurs, on ne peut rien faire pour toi".
Je dois avouer que je suis resté pendant deux minutes bouche bée devant mon mail parce que j'avais du mal à comprendre. J'ai ensuite essayé de les joindre, que ce soit téléphoniquement ou par mail et je n'ai jamais eu de réponse. Ça se passait en 2018. C'est là que j'ai commencé à prendre contact avec un avocat.
On ne pouvait pas parler d'abus de confiance puisque la personne est décédée. On ne pouvait donc strictement rien faire au niveau justice. Je me suis donc retourné vers les héritiers en leur demandant au moins le nom du notaire qui était chargé de la succession. Rien, ils ont fait blocage.
Personne ne m'a jamais répondu. Ça devenait très compliqué pour moi parce que j'habitais à Maurice et que j'avais la pression des banques. Une pression terrible. Au point que j'ai été obligé de brader mon patrimoine mauricien. J'ai préféré le brader moi même plutôt que d'être saisi et que ça soit vendu aux enchères encore moins cher. .
J'ai bradé mon patrimoine à environ 35 ou 40 % de sa valeur. Ce qui m'a quand même permis de rembourser mon gros prêt. Et puis c'est tout. Je me suis retrouvé sans rien.
Vous avez eu une expression qui m'a marqué. Vous m'avez dit : je suis passé de l'ISF à SDF.
Oui, c'est exactement ça. C'est vrai que j'ai payé l'ISF pendant un bon nombre d'années. Et puis je me suis retrouvé véritablement, du jour au lendemain, sans argent. Et quand je dis sans argent, c'est à dire qu'une fois qu'on a tout payé, il ne vous reste quasiment plus rien.
J'avais une retraite de 400 € mensuel. Ce n'était pas un problème à l'époque puisque je savais qu'avec mon capital je pouvais assumer. Mais quand vous vous retrouvez avec juste ça pour vivre, ça devient compliqué. D'autant plus qu'à Maurice, comme je ne pouvais plus justifier d'un revenu, on m'a demandé gentiment de rentrer chez moi.
Je suis donc rentré il y a deux ans. Je me vois à l'aéroport de Plaisance. J'avais une valise et la cage de mon chat. Je n'avais plus rien. J'étais totalement ruiné. J'en étais même à me demander où j'allais dormir en arrivant à La Réunion.
Et quand on est ruiné, les amis, on les perd les uns après les autres. C'est vrai que j'en ai eu beaucoup à une certaine époque. Et puis au fur et à mesure, ça s'est dissous. Mais il faut l'accepter, c'est la vie.
Je n'en veux à personne, mais c'est vrai que je me suis retrouvé sans plus grand monde. Heureusement, il me restait deux ou trois véritables amis qui m'ont aidé. Ça m'a permis de trouver un petit logement.
Ma belle fille s'est portée caution pour moi. Ça m'a permis de vivoter quelque temps. Mais je me posais toujours la question en me disant mais comment tout ça va se finir ? Parce que je n'avais jamais renoncé à essayer de récupérer ma maison.
J'étais face à un mur au niveau juridique puisque, quand j'ai vu un avocat en 2018, la loi était telle que quand on avait reconnu avoir été payé hors la venue du notaire, c'était fini, on ne pouvait plus rien faire. Et puis la loi a changé quelques années plus tard de telle façon que même ayant reconnu avoir été payé, j'étais en droit de demander le justificatif du paiement, le chèque ou le virement.
Revenons à votre maison et à vos relations maintenant avec votre belle famille. Parce qu'il y a certes les enfants, mais il y a aussi votre belle sœur.
Ah oui, ma belle sœur que j'ai toujours aidé et que j'ai toujours bien considéré. Je lui ai même fait cadeau de l'héritage de ma femme. Comme mon épouse est malheureusement décédée, j'ai hérité de ses biens puisqu'on avait une donation au dernier survivant. Comme j'estimais ma belle-soeur à l'époque, et que j'étais très à l'aise financièrement, j'ai trouvé tout à fait logique de faire cadeau de l'héritage à ma belle sœur.
Et puis d'un seul coup, depuis le décès de mon beau frère, je n'ai pas compris ce qui s'est passé. Elle savait pertinemment que cette maison ne m'avait jamais été payée puisque c'était elle qui gérait les finances de mon beau frère. Donc elle savait très bien ce qui s'était passé. Et puis d'un seul coup, donc, elle est devenue non seulement contre moi, mais elle encourageait les héritiers à ne pas me payer.
C'est la belle vie parce qu'elle habite là haut, dans ma maison. Et je sais qu'apparemment, certains enfants y habitent aussi.
Combien de mètres carrés de terrain et de surface au sol, pour qu'on ait une idée ?
C'est une maison qui est à même pas dix minutes du centre de Saint-Denis. Au début de La Montagne. Elle fait plus de 200 mètres carrés au sol et un superbe jardin de 5.000 mètres carrés. Une maison dans laquelle j'ai investi beaucoup d'argent et beaucoup d'amour. J'ai planté tout le terrain, je l'ai remodelé complètement, j'ai rajouté une piscine.
J'avais les moyens à l'époque. Et puis moi, mon but a toujours été de faire plaisir aux gens qui vivaient avec moi, à ma femme, à mes enfants, à ma maman parce que je l'avais fait venir de métropole.
Je ne compte plus tous les copains à qui j'ai prêté beaucoup d'argent et qui ne me l'ont jamais rendu. C'est la vie. C'est comme ça et c'est bien. L'argent, c'est fait pour circuler. Je n'ai jamais vraiment compté. J'avais pas mal de biens et ça me paraissait logique d'en faire profiter tous les gens qui étaient autour de moi.
Et puis d'un seul coup, ma belle sœur et les héritiers me manifestent de la haine. C'est un sentiment que j'ai du mal à comprendre vu le passé, puisque je n'ai jamais rien fait contre elle, j'ai toujours eu de bons rapports avec elle, je l'ai toujours respectée.
Je l'ai toujours aidée, sans même parler de l'héritage. C'est comme si au départ de mon beau frère, elle avait changé complètement de personnalité. Elle était devenue quelqu'un d'autre. Colérique, méchante, haineuse. Elle entretient toujours une espèce d'envie de dominer des gens.
Ça m'amène à évoquer le dernier volet de votre histoire. C'est quoi cette histoire de secte dont vous m'avez parlé ?
C'est un mot qui fait peur effectivement.
La dernière fois qu'on a parlé de secte, c'était pour un bijoutier du centre-ville de Saint-Denis il y a une dizaine d'années...
Effectivement. ça a fait la une des journaux pendant plusieurs semaines.
Vous m'avez dit qu'on retrouvait certaines mêmes personnes qu'à l'époque...
Je n'ai jamais été dans ce genre de truc. J'ai toujours cherché à avoir mon libre arbitre et ma propre personnalité. Mais j'ai toujours été très intéressé par la connaissance spirituelle de mon beau frère et j'ai toujours été un fan de tout ce qui est littérature, que ce soit spirituelle ou indienne.
On va préciser que votre femme était malbaraise...
Oui tout à fait. Je ne sais pas si c'est par atavisme ou pas, mais le fait est que depuis très longtemps, depuis très jeune, j'ai toujours été en quête spirituelle et j'avais trouvé dans les récits spirituels indiens pas mal de réponses à mes questions.
Que ce soit dans le Mahabharata ou dans la Bhagavad Gita, qui sont des enseignements indiens, des enseignements universels, Quand on parle de bonté, de sagesse, de compassion, il n'y a pas de nationalité. C'est un sentiment universel. C'est principalement ce qui m'intéressait chez mon beau frère, qui était un puits de connaissance à ce niveau là.
Pour revenir à la secte, j'en ai entendu parler, mais je n'ai jamais voulu rentrer là-dedans. Mais là, plus récemment, j'ai été interpellé parce que j'ai entendu des choses lorsque je fais mes actions à La Montagne. Parce que je fais des sit-in devant ma maison avec une pancarte, pour montrer que j'existe toujours et que je continuerai à me battre pour la vérité et pour la justice.
Tous les voisins étaient heureux de me voir et étaient étonnés. Ils m'ont dit : "Mais qu'est-ce qui se passe dans votre maison? On ne comprend pas ?" Et je leur ai expliqué les tenants et les aboutissants.
Ils m'ont dit que les gens avaient toujours l'air de se cacher quand ils sortaient. Ça m'étonne pas trop. Et j'ai entendu d'autres sons de cloche disant que ma belle sœur faisait régner la terreur et elle s'était prise un petit peu pour la responsable d'une petite secte.
Je ne sais pas si je dois utiliser le mot parce que c'est toujours risqué.
Un groupe de personnes sur lequel elle a une certaine influence, à qui elle dispense son savoir?
C'est ça, à qui elle dispense son savoir. Son savoir entre guillemets, je précise bien parce que je ne sais pas de quoi il s'agit.
J'ai entendu qu'elle imposait aux gens de faire le jardin ou le ménage, ou la cuisine, un peu de tout. Ou éventuellement, j'entends même parler d'argent. Mais ce ne sont que des on-dit.
De voyages à Maurice aussi ?
De voyages à Maurice, oui, c'est vrai. Il faut le dire aussi. Il faut dire que mon beau frère s'est fait construire une très, très belle maison à Maurice. C'est plus qu'une très belle maison. Elle fait 1500 mètres carrés de surface au sol. C'est plutôt un château, un palais.
Vous m'avez dit que les voisins à Maurice pensaient que c'était un hôtel.
Oui, tout à fait. Mais quand j'y étais allé quand c'était encore en construction, les voisins disaient : "Mais c'est quoi ça ? C'est un hôtel? C'est une clinique qui se construit ?" Donc ma belle-sœur mène la grande vie maintenant.
Pourquoi est-ce que je vous ai parlé de secte ? Parce que dans les discussions que nous avons eues, vous m'avez parlé d'un ancien avocat et d'un magistrat aujourd'hui à la retraite dont on ne va pas donner les noms, mais que les articles de presse à l'époque avaient cités comme faisant partie de la secte dont on parlait tout à l'heure. Et cet avocat et ce magistrat étaient vos voisins. Quand vous avez discuté avec eux, que vous ont-ils dit exactement au sujet de la maison ?
Ce sont là aussi des gens que j'ai connu pendant des années, des dizaines d'années. Et puis d'un seul coup, là encore, nos relations ont changé. Est ce que c'est sous la pression de ma belle sœur qui pour moi est une sorte de mante religieuse? Elle a un ascendant très fort sur les gens. Et ces personnes dont vous parlez, eux aussi, d'un seul coup, ils m'ont tourné le dos alors qu'ils savaient très bien la vérité.
Donc cet ancien avocat m'a dit grosso modo, je vais le dire entre guillemets, que ce serait normal que je "donne ma maison".
Vous avez quel âge aujourd'hui, Claude Viel ?
Je vais sur mes 76 ans. Je ne pensais pas terminer ma vie comme ça. Si on m'avait dit ça il y a quinze ans, j'aurais ri. Malgré tout, je considère que j'ai eu la chance et je remercie le ciel tous les jours d'avoir un petit logement social à l'Éperon. Je vis d'aides sociales. Je n'ai pas honte de le dire. C'est drôle, j'ai payé des sommes faramineuses d'impôts, de Sécu, d'URSAF, de taxes de ci de là. Des millions, des millions et des millions.
Et puis aujourd'hui ce ne sont pas des millions que je reçois. J'ai vu d'ailleurs là que le minimum vieillesse va être augmenté de 19 € l'année prochaine. 19 €, c'est tout de même merveilleux. On est juste dans des mondes différents.
Je suis dans le détachement. Mes notions de spiritualité me disent qu'en vieillissant, on doit aller vers le détachement. Le jour où on part, on part sans rien. Il n'y a pas de bagages. C'est le sentiment que j'ai actuellement dans mon petit appartement. Je dis en plaisantant que j'ai l'impression d'être déjà dans la salle d'embarquement pour le vol final. Je ne sais pas quand il va avoir lieu et je ne peux même pas dire que j'ai enregistré mes bagages puisque que je n'en ai plus.
Le vol sera programmé quand ? Quand il le sera. J'attends ça avec sérénité.
Quand on a des millions, on gère des millions. Quand on a des euros, des dizaines d'euros, ben on gère des dizaines d'euros. C'est le même job, mais avec trois ou quatre zéro au moins.
En vieillissant, on va vers la sagesse, nos besoins se réduisent énormément. Je ne dis pas que je deviens philosophe, mais si je me bats encore aujourd'hui, ce n'est pas pour moi, c'est exclusivement pour mes enfants. Parce que eux n'ont pas à être victimes.
Je ne vais pas dire que j'ai fait des erreurs parce que l'excès de confiance que j'ai eu, je ne peux pas le qualifier d'erreur. Si c'était à refaire, peut être que je referais la même chose. Mais c'est sûr que le résultat n'est pas celui auquel je pensais.
Et j'espère toujours que parmi les gens de là-haut qui sont dans ma maison, qu'il y en ait un qui va avoir un jour un éclair de conscience, se rendre compte qu'il met délibérément quelqu'un dans la misère.
Vous croyez au karma ?
Bien sûr. Le karma, c'est une chose où il y a ni prescription, ni péremption. C'est quelque chose qui suit, que ce soit dans cette vie, dans la vie suivante, dans les vies suivantes.
C'est la seule chose en laquelle je crois véritablement. Je ne souhaite de mal à personne. Quand on fait son bilan, on a tous fait des choses bien, des choses moins bien, des choses pas bien. Mais quand on fait la globalité, il faut savoir si ça va plus vers le haut, vers le bien ou vers le mal.
Mais quand là, délibérément, on sait qu'on va vers le mal et qu'on le fait quand même, qu'on envoie quelqu'un dans la misère, qu'on connaît la vérité, qu'on profite de son argent, qu'est ce que je peux penser ? Je me dis que je les plains, Je les plains parce que je ne sais pas s'ils se rendent compte de la situation dans laquelle ils se mettent.
J'ai tout essayé pour leur faire comprendre que j'étais prêt à trouver une solution. Je leur ai même dit : payez moi, donnez moi 1.000 € par mois, juste pour que j'aie de quoi vivre correctement. Je n'ai jamais eu de réponse.
Maintenant, j'ai accepté ma situation. Et je pense qu'il y a toujours plus malheureux que soi. Quand j'ai l'occasion, quand parfois je croise des SDF, je leur paye un petit café parce qu'ils sont sûrement plus malheureux que moi.


