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CINOR : derrière le consensus, une équation politique encore ouverte pour la présidence

Ecrit par Samuel Irlepenne – le mardi 24 mars 2026 à 17H59
Photo d'illustration (Photo : Alexandre Robert)

Dans le sillage des municipales dans le nord, les regards se tournent désormais vers la CINOR. Si les équilibres numériques donnent un avantage à Saint-Denis, les trois communes affichent une volonté commune : construire une gouvernance fondée sur le dialogue. En coulisses, plusieurs scénarios émergent, sans qu’aucun ne s’impose encore clairement.

La page des municipales à peine tournée, une autre s’ouvre pour les élus du Nord : celle de l’organisation de l’intercommunalité. À la CINOR, où siègent Saint-Denis, Sainte-Marie et Sainte-Suzanne, la désignation du futur président s’inscrit dans un jeu d’équilibres à la fois politique et territorial. Avec 32 sièges pour Saint-Denis (28 sièges pour la majorité), 19 pour Sainte-Marie (15 pour la majorité) et 13 pour Sainte-Suzanne (11 pour la majorité), le chef-lieu dispose d’un poids décisif. Mais dans les faits, la construction d’une majorité passe par un accord entre les trois communes.

Saint-Denis en position centrale, sans logique de domination affichée

Du côté de Saint-Denis, Ericka Bareigts donne le ton : avant de parler de gouvernance, il faut d’abord s’entendre sur le fond.

Pour la maire du chef-lieu, l’enjeu est clair : poser les bases d’un fonctionnement collectif avec les nouvelles équipes en place à Sainte-Marie et Sainte-Suzanne. Elle insiste sur la nécessité de "bâtir une manière de travailler ensemble" et de prendre le temps de définir une ligne commune.

Dans cette optique, plusieurs dossiers structurants sont déjà identifiés : l’adaptation au changement climatique, la gestion globale de l’eau, les mobilités ou encore le traitement des déchets. Autant de compétences qui relèvent directement de la CINOR et qui, selon elle, imposent une vision partagée à l’échelle du territoire.

Si le poids de Saint-Denis est incontestable, Ericka Bareigts tient à écarter toute lecture en termes de rapport de force. Elle insiste sur le fait de privilégier "une logique de coopération plutôt que de domination", estimant que la légitimité de chaque commune doit être reconnue.

L’objectif affiché : parvenir à un accord politique stable entre les trois maires, capable de porter "un projet cohérent sur l’ensemble du territoire". Une ligne qui place volontairement la question de la présidence au second plan, au profit d’une logique de fond.

Avant la présidence, la maire de Saint-Denis veut poser les bases d’un projet partagé à l’échelle du territoire. (© Pierre Marchal / Anakaopress)

Sainte-Marie avance ses arguments sans rupture

À Sainte-Marie, Céline Sitouze adopte une ligne proche, tout en défendant les intérêts de sa commune. La nouvelle maire n’exclut pas de briguer la présidence, mais refuse toute démarche solitaire. Elle explique vouloir "discuter en amont avec les autres maires" et privilégier une décision partagée. "On est là pour s'assurer que les projets, autant de Saint-Denis, de Sainte-Marie et de Sainte-Suzanne, puissent trouver un écho favorable au regard de nos finances au sein de la collectivité communautaire. Il est nullement question d'être en opposition", martèle la maire de Sainte-Marie.

Dans son argumentaire, elle met en avant l’histoire récente de la CINOR, marquée par une alternance entre les communes. Pour mémoire, Saint-Denis en avait assuré la présidence de 2014 à 2020, puis Sainte-Suzanne de 2020 à 2026. Un précédent qu’elle considère comme un fondement de l’équilibre territorial. Sans revendiquer frontalement la présidence, elle laisse entendre que Sainte-Marie a vocation à jouer un rôle accru dans la future gouvernance.

Céline Sitouze insiste également sur les défis propres à sa commune, notamment en matière de croissance démographique, de déplacements et d’accès à l’eau. Elle évoque "des pressions nouvelles liées à l’arrivée de nouveaux habitants du territoire nord" et la nécessité d’y répondre à l’échelle intercommunale.

La question des déchets figure également parmi ses priorités, avec une volonté de faire évoluer les politiques actuelles vers davantage de prévention et de valorisation. Une manière de replacer le débat sur le terrain des politiques publiques, tout en pesant dans les négociations.

Sans rupture, Céline Sitouze défend une place renforcée pour Sainte-Marie dans la gouvernance de la CINOR.

Sainte-Suzanne en position d'arbitre 

À Sainte-Suzanne, le maire Alexandre Laï-Kane-Cheong a choisi de ne pas se positionner pour la présidence. Une décision qui clarifie le jeu, sans pour autant réduire son influence. Avec 11 sièges, la commune peut jouer un rôle déterminant dans la constitution d’une majorité. L’objectif affiché est ailleurs : peser sur les orientations et obtenir des responsabilités sur des dossiers clés.

Développement économique, gestion de l’eau ou encore prévention des inondations figurent parmi ses priorités pour Sainte-Suzanne. Dans ce contexte, la commune pourrait bien devenir un partenaire incontournable dans la recherche d’un compromis.

Avec ses 11 sièges, Sainte-Suzanne pourrait faire basculer l’équilibre des forces au sein de la CINOR. (© Pierre Marchal / Anakopress)

ISDU : un premier dossier révélateur

Au-delà des questions de gouvernance, certains dossiers pourraient rapidement tester la capacité de consensus affichée par les élus. C’est le cas du projet d’ISDU à Sainte-Marie. Céline Sitouze y est "fermement opposée", mettant en avant les impacts environnementaux et le poids déjà supporté par sa commune en matière d’équipements structurants, comme les nuisances sonores de l'aéroport Roland-Garros ou la station d'épuration du Grand-Prado.

Face à cette position, Ericka Bareigts adopte une posture d’écoute. "Il faut écouter, il faut entendre la population de Sainte-Marie qui a dit non au projet d'ISDU (…) personne ne passe en force". Elle insiste sur la nécessité de trouver une solution concertée, respectueuse des territoires et des populations.

Sans constituer une ligne de fracture, ce dossier pourrait néanmoins être le premier test concret de la gouvernance à venir.

Céline Sitouze affiche une opposition ferme au projet d’ISDU, pointant les contraintes déjà supportées par sa commune. (Photo d'archives).

Lowinsky favori pour la présidence, mais la décision est encore ouverte

Dans les discussions pour la présidence, plusieurs noms circulent. Celui de Jacques Lowinsky, 7e adjoint à Saint-Denis et ancien premier vice-président de la CINOR mais aussi de la très stratégique Nordev, revient avec insistance. Son profil d’élu expérimenté et sa connaissance des dossiers intercommunaux en font un candidat crédible dans une logique de continuité.

D’autres hypothèses existent, mais elles restent pour l’instant en retrait dans les discussions. La décision finale dépendra néanmoins de la capacité des trois communes à s’accorder sur un profil partagé.

Jacques Lowinsky apparaît comme le favori pour la présidence, même si aucun consensus n’est encore acté (© Pierre Marchal / Anakaopress)

Un équilibre à construire dans la durée

Au final, une constante se dégage : aucun des acteurs ne souhaite apparaître dans une logique de passage en force. Tous mettent en avant la nécessité de dialoguer et de construire un accord. Pour autant, les intérêts de chaque commune restent bien présents, et les discussions devraient se poursuivre dans les prochains jours.

Entre poids démographique, équilibres politiques et enjeux de territoire, la gouvernance de la CINOR s’annonce comme un exercice d’équilibriste. Reste à savoir quel compromis émergera… et qui en incarnera le visage.

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